DE LA PIQURE DE LA MOUCHE APPELÉE DEBAB
Des suites de la piqûre.
148. D'après les Arabes, c'est la piqûre de la mouche que nous nommons taon, et qu'ils appellent debaby qui occasionne toutes les maladies mortelles du dromadaire : aussi, lorsque cet animal meurt de dépérissement, on n'accuse jamais que la piqûre du debab, et on attend que la volonté de Dieu soit faite.
Pertes de dromadaires en 4843.
149. En 1843, les Bou-aïch, tribu de Tittery, n'ayant pu émigrer dans le désert par crainte de l'Emir, furent forcés de
. rester dans le Tell, pendant le temps où le debab sévit si cruellement. Ils ne perdirent que la moitié de leurs troupeaux; cette perte, quoique sensible, fut loin d'être aussi considérable qu'ils le craignaient. Et si le fatalisme ne les eût empêchés de prendre les précautions naturelles en pareil cas, il est probable qu'elle aurait été moins sensible encore.
Émigration des dromadaires au mois de jum.
150. Du premier au quinze juin^ dès que le debab parait^ on conduit tous les dromadaires du Tittery à deux ou trois journées de marche vers le sud^ loin des eaux stagnantes et delà verdure^ qui donnent naissance au de6aA; on reste dans cette position jusqu'à ce que la moisson soit finie^ car il nait trois générations de debab dans le même mois; elles vont se nicher sur la paille et y sont dévorées par une autre espèce de mouches^ longue^ effilée^ qui en mange par jour^ disent les chroniques du pays, 5^120^ ni plus^ ni moins; cette mouche^ qui s'appelle aï-sug-debab, est elle-même dévorée à la fin de juillet parie narrah, espèce de demoiselle.
Nécessité de eette émigration.
181. Il est certain qu'à l'époque où le debab parait^ il faut faire émigrer le dromadaire et le mener dans une contrée où il y a du bois à manger et de l'eau à boire; les Arabes comprennent dans cette dénomination de bois, trois arbustes dont le nom français ne nous est pas connu^ qu'ils appellent gueUaf, djel^ isserif. Les dromadaires recherchent ces arbustes dont ils font leur nourriture habituelle dans tous les pays et qui sont aussi communs près de Boghar que dans le grand désert ; seulement, dans ce dernier lieu^ leurs racines enfoncées dans le sable sont d'une grosseur plus considérable que dans les bonnes terres des environs de Boghar.
Lorsque l'administration française ne pourra suivre l'usage des Arabes à ce sujèt^ elle pourra consulter ce que nous avons fait en pareille occurrence cette année.
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Historique de Texpédltlon de Lagonalh par le général Marey-Monge pendant le temps
du debah.
ISâ. Le 11 juin, M. le général Marey» après sa remarquable expédition à Lagoualh, arrivait à Tiaret avec une colonne, dont le convoi composé de six cents dromadaires devait être conservé, puisqu'il n'aurait pu être remplacé que par des ânes ou même des bœufs porteurs : il y avait donc urgence à aborder de front la plus grande de toutes les difficultés que présente la question. Le général aurait pu cependant l'éluder en partie ; mais il tenait à pouvoir affirmer, avec cette conscience que l'armée entière lui connaît, qu'il avait traversé toutes les phases défavorables : il voulait constater lespertes éprouvées dans ces diverses expériences, afin d'amener M. le maréchal-gouverneur à former son jugement sans aucune cause d'erreur.
Épouvantable effet du debah.
155. Au pied de Tiaret, en traversant la rivière, les dromadaires furent assaillis, pour la première fois, par le debah : chaque animal avait sous le ventre des milliers de ces mouches, dont il cherchait vainement à se débarrasser, soit par des sauts, soit avec les pieds, soit même en se précipitant à terre. A quatre heures du soir, le debah disparut et permit enfin à nos dromadaires de prendre la nourriture et le repos dont ils avaient un si grand besoin.
Les Arabes nous assurèrent que, pour préserver nos bêtes des attaques du debëb, i\ fallait les conduire près d'un grand arbre, sur un terrain, rocailku^ dépouillé de toute verdure^ »tué en face du camp. Là, ajoutaient-ils, les dromadaires pouvaient passer le moment de la journée où le debab sévit; nous suivîmes leur avis, mais nous fûmes cruellement abusés. Le spectacle
doftt îioiis ftlttles tétnoins, htiit heures durant, fut réellement affreux: tantôt leâ bêtfes paraissaient ivres, tantôt furieuses, parfois sans vie, toutes avaient la tête, les jambes et le ventre couverte de dehdb ; nous dûmes dôtic renoncer à ce préfendu abri et nous eûilies rëcdiirs plus tard à un expédient qui nous réussit mieux.
Moiren préservatif contre le déhêb.
154. Lelendemainj les dromadaires partirent à^trois heures du matin pour le pâturage et furent de retour avant huit heui*es. On les fit par(|uër pêle-mêle sUt un mamelon élevé, dû ils se gi'oùpèrent en tournoyant : de dette manière ceux qui ètaièht â la cirdonféténcé furent les seuls exposés à la piqûre, et, poùt ie^ eu ptésëi-ver autant que possible. Oh acheta du gdUdron, ail prll eiôrbltaiht de dou^e frahCs la peau de bouc de huit à diit liittk, et on hé gcfudrohnal. Le debab disparut pendant trois jours, chassé par l'odeur; lorsqu'il revint, on imagina de l'éloigner encore au moyen d'une fumée épaisse, provenant du feu mis à de la paille mouillée et à de l'herbe verte; ce procédé ayant eu quelques succès, le reste de la mauvaise saison s'éooula Bans autre aoddent. Si la malheureuse circonstance dont nous avons parlé plus haut et qui devint, après l'automne, la cause d'une perte assez grave, ne se fût point produite, nous croyons que la perte éprouvée par notre Sqdipage dans cette épreute là fini à craindre de toutes eût été d'un quart des bètes.
Le debab s'attache à toas les animaux.
155. U ne faudrait pas s'imaginer que le debab ne pique que les dromadaires, il s'attache avec autant de furie aux 6hevaux et aux mulets. Aussi les Arabes disent indistinctement
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d'une de ces trois bètes^ lorsqu'elle est piquée de la mouche et qu'elle est en danger de jpérir^ medbouba. En plusieurs circonstances^ nous avons vu des mulets et des chevaux tellement couverts de piqûres, qu'ils étaient dans un état réellement déplorable ^ nous citerons entre autres un mulet des spahis, faisant partie d'un convoi arrivé à Tiaret sous les ordres d'un officier de ce corps. Ge mulet avait eu tellement à souffrir du dehab, qu'il creva au bivouac de Tiaret le même jour.
* Effet du debab dans une colonne.
186. Si une colonne, ayant des dromadaires au convoi, était obligée de manœuvrer pendant le temps où le debah sévit, elle devrait au moins s'arrêter depuis huit heures du matin jusqu'à trois heures du soir. Pendant la chaleur, nous pensons que la marche ne pourrait durer plus de trois jours, sans que la perte ne devînt, en peu de temps, considérable.