‹ Arlequin-Pluton; comédie inédite en trois actes [par] Thomas-Simon Gueullette, 1719. Précédée d'une préfChapitre 3 sur 51 · Acte I, Scène I · texte numérisé non relu

Acte I, Scène I

Proserpine.

Fort bien! Nedevriez-vouspas rougir de pareils sentimens? Il vous convient bien, à votre âge, de faire encore le galant et de vous habiller comme un baladin pour plaire à quelques petites créatures!...

Pluton.

Fy ! la jalouse !

Proserpine.

Et n'ay-je pas raison de l'être ?

Pluton.

Apprenez, ma petite mignonne, que si l'un de nous doit être jaloux, c'est moy qui ay lieu de l'être. Vous êtes tous les ans six mois sur la terre ; chacun vous y fait la cour. Cependant je n'y trouve point à redire : la jalousie est une passion trop bourgeoise! Et moy, pauvre diable, je passe toute l'année dans ce lieu de tristesse, où la moitié du temps je suis pour ainsi dire veuf.

Proserpine.

Je crois que ce n'est pas là votre plus mauvais moment.

Pluton.

Aussi je ne m'en plains pas autrement. Il est bien juste que je prenne aussi l'air pour me rafraîchir, et, si vous étiez raisonnable...

Proserpine.

Raisonnable! Ne vous y trompez pas, c'est la qualité dont les femmes se piquent le moins avec leurs maris, et je n'iray pas, pour vous plaire, tourner le dos à la multitude.

Pluton.

Faites comme il vous plaira, je ne veux plus être controslé.

Proserpine.

Vous me poussez à bout. Je vous suivray partout... Je veux connoître ma rivale.

Votre rivale ?

Proserpine.

Oui. Vos fréquentes liaisons avec Mercure me font soupçonner votre fidélité.

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