Armand Durand ou La promesse accomplie [microforme]
Enregistré conformément à l'acte dn Parlement i Cana la, en l’année mil huit cent quatre-vingt-douze, C. O. BraucuemiN &' Fics, au bureau du Ministre i
l'Agriculture.
CREER | Parlement ingt-douze, ri | 1 du Ministre
Au nombre des premiers colons français qui
étaient élablis dans la seigneurie de...
nous l'appellerons Alonville —située sur s bords du St-Laurent, se trouvait une faille du nom de Durand. La vaste et riche me qui lui avait été transmise de père en s par succession régulière lui avait toujours rmis de tenir convenablement sa ‘posilion mme première famille du district. C'était e race d'hommes robustes et beaux, induseux et économes, maïs d’une économie qui atteignait jamais les limites de la parcimonie.
Par sa grande et droite stature, par cheveux et ses yeux d’un noir de jais, par visage bronzé et ses traits réguliers, P Durand était un excellent échantillon des présentants mâles de cette famille. Cont rement à la plupart de ses compatriotes « d'ordinaire se marient très jeunes, du moi dans les districts ruraux, Paul était arrivé à trentaine avant de se décider à prendre femn non pas qu'il fût indifférent au bonheur « jugal, mais parce que son père étant mort av que lui-même eût atteint l’âge de virilité, mère avait continué à vivre avec lui sous le paternel, conduisant à la fois sa bourse et : ménage d’une main judicieuse mais un | arbitraire. Françoise, sa sœur unique, s’é mariée, à seize ans, avec un respectable m chand de la campagne qui demeurait dans village voisin et auquel elle avait apporté, 1 seulement une jolie figure, muis encore dot confortable : de sorte que madame Dur:
pouvait, en toute liberté, veiller sur son fik se. consaçrer entièrement à lui.
ÂC'était une bien belle propriété que cell l'administration de laquelle présidait cette ex lente dame ; nous ne pouvons résister à la!
tation d'en faire la description. La mai
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ure, par connerie brute, était construite substantieljais, par ent quoique avec une certaine irrégularité ; guliers, P4 grand orme en ombrageait la façade, et tout lillon des Mtour des dépendances et des clôtures d’une aille. ContréBncheur éclatante, Régulièrement tous les npatrioles Ms ces haies étaient blunchies à la chaux, ce es, du moi donnait un nouvel air de propreté à cette ait arrivé à me si bien tenue et si bien montée. A une exrendre femniBmité de la bâtisse s’étendait le jardin, bizarre bonheur cSlange de légumes et de fleurs, où de superbes ant mort av@Bes flanquaient des couches d'oignons, et où de virilité, BR carrés de betteraves et de carottes étaient lui sous le SSrdés de pensées, de msrguerites et d'œillets, bourse et ns un coin, commodément placé au milieu mais un fn véritable champ de fleurs de toutes cou-
unique, s'élrs et de loules sortés, s'élevait une espèce spectable mébri sous lequel étaient rangées avec une syeurait dans BBtrie parfaite huit ou dix ruchcs. Mais à quoi t apporté, 1h une plus longue description ? Tous ceux
is encore adame Dur:
sur son fil
ont voyagé sur les rives de notre noble nt-Laurent et même sur celles du pittoresque jhelieu ont dà voir un grand nombre de ces
dences. SÉAOE TS
té que cell pparemment Pau] Durand craigneit “elles dait cette ex@ipences si contraires d’une femme et d’une sister à la (re dans un même ménage ne pourraient. se
n. La maiscilier dans sa maison comme elles s’harmio-
nisaient dans plusieurs autres, en raison d difficulté que madame Durand la mère ép verait à céder une partie de l'autorité que que-là elle avait été habituée à exercer en veraine. Ce ne fut donc qu'après l'én fixée pour le deuil de celte mère bien-ai qui était morte entre ses bras, qu’il songea trouver une compagne pour remplir le que la mort avait fuit dans la vieille fe Mais la grande difficulté résidait dans l' barras du choix, car les plus riches hériti comme les plus jolies filles de la parois:
montraient fort disposées à accueillir favord ment sa demande. Cependant aucune d' n'était destinée à être choisie par lui.
