CHAPITRE TBOISIfiME
Les Aliscamps.
Autrefois et aujourd'hui. -> Les sarcophages.
Que de souvenirs po^tiques les Aliscamps ne r^vcillenl-ils pas dans Fesprit de rarlislc ! Que dc pieuses l^gendes se rattachent k ce champ des morts, sepulture que la foi de nos pferes rechcrchait, et oil pauvres et riches voulaient fetre enterr^s !
Involontairement on se reporte au temps oii les cercueils descendaient le Rh6ne, emportant avec la
(1) Bien que le cadre de ce livre le limite h. T^poque galloromaine, il nous a paru impossible de passer sous silence, dans notre visite aux Champs-Elys6es d'Arles,les monuments rcligieux et fun6raires que la piet6 du moyen Age a sem6s sur ec champ des morts, et dont les ruines imposantes solUcitent I'attention du visiteur.
Le portail, dor6 par le soleil, que Ton trouve h. gauche en entrant, est considere par les uns comme le porche d'un couvont, par d^autres comme Tentree monumenlale du cimoti^re olabli au xii« si6cle par les moines do Sainl -Victor. Les deux tt^tos sculpt^es a Tinterieur des pilastres rattachent cotte construction a la periode romane ; les carlovingions emprunlaient leur ornemenlation au regne vdgetal.
A quelques metres, en dedans de ce portail, so dresscnt uiie chapelle et un tombeau que Ton reconnalt aisement comme appartenant au xv® si^cle. C'est la chapelle de Saint-Accurse. Sa fondation se rattache k un tragique souvenir ; deux chevaliers
d^pouille du mort le prix de la sepulture, funebres nacelles que Ton arrelait a leur passage a Aries, pour leur donner un eternel asile dans le cimeliere beni.
Bien ambilieux cependant est celui qui promet, meme k ses restes, une longue paix; lem^raire, celui qui, porlant ses vues au de Ik du present, songe a enchaincr Tavenir !
se baltirent jadis a I'^pee a cet endroit. L'un 6tait robusle et aguerri, Tautre, Accurse de la Tour, sortait a peine de Tadolescence.
La lutle 6tait inegale; ce fut plulot un assassinat qu'un duel. Eu expiation de son crime, le meurtrier fut condamne a elever h sa victime un tombeau monumental, une chapelle fun6raire, ou line messe annuelle devait 6lre dite a perp^tuit^.
Un peu plus loin se Irouve la chapelle des Porcelets d' Aries, avec leur double blason, armes parlantes, sculptees sur la facade, a cdte du croissant, signe de leur participation aux croisades.
Toujours du m^me c6t6, se rencontrent les substructions de r^glise de Noire -Dame des Guerres, que son vocable d6signe comme appartenant ci une epoque que ne signalait pas la douceur de ses moBurs : elle est du x* si^cle.
A Textrdmite de I'allee de peupUers, se dresse dans un cadre pittoresque T^glise de Saint-Honorat, dont les mines imposantes ont conserve le caract^re des differents si^cles qui ont Iravaill^ k son Edification et a sa restauration. Elle est situee sur Templacement d'un temple paien, auquel succeda, d'apr^s la tradition, une chapelle consacr^e par saint Trophime a la Vierge encore vivante : Virgini deiparx adhuc viventi. Les constructions carlovingiennes se distingiient encore nettement, et les archeologues admirent, malgr6 sa forme massive, le clocher octogone, bien caracteristique. Ses details et profils, parfaitement etudi^s, attestent, ecrit M. H. Revoil, Thabilete du maitre es-pierres qui le fit Elever. A cote de ces constructions primitives, un ceil
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Quelque grande que fut la cel6brite des Aliscamps d'Arles, la force du souvenir n a pas pu r^sister aux besoms de I'impitoyable utilitarisme de notte sifecle. D'un c6t^, les ateliers du chemin de for out remplac^ le champ des morts; de Tautre, la voie ferree est venue lui apporter d'autres bouleversements.
Les sarcophages de pierre, dont les rangs presses
quelque peu exerce reconnait les apports successifs des xii« et XIV® si^cles.
G'est maintenant en dehors de TAllee des Aliscamps, qui, nous I'avons dit, ne repr^sente qu'une tres petite fraction de Fancien cimetifere, qu'il nous faut aller chercher les souvenirs de la pi6t6 du Moyen Age envers ses morts.
Saint-Pierre de Mouleyres s'616ve sur un mamelon bordd k droite et k gauche par une ligne de chemin de fer, sorte d'ile rocheuse preservee jusqu'a ce jour par sa durete, mais destin^e k disparaitre, avec I'elegant edifice du xi*' siecle qui le couronne* et qui sert aujourd'hui de grange.
