PLUTON, PROSERPINE
Proserpine.
Vous voilà galamment vestu, seigneur Pluton, et l'on auroit de la peine à reconnoître sous ce déguisement le dieu des enfers. Peut-on vous demander quelle est l'heureuse mortelle que vous honorez aujourd'huy de vos faveurs ?
Pluton.
Quoy ! morbleu! Madame, vous me persécuterez
sans relâche, et vos jalousies continuelles ne me donneront jamais un moment de repos?
Proserpine.
Il vous sied bien, vraiment, de le prendre sur ce ton, et vous avez bonne grâce de trouver à redire aux tendres reproches d'une femme qui vous aime !
Pluton.
Et, ventrebleu! aimez-moy un peu moins si vous
voulez être plus aimable à mes yeux : car enfin,
les vacarmes que vous faites icy à tout propos
m'obligeront d'en venir avec vous à une rupture
ouverte, et pour peu que vous continuiez vos
extravagances...
Proserpine.
Qu'est-ce à dire, extravagances? Sachez qu'il n'y a rien de ridicule dans ma conduite; vous êtes mon mary, une fois...
Pluton.
Que trop, dont j'enrage ! Maudit soit le jour que jepensay à vous enlever! Je n'ay pas joui d'une heure de tranquillité depuis que j'ay fait cette sottise; si elle étoit encore à refaire, vous ne me désoleriez pas tous les jours.