Le seigneur d’Alonville, M. de Courval, un homme riche, doué d’un bon cœur et hospitalier comme la plupart de ceux quik partiennent à cette catégorie sociale. D toutes les belles saisons, son vaste manoir rempli d’une série d'amis des paroisses voi et surtout de Montréal où résidaient tou parents.
- Parmi ces derniers il y avait une famille récemment arrivée de France et qui ac
très volontiers la pressante invitation que | -M. de Courval d'aller passer une partie de
en raison d la mère ép torité que exercer en ‘après l'épe
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de Courval, bon cœur el
de ceux qui
sociale. D aste manoir paroisses voi sidaient tou
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avec lui. Monsieur et madame Lubois vinrent
donc, amenant avec eux deux jeunes enfauts,
Agés respectivement de sept à neuf ans, ainsi
que leur gouvernante. Cette dernière, Genejève Audet, était une jeune fille de frêle
apparence, aux (rails délicats et aux manières timides, possédant une éducation suffisante pour J'humble poste qu'elle occupait, mais en réalité
ayant pas de grandes connaissances en dehors
de cette sphère. Elle était une cousine éloignée sans fortune de la famille avec laquelle elle
ivait, et ainsi que cela arrive souvent, ces
Aliens de la parenté n'avaient en rien amélioré sa condition vis-à-vis d'elle. On ignorait géné-
aiement ce fait pendant qu’elle-même n’y faisait pas souvent allusion ; cela cependant ’empêchait de chercher à se faire une position
Imeilleure en demandant de l'emploi dans d’au-
tres familles, parce que agir ainsi aurait été jeter du discrédit sur cette parenté qui était pour elle n honneur si stérile, Paul Durand allait souvent chez M. de Courval, partie parce que ayant ensemble acheté
à un prix nominal une vaste étendue de terrains
D marécageux qu'ils étaient en train d'utiliser par
l’asséchemeut, ils avaient en commun quelques intérêts, et partie parce que ses visites offraient
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une source de jouissances réelles à M. à Courval qui était en théorie aussi bou agricul. teur que Durand dans la pratique et qui prenait un véritable plaisir à causer de moissons, d’asséchements, de tout ce qui concerne une ferme, avec quelqu'un dont les succès dans ces spécialités étaient une preuve frappante de la justesse de ses propres opinions. Quand il venait au manoir, s’il arrivait que le seigneur eût alors des visiteurs, tous deux se rindaienl dans la chambre qui servait au double usage de bibliothèque et de bureau, et là ils causaient à l’aise en fumant l'excellent tabac de M. de Courval.
Celui-ci aurait volontiers présenté Paul à ses amis les plus distingués, car il l’estimait et le respectait; mais Durand évitait naturellement une société où les conversations portaient sur des sujets de Ja ville qui lui étaient parfaitement étrangers, et dont ceux qui y prenaient par avaient quelque peine à cacher l’espèce de mépris qu’ils éprouvaient à l'égard de sa position sociale.
Dans ses allées et venues il lui arrivait sou-B vent de rencontrer Geneviève Audet avec ses petits élèves et quelquefois il était peiné, d’autres fois irrité en .voyant l'espèce de {yran-
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elles è M. dc que ces enfants gâtés et rebelles paraissaient si bou agricul RS, cer sur leur infortunée gouvernante. que et qui pre imple et droit en toutes choses, il commur de moissons, piqua un jour ses impressions à ce sujet à M.