C'est plus loin encore quMl faut aller chercher I'eglise de la Genouillade, k plus de deux kilometres sup la route de Crau, apres la seconde porte de I'usine du Chemin de Fer. Elle a ete construite en 1329, sur Templacemenl de Tautel eleve, dit la tradition, par saint Trophime, ci Tendroit ou le Seigneur apparut pour b6nir les Aliscamps.
Retournons maintenant dans Tallee bordee de tombeaux, non loin de Tentree ou nous avons visite en commencant la chapelle de Saint-Accurso. C'est \k que se dresse, a droile, le mausolee eleve en 1822, par la reconnaissance des Arlesiens, aux consuls d'Arles emportes par le terrible fleau qui desola la Provence.
Ge rapprochement d'epoqiies diverses, dans la mort qui confond lout, est comme la poelique synthese du spectacle auquel nous venous d'assister dans notre visite aux Ghamps- Elys^es d' Aries.
s'6tageiit dans le flanc des coteaux, ont 616 d6plac6s, les uns bris6s, les autres rang6s en longues lignes de chaque c6t6 de la promenade actuelle. Beaucoup sont anepigraphes ; les plus beaux et les plus int6ressants out 6te transport6s au Musee de la ville, ou sont alles enrichir des collections etrangferes.
Telle qu'elle est cependant, cette allee, plant6e de peupliers 61anc6s ou de gigantesques platanes, ne manque pas de caractere. L'envahissement ULeme des usines, dont les cheminees vomissent nuit et joar de noirs torrents de fum6e, le passage des trains, les ordres retentissants des soldats qui arrivent de la caserne voisine, etablissent entre le pr6sent et le pass6 un eonstraste qui, pour ne pas etre cherch6, n'en est pas moinsint6ressant. Contraste encore, entre rimmutabilit6 de la pierre et la puissance veg6tative de la nature^ qui fait pousser des plantes de toutes sortes dans le voisinage et jusque dans les interstices des tombeaux !
Po6sie plus grande encore lorsque Ton voit, et ce n'est pas rare, une fiUc d' Aries se promener avec son promis, entre les files de tombes b6antes, 6changeant des serments d'6ternel amour devant des cercueils de pierre qui ne garantissent meme pas Teternite aux cendres.
On pent voir sur la gauche de la chapelle de Saint- Honorat, dans une coupe pratiquee dans la colline, la mani^re dont les tombeaux elaient disposes, soigneusement serres les uns contre les autres, de faQon k ce qu'aucune parcelle du pr6cieux terrain ne fut perdue.
Les tombeaux Chretiens sont en tr^s grand nombre dans le cimetifere que le Christ lui-meme avail consacre en promeitant le salut, disait la tradition, a tons ceux qui y reposeraient.
Mais avant de devenir le cimetifere chr^tien par excellence, les Aliscamps 6taient un champ de repos remain, et les sepultures paiennes y sont encore en assez grand nombre.
On les reconnait aux emblemes sculpt6s dans la pierre, Vascia et le niveau, k Tinvocation aux dieux m^nes, aux formules consacrees pour un 6poux bienaim6, un pere, dont la pi^te 6tait la vertu la plus appr6cide. Les couvercles des tombeaux sont souvent fails d'une simple dalle plate que Ton recouvrait de terre. Mais il y avail des sarcophages qui n'6taient pas enterr6s, et qui 6taienl ferm6s par un bloc 6norme taill6 en forme de loit, orn6 de quatre ou de six acrotferes. Plusieurs occupent encore la place qu*ils avaient autrefois. II en est qui ne renfermaient qu^un seul cadavre ; les dimensions des autres montrent, au conlraire, quails servaient a plusieurs sepultures, et on trouverait, en soumellant chacun d*eux h un examen altentif, bien des remarques int6ressantes. Tel est 6videmment paien, et les cendres du mort y ont repose pendant de longs sifecles; tel autre, au conlraire, enlev6 h sa destination primitive, a donn6 abri dans la suite k un Chretien, qui a fait graver sur la pierre, k c6t6 d'emblemes paiens, les symboles de sa foi; souvent, une simple croix, entaill^e a la hd.le dans le couvercle du
sarcophage, iiidique la nouvelle prise de possession. Nous aurons Toccasioii, au cours de notre 6tude sur le Mus6e, de decrire plusieurs des sarcophages du cimetifere des Aliscamps. II nous suffit d'avoir donne ici une vue d'ensemble de ce champ, funeraire, bien diminuS aujourd'hui, mais dont 1 'aspect impressionne toujours le visileur.