‹ Armée d'AlgérieChapitre 3 sur 66 · HISTOIRE NATURELLE · texte numérisé non relu

HISTOIRE NATURELLE

Observation première.

3. Le nom de dromadaire^ dérivé du mot grec 8po[xeuç, signifiant coureur , a été d'abord appliqué aux chameaux de monture. Or, comme on.ne se sert pour monter que du chameau à une bosse, la lourdeur du chameau de Bàctriane l'ayant fait exclusivement reléguer parmi les bêtes de somme , on a par abus étendu le nom de dromadaire à tous les chameaux u une bosse. Cette dénomination ayant prévalu aujourd'hui, je pense, Monsieur Iç Maréchal^ ^u'ilfaut distinguer parmi les dromadaires les deux races suivantes :

1<> La race destinée au fardeau ; 2<> La race destinéi^i à la course.

La première est celle que nous rencontrons dans la régence d'Alger^ proprement dite^ où l'on ne s'en sert pas pour monture. C'est aussi celle d'Egypte^ où les dromadaires sont cependant beaucoup plus légers qu'en Algérie; car il paraît positif que plus ces animaux s'éloignent du désert^ plus ils dégénèrent; la seconde race est celle qui n'a jamais porté de charge^ et qui a toujours servi de monture ; elle existe dans l'intérieur de l'Afrique, où les chevaux, excessivement rares, sont des animaux de luxe.

Cette espèce, à laquelle les Arabes donnent le nom de (lOo) mhari, qu'ils disentètre sans bosse et à laquelle Shaw attribue un^ bosse de petite dimension, peut faire 30 à 50 ( 1 07) lieues par jour, au dire de tous les voyageurs et des naturels du pays. Shaw raconte que, lors de son voyage au mont Sinaï, le chef de leur caravane se plaisait à les divertir par la légèreté de son mhari: ' (( 11 allait, ditril, reconnaître une caravane qui paraissait à l'horizon, et il était de retour en un quart d'heure. »

En 1827, l'aga Jahhya, fondateur de la Maison-Carrée (Bordjel'harach), amena à Alger sept mharis dont le bey de Constantine venait de lui faire cadeau. Ces animaux furent logés à la Maison-Carrée, où ils moururent tous pendant l'hiver, qui fut fort rigoureux cette année. Ces dromadaires mangent des broussailles ; ils vivent, comme les autres animaux, d'orge et de paille, et logent dans des écuries. Cette espèce n'est malheureusement pas celle qui habite la partie de l'Algérie que nous occupons.

Depuis sept mois que les expériences sont commencées, j'ai eu lieu de me convaincre de cette vérité : c'est que non-seulement les anciens, mais encore les modernes et les plus célèbres zoologistes ont accrédité certaines erreurs sur l'histoire natu-

relie du dromadaire. G'ëst^ au reste^ une question qui méfite Un sérieux examen. Lorsque mon opinion sera bien fixée au sujet de ces erreurs, je me ferai un devoir de vous transmettre un rapport circonstancié pour être, si vous le jugez convenable, soumis à TAc^idémie des sciences.

En attendant, voici quelques notions dont on peut, dès à présent, garantir Texactitude, bien 'qu'elles aient été l'objet de controverses et bien qu'elles soient encore inconnues.

Physiologie en général.

4. Cet animal, appelé (103) djmel, c'est-à-dire richesse du ciel, est la plus utile et la plus précieuse des créatures soumises à l'homme. Les Arabes n'évaluent pas la richesse par un nombre de pièces de monnaie, mais par le nombre de dromadaires (121) qu'ils possèdent. On peut dire que le dromadaire est le plus domestique de tous les animaux. En Afrique, on ne le connaît pas à l'état sauvage : on le conduit par la douceur (115) et la patience, et non, comme les autres animaux, avec brutalité et force. Il vit trente à quarante (136) ans. Sa gestation est d'un (109) an ; il marche dès sa naissance ; la naga (femelle), ne porte qu'un seul petit, ainsi que cela a lieu chez tous les animaux d'une taille plus élevée que celle de l'homme. Le membre génital (201) du ; mâle n'a pas une direction en arrière ; seulement le gland .qui' le termine est incliné par le fourreau qui, après l'avoir recouvert, se contracte en arrière ; voilà pourquoi les deux sexes urinent entre les deux jambes de derrière; le jet d'urine du mâle est presque toujours si petit, que le matin, en allant à l'exercice, on en voit souvent rester en arrière pendant vingt minutes pour satisfaire ce besoin.

Chargement du dromadaire.