concerne unie Courval, et sans remarquer l'éclair de plaisir succès dans ce Li rayonna tout à coup dans les yeux de ce rappante de RE; cnsieur, il se mit à écouter placidement l’éloons. Quand il ent panégyrique qu'il lui fit des vertus de que le seigneurRademoiselle Audet, en accompagnant ces ix se rndaienl Éloges de quelques touchantes ailusions aux
double usagé preuves et aux peines qui de fait l’accablaient ; là ils causaient puis, M. de Courval l'invita à aller visiter avec abac de M. dei ses magnifiques belteraves à vaches. Soit | hasard ou autrement, ils s’avancèrent vers l’enenté Paul à Seroit où Geneviève, assise sous un érable dont l'estimait et les larges branches fournissaient beaucoup | naturellement ombres, engageait ses élèves indociles à ap- S portaient surMbrendre que le Canada n'était pas en Afrique, nt parfaitement Æinsi qu'ils persistaient à le dire. Quoi de plus prenaient parMRaturel qu'il présentât son compagnon à la goul'espèce de mé-Mernante! C'est ce qu'il fit; et pendant que ces de sa positionMieux derniers échangeaient ensemble quelques aroles, ii se mit à cajcler les enfants qui l’acablèrent aussitôt de leurs babils enfantins.
Les manières de Geneviève n'avaient que peu de cette vivacité qui caractérise généralemént es Françaises et la triste expérience dont ‘sa
ai arrivait sou- Audet avec ses l était peiné, pèce de {yran-
jeune existence était remplie avait imprimé son langage un ton réservé, presque froid.
pendant Paul se sentit singulièrement atti vers elle. Elle était si délicate, elle avait l’air faible, et en réalité elle était si désolée, si m heureuse, qu’il ne put s'empêcher de ressent cette espèce d’impulsion intérieure qui possèl les hommes de cœur en présence de la faibles opprimée et qui les pousse à la protéger et à secourir.
L'entrevue avait duré plus longtemps qu avait cru, tant elle avait été intéressante ; et ne fut pas la dernière, car deux jours après | de Courval le fit mander pour examiner un li gume monstre sous la forme d’un énorme nav capable de remporter le prix, non senleme pour sa grosseur, mais encore pour sa difformi et son infériorité au double point de vue du go et des qualités nutritives. Ils examinèrent do
la curiosité et firent sur son compte toutes sort de commentaires ; puis tout en causant, ils
promenèrent, M. de Courval ayant soin de d . riger les pas précisément au même endroit «
se trouvait mademoiselle Audet comme la pri
mière fois. Le bon seigneur se mit encore à am ser les enfants, pendant que Durand qui, nature
. lement n’était pas resté en arrière, causait av
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ur gouvernante. L'impression favorable que neviève lui avait faite dans la première enevue, fut fortifiée par celle-ci et pleinement nfirmée par deux ou trois autres rencontres jbséquentes.
11 n’y avait plus aucune nécessité pour M. de purval d'envoyer chercher Paul, car mainte- Ant celui-ci avait toujours quelque message à )porter au manoir, ou quelque question à faire ) seigneur. Il n’y avait pas, non plus, d’obscles sur sa route, [car madame Lubois et son ari étaient retournés à Montréal, laissant à lonville les enfants et leur gouvernante, à la
gtemps qu essante ; et ours après |
aminer un IS mande bienveillante que leur en avait faite M. énorme NE Courval dont la vieille intendante, respectable on seuleme atrone qui occupait dans sa maison un emploi r sa difformi
jpérieur à celui de domestique, était là pour tisfaire les convenances.
Une brûlante après-midi que Paul s’achemihit vers le manoir, pensant peu au message osnsible dont il était chargé, mais beaucoup à Pneviève Audst, il aperçut celle-ci assise avec élèves sens de grands pins, un peu en du cliemin qui conduisait directement à maison ; et il se dirigea vers eux. Ses alres étaient lentes, le vert et soyeux gazon ne udait aucun écho sous ses pas, de sorte que le
le vue du go minèrent do e toutes sort ausant, ils ntsoin de d re endroit « pomme la pri encore à am 1 qui, nature , Causait avi