Acte I, Scène III
Mercure.
Quelle vivacité ! Vous n'avez pas affaire à une déesse, pour en espérer si bonne composition. J'ay trouvé le secret de tromper Pantalon, le père de Violette, et d'expliquer à celle-cy votre tendresse.
Que dois-je espérer?
Mercure.
Violette n'est pas pour vous.
Pluton.
Que m'apprends-tu?
Mercure.
Nos soupçons sont justes : elle aime Arlequin et n'est pas d'avis de négliger un établissement solide pour un amour de passage. A moins d'un mariage dans les formes...
Pluton.
Il faudroit donc pour cela répudier Proserpiner'
Mercure.
Gardez-vous-en bien ! Elle feroit un vacarme de
io Arlequin-Platon.
tous les diables. Mais faites mieux... Silvia, cousine
de Violette, ne seroit pas si difficile. Elle a pris
pour elle les douceurs que vous disiez à l'autre, et
je suis chargé de vous apprendre qu'elle vous
aime.
Pluton.
Un bonheur précipité me dégoûte. D'ailleurs la
résistance de Violette irrite mes désirs : je veux
vaincre sa fierté.
Mercure.
Cela ne sera pas aisé. Mais, sans répudier Proserpine, prenez Violette pour femme d'été ; peutêtre en amènerez-vous la mode, comme de changer de meubles aux quatre saisons.
Pluton.
Le remède seroit plus que le mal.
Mercure.
Faites-luy du moins espérer qu'elle deviendra votre femme. Elle vous croit un seigneur voisin de son père : cette fortune apparente l'ébloùira et la fera répondre à vos désirs.
Pluton.
Tu me rends la vie. Ne m'abandonne point et compte sur ma reconnoissance.