‹ Armande [par] E. et J. de GoncourtChapitre 7 sur 11 · ARMANDE · texte numérisé non relu

ARMANDE

rance, des peintres suspendus à des cordes reblanchissaient une jolie maison près d'un riou aux eaux claires ; un jardinier plantait des rosiers, et le propriétaire de la cervelle, de la maison et des roses, attendait sur la porte, toutes les clefs à la main.

Dans celle-là, dans celle-là, toute jeune et virginale... quel abatis! une armée de bûcherons, aux bras nus, jetait à terre sans pitié les arbres, les beaux arbres d'un grand bois marqués dans la réserve ; on voyait dans le fond une vieille femme malade dans un lit, et le régisseur portait l'argent au petit ménage.

Dans une autre, de vieux écus sortaient d'un vieux bas de laine, et dansaient, et sautaient, joyeux de revoir le jour, et courant d'eux-

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mêmes au tablier d'Armande. Ici, mansarde et joie, chansons au cœur, pinsons à la fenêtre, régalades de petit vin, de petite chère, et de tendresses grandes; là, chaise de poste, roulant bon train d'amour au clair de la lune.

Une qui n'était que livres reliés en basane verte, et qu'additions à quarante lignes à la page... un quart de sourire d'Armande ! crac !

la cervelle et tous ses registres chaviraient dans le Lac de M. de Lamartine, d'où elle remontait bleu de ciel.

Dans quelques-unes roulaient des tronçons de vers , des fragments d'hémistiches, des bouts de rimes en avde. Dans beaucoup s'épanouissaient à huis clos, des images justiciables de la PoHce Correctionnelle.

Il faut bien le dire : de toutes assu-

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rément, les plus sag-es, et les plus bourgeoisement innocentes, étaient les cer\'elles des acteurs, cervelles tendues de blanc, de bas en haut, avec un autel de l'hyménée au beau milieu, et encadrée dans un cadre d'or, la chanson du Sénateur de Béranger.

Armande eut brouhaha, cris, bravos, rappels et bouquets; et la toile tombée, tous les Langonnais, portant chapeau, firent escorte à Armande avec tant de lanternes, que les chiens crurent un moment à l'incendie de la lune, et aboyèrent : Au feu ! pour sauver leur mère Héciite.

Mlle Armande, grand premier rôle, eune premier rôle, forte ingénuité, soubrettes et Déjazet, se reposait de ses fatigues de mémoire, en peignant des décors.

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Son triomphe était la forêt, quvllo peuplait de perroquets d'un rouge éblouissant, avec des becs tout noirs grands comme la main.

Mme Saint-Firmin, première duègne et caractère, mère noble, rôles de convenance, continuait son cold-cream , et l'envoyait aux élégants de la ville, moyennant cinquante centimes.

La grande coquette, qui était la Bourdois, qui avait remplacé la Momignard, racontait ses amours en diligence, et le mal que lui faisait le melon .

Le directeur vivait maritalement avec sa pipe.

Le premier rôle en tous genres, les Lafond, regardait passer, sur le pont, l'eau, le temps et les bateaux à vapeur.

Le jeune premier, fort deuxième, comparait un verre d'eau-de-vie avec un autre, faisait le saut périlleux du

... Le premier comique mettait les noms sur les croix de bois ..

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poêle du café, imitait le cornet à piston, cassait une noisette avec un doigt, pliait sa serviette en lapin.

Le premier rôle marqué, pères nobles, lavait son linge, guérissait les maux de dents, pronostiquait le temps, collectionnait des cannes dans les bois, saluait le curé, prenait le menton aux bonnes.

Le grime en tous genres empruntait des faux-cois au premier rôle, des imitations au jeune premier, des cannes au père noble, de l'amour à Mme Bourdois, de la monnaie à Armande pour acheter du tabac, et du tabac au directeur pour ne pas en acheter.

Le premier comique, ancien peintre en lettres, mettait, en ses moments de loisir, les noms sur les croix de bois des morts du cimetière.

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