‹ Arlequin-Pluton; comédie inédite en trois actes [par] Thomas-Simon Gueullette, 1719. Précédée d'une préfChapitre 35 sur 51 · Acte III, Scène I · texte numérisé non relu

Acte III, Scène I

M"e ROMANVILLE.

J'allois donner au public les Métamorphoses d'Ovide. Mais d'un style !...

Mathanasius. J'ay travaillé sur le même sujet. C'est en vers?

Mlle ROMANVILLE.

Non, en prose.

Mathanasius.

Fy! Cela est trop rampant.

M"8 ROMANVILLE.

C'est selon. Écoutez : « Au siècle passé que Ton appeloit siècle d'or, les hommes ne se conservoient dans l'innocence ny par la crainte des lois, ny par l'étude de la sagesse. »

Mathanasius.

Cela n'est pas mal. Voicy comme je commençois mes Métamorphoses :

Toy qui guides le cours du ciel, porte-flambeaux, Qui portes dans tes mains le moite frein des eaux, Qui fais trembler la terre, et depuis la parole Serre et lâche la bride aux postillons d'EoIe.

60 Arlequln-Pluton.

Voilà du sublime. Voicy le chaos :

Le monde étoit jadis une forme sans forme, Une pile confuse, un mélange difforme D'abismes, un abisme! Un corps mal compassé, Un chaos de chaos, un tout mal entassé, Où tous les éléments se logeoient pêle-mêle, Où le liquide avoit avec le sec querelle, Le rond avec l'aigu, le froid contre le chaud, Le dur avec le mol, le bas avec le haut, L'amer avec le doux. Bref, durant cette guerre, La terre étoit au ciel et le ciel sur la terre; La terre, l'air, le feu, se tenoient dans la mer; La mer, le feu, la terre, étoient logés dans l'air; L'air, la mer et le feu dans la terre, et la terre Chez l'air, le feu, la mer. Car alors le tonnerre.. .

Caron.

Voilà qui est terriblement embarrassé.

Mathanasius.

C'est le fin de l'art. Pour bien parler du chaos, il falloit parler d'un style inintelligible.

Mlle ROMANVILLE.

Vous en êtes venu à bout. Je continue : « La pasle jalousie ne régnoit point sur le cœur des mortels. Une jolie femme servoit à trois ou quatre amis. »

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