CHAPITRE IL
2« Dl LA FAIM CHBZ LB DROMADAIRB.
C'est une maladie mortelle.
157. Après le debab, la deuxième cause de maladie consiste dans la faim; c'est à elle que nous devons les pertes éprouvées dans l'expédition du mois d'avril de cette année.
Appétit da dromadaire.
158. Le dromadaire est un animal qui mange tout ce que la terre produit, mais qui a besoin de consommer (15) beaucoup :
2S kilogrammes d'herbes ou de broussailles par jour lui suffisent à pdine. Il aime à arracher sa nourriture avec ses dents^ et ne prend de ce qu'on lui présente que des chardons ou des herbes tendres.
Son alimentation yarie suivant les saisons.
1S9. Son alimentation hygiénique varie suivant les saisons^ suivant les pays et même suivant certaines localités.
Voici les règles généralement suivies à cet égard:
En été, l'animal mange ixx'bois {guettaf, djel, isserif): le guettaf a la propriété médicale de rendre moins à craindre la piqûre Audebab.
En hiver^ il mange du bois le matin et le soir certaines plantes appelées chia, alpha et senag.
Au printemps et à l'automne^ il mange indistinctement du bois et de l'herbe.
Le dromadaire ne (16) boit^ au printemps, en aucun pays, sans doute parce qu'il mange beaucoup d'herbe ; ce n'est que durant l'été qu'il boit. Ce fait semble incroyable, lorsqu'on réfléchit que certains cantons, comme la Mitidja, ne contiennent pas de guettaf. Mais partout où l'animal broute cet arbuste salé, il peut boire tous les jours depuis le quinze juin jusqu'à la fin de l'hiver, d'après de nouveaux renseignements qui paraissent certains : s'il y a disette d'eau, il peut jeûner sept jours.
Dans la partie du désert que nous avons traversée dernièrement, on rencontre des espaces de quinze à vingt lieues sans eau. Le dromadaire les parcourt sans difficulté. On assure que plus loin, dans le sud, il peut rester jusqu'à quinze jours sans boire: et il y a lieu de croire là-dessus les Arabes, car leurs dires sont unanimes sur ce point.
Pendant la route^ les Arabes s'opposent à ce que ces animaux
boirëhtj quelle que soit lA chaleur j ils prenti^t quelquefois bietl de la peine à les empêcher; ce n'est que pendant l'hiVèr qu'ils leur permettent l'usage de l'eau de pluie.
Les heures du pâturage varient aussi à l'infini, même entre les douars d'une tribu ; voici la règle commune :
Au printemps, on part de nuit, et on rentre au lever du ëolël^ eh atfdnî grund ^oin d*éDiter la tôsée. On repart à tnidi et on reste jusqu'à &ït heures du soir et même jusqu'à dix heures, si là luhe est levée.
Eh été> le départ est à troiâ heures du hiatiu et le retoiir à huit heures ; Après la disparition du debab^ le dépàrl est de deux à quatre heures, suivant la nature et la forfed du vent^ et lë retour à huit heurëà ; on le reèulë même à dix heures, s'il fait clair de lune. Pendant cette satsèn^ en fait boire le matin, ëh rëUtrËtit à la tribë;
En automne, le départ est après le lever, et lë retour âpres le coucher du soleil | les bêtês boivefift eh partant:
En hiver, on pàft et on rentre cottime en llutomtle,* Éûàis l'on défait boire que lorsque l'eaU est réchauffée par le soleil.
Les droinadairesy après avoir été déchargée ert arriVaht au bivouac, ont l'habitude de Se coucher pour fUmluer. Oh Mi les faire lever> et alors ils matigent; la nilit> ils ont le temps d6 rUttiînery car ils lie dorment pas quaitre heures. . Ces anitoàU* ont l'habitude de toujours iriâther dU rtiêmè côté; lorsqu'ils ruminent, ils font jouer la mâchoire inférieure tàutdt à droite^ tantôt a gauche^ et très-unifôtméÉtieht.
L'àliméntatioh târié surtout suivant les pays.
ieO« Nous avdné dit que la partie si linportamë de l'hygiène du dromadaire n'était pas bien connue; les Arabes euxmêmes ne s'entendent pas à ee sujet. Nous en avonë eu la
preuve durant notre séjour à Tiareti Voulant éviter les pertes imminentes^ nous nous entourâmes de tous les conseils de Te^périence^ nous consultées les plus capables tbib de la tribu des Harurs. €ette tribu est en effet renommée par son habileté en chamelerie. Elle considère la rosée de l'été comme plus dangereuse qUe le debab : aussi n'envoie-t-elle les dromadaires au pâturage que longtemps après le lever du soleil. Au contraire^ les Rhamany les Bothaïch^ tribus du Tittery^ qui possèdent des milliers de dromadaires^ et qui en avaient un grand nombre au convoi, les envoyaient paître à trois heures du matin, sans se préoccuper de la rosée. Ils rejetaient sur les Harars le reproche d'ignorance que ces derniers leur appliquaient; de quel côté est Terreur? Pour nous, nous devons déclarer que des deux parts les pertes ont été grandes et qu'il nous est impossible, du moins pour le moment, de nous prononcer sur la préférence à accorder aux habitudes de Tune ou de l'autre province ; nous craignons cependant plus la rosée que le debad.
En résumé et comme complément, lorsqu'on sera obligé de se servir de dromadaires pendant le mois d'avril, il importe suivant nous, de ne pas perdre de vue les observations mentionnées au chapitre. Du travail, art. 121. Pour éviter que ces animaux ne meurent de faim, on doit choisir les plus gras et les plus forts; veiller à ce que l'allure soit ralentie toutes les fois que Ton traverse un terrain à bonnes herbes ; la presser ensuite pour rattraper la distance perdue, lorsqu'il n'y a ridft à manger ; arriver au blvonijke de midi à une heures voilà œ qfuë doit avoir toujoum ptéseiit à l'esprit le chef responsable.
Ififttni^tioii dcqtlise pdr noâ soldats dans U dért»fère expédition.
161 . Pendant l'expédition d'avril^ quidura vingt-huit jours»
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nous avons été obligés d'abandonner soixante-dix dromadaires. Les Arabes^ qui en avaient trois fois plus que nous^ n'en ont perdu que onze. Cette différence s'explique 1" par la supériorité réelle des dromadaires amenés par les Arabes ; 2° par le soin que ces derniers ont eu constamment de faire manger leurs bêtes à propos; toutefois^ à la fin de la course^ le bataillon comptait un grand nombre de bons chameliers^ qui avaient profité de l'exemple des Arabes^ et dont l'instruction s'était développée heureusement assez à temps pour que les plus grands malheurs aient été évités.