6, Dans quelques tribus du désert, on a Thabitude de ne charger les dromadaires qu'après l'àgc de S ans; maiS; parmi

ceUest[Ui nous sont soumises^ on ditcpii'ils doivent teter pendâMr la première années porter le b4t pendant la seconde,. travûUer. pendant la (128) troisième et s-accoupler pendant la (109) qua« trième.

Il n'est pas exact de dire que, lorsque le dromadaire est trop diargé, il l'indique lui-même en refusant de se lever : cet animal paie de bonne volonté loomme tous les autres animaux ; il s'arrête ettombe comme eux, quand il estépui8é(117)de fatigue. Lorsqu'il doit marcher pendant longtemps, on le charge, s'il est robuste, de 300 kilog. et plus, et, s'il est de moyenne foitee, de 200 kilog. .

L'idée qu'on peut lui laisser sa charge pendant la nuit, sans lui faire de mal, est inexacte, attendu qu'il a besoin de se rouler sur les flancs pour se délasser, comme le font tous les animaux; on la lui défait chaq^e jour en arrivant au bivouac; en dénouant les cordes du fordeau^ les ballots glissent à terre de deux côtés et, l'animal ne bougeant pas beaucoup pendant la nuit, on les rattache le lendemain avec facilité : le U^tHorialde Sainte Hélène se trompe donc à ce sujet. X

6. L'âge de eet animal se reconnaît aux (137)4ents, jusqu'à l'âge de quinze ans, comme celui du cheval jusqu'à dix. Les signes sont différents pour les deux bêtes ; à vingt ans,.la moitié des dents du dromadaire & disparu, par suite de la mastication*

Rut.

7. On reconnaît le rut (1 14) Ji une sueur plus ou moins fétide qui suinte de la tête. L'animal de quatre à cinq ans n'entre en rut qujau priiitemps ; celui de six ans et au-dessus entre en rut en janvier, et il fait alors sortir 3e sa bouche avec bruit son voile du palais, qui pend d'un décimètre et demi à deux décimètres.

Le rut dure deux mois, le dromadaire, i^ous ce rapport,

ita&t Mew diflë^èiDfl (109) dû' cfieVât ôf déé autfei^ animaux.

Le dfômeididD'é d^AIgMéj dbiAÈïé la vairiété blanche dite ori^ ginairé ff Afrique (1)^ entré en fut (104) en hiver, et ce rut dure deux mois; cdmtne la variété brutie dite d'Egypte, il fait sortir de sa bouche une Vésicule ro!!igeâtre. Il urine même sur sa queue pour s'en arroser les parties génitales.

Les vieux dromadaires deviennent quelquefois dangereux pendant le (116) rut ; maison les calme promptement par une ou deux frictions sur la tête faites avec du goudron.

Le dromadaire ne mange, pendant le rjit, que lorsqu'il est méchant, et alors il ne maigrit pas. La (103) femelle(na3fa), après avoir mis bas, n'entre en rut ni pendant le reste de l'année, ni pendant Tannée (113) suivante.

L'accouplement a lieu, la naga ayant les jambes fléchies sous le ventre, le poitrail contre terre (position naturelle de ces animaux pour dormir ou recevoir la charge); le mâle se tient accroupi sur son derrière, embrassant avec ses jambes de devant le corps de la femelle.

L'opération dure fort longtemps, la femelle, très-indolente, &ydïd besoîh sbU^ëiit cfé dii minutés pottf se décider à recevoir le mâlëi j^ai VU de§ ûûl^ qui/ las^ê* de pOUi'suivre la naga ou de séë î'efUs, se s0ht précipitési âur elle, rôtit mordue à la gorge jus(pi^â ce ^'elfe eût obéi. L'accouplement a lieu pendant le jouf f^stemb pétidant la nUity et n^éët p^i gèhé par la' présence dëPiomnfe. : .

Castration.

&^ Presque tous tés dh)QtadaJf]^e9 lioât hongres^ parce que l'on veut If s faire traTuiHer en toutes «âsons, et que la oas^ ta^ationr leur conserve (ié&) teur force et teur embonpbint.

(I) L'Encyclopédie distingue, sans beaucoup 'de fondement, trois rariétés de dro« madaireâ : 1<>" la hlatiehe; 2» là hrune; 3« la grue.

L'opération de la castration ^s'exécute, pon par, la jpiression des testicule, mais par le moyen d'un poinçon rougi avec lequel on les perce (146) successivement. On sait que les musulmans ne coupent que les hommes et quelques chevaux. *

Cette opération peut se faire à tout âge : le printemps est la saison favorable.

Chair.

9. Le dromadaire de vingt-cmq ans ne sert presque plus à la charge ; on l'engfaisse, puis on leî vend 3S à 40 francs pour en faire manger (142)la viande^ qui ^st aussi bonne et aussi saine que celle du bœuf^ d'après une instruction hygiénique mise à Tordre du jour de l'armée d'Afrique. La bosse en est le meilleur morceau, mais elle exige plus de cuisson. La chair des jeunes dromadaires est tendre comme celle du veau. La peau de l'animal abattu se vend (144) encore 20 francs à Alger.

Pays qui leur est propre.

. 10. Le dromadaire ne peut servir habituellement que dans un pays de plaines ou peu accidenté, sablonneux et sec. Ce pays lui convient essentiellement, à cause de ses pieds plats et élastiques. C'est la terre à laquelle sa nature peut mieux se conformer; cependant, on l'emploie accidentellement, et par exception, dans un pays de montagnes, et, lorsque le terrain est sec, il gravit sans s'arrêter des pentes rapides même à quarante-cinq degrés. S'il marche sur un sol humide ou gUssant, il se casse promptement les jambes, surtout celles de derri^e : aussi les Maures n'ont-ils pu acclimater Tespëce du dromadaire en Espagne, malgré tous les, essais qu'ils ont tentés à ce sujet. Lorsque le dromadaire doit voyager dans un pays rocailleux^ on a Thabitude de placer à ses pieds des semelles eu cuir de bceufi

Callosilés.

11. Le dromadaire a sept (202) callosités : quatre aux deux jambes de devant^ deux aux jambes de derrière^ et une au poitrail sur le sternum; cette dernière est épaisse d'un pouce et aussi dure que de la corne. Ces callosités sont normales et ne proviennent pas de l'habitude qu'a le dromadaire de s'accroupir pour se mettre au niveau de l'homme et pour dormir. Je n'ai jamais observé que ces callosités se soient putréfiées.

Il est à remarquer que, pour s'accroupir, l'animal a soin de se placer sur un plan incliné, la tète en bas ; puis, il fait trois mouvements : le premier, pour tomber sur les genoux de devant; le deuxième, pour plier les deux genoux de derrière, et le troisième, pour appuyer son ventre à terre. Pour se relever, il commence par les deux jambes de derrière, puis il se hausse entièrement.

L'opinion ' qu'on force les jeunes dromadaires à s'accroupir dès leur naissance au moyen de tellis chargés de pierres, parait inexacte.

Poil.

12. Le poil, qu'on coupe tous les ans au printemps, même celui de la bosse, sert à confectionner la majeure partie des objets à l'usage des Arabes, et surtout leurs tentes, leurs vêtements, et même leurs récipients à eau. Si l'on coupait le poil après l'époque de la mue, il ne pourrait servir à aucun usage.

Fiente.

13. La fiente du dromadaire, après être restée, nen pas, comme on dit, deux ou trois jours, mais un jour seulement, exposée aux rayons brûlants du soleil, est d'une grande utilité dans ce pays^ presque entièrement déboisé, et où, maintenant^ le eomimsttble eit devenu auisi rare que Teaui souvent même

plus rare; elle s'allume aisément^ produit une flamme inodore^ qui est aussi vive que celle du charbon.

ii. On juge infailliblement de la force ou de la faiblesse du dromadaire à sa (188) bosse^ qui est formée de la surabondance de la nourriture de Tanimal; la résorption de cette bosse compense, en temps, et lieu, le peu de nourriture prise. Pendant de longues marches, on voit cette bosse diminuer successivement, et enfin devenir presque impalpable; puis c'est la graisse du ventre qui disparaît à son tour, et enfin celle des jambes; quand il a passé par ces différents degrés de maigreur, le dromadaire meurt infailliblement.

li'idée qu'on ne saurait impunément presser la bosse du dromadaire, parait inexacte. Si les Arabes encastrent cette bosse dans un bât, c'est afin de s'y tenir assis, et non pour garantir la bosse : s'ils ne se placept pas sur cette bosse, c'est à cause de l'incommodité qui en résulterait pour eux et non pour l'animal, lequel peut transporter' trois hommes, sans que celui qui est placé sur la bosse paraisse le fatiguer plus que ceux qui sont placés en avant ou en arrière.

Sobriété.

15. Les récits des voyageurs, sur la sobriété du droma* daire sont unanimes: Pietro délia Valley Ogilby/ Chardin, Thevenot, Philippe, Oléarius, Tavernier, Léon l'Africain et Surtout âiaw, qui a voyagé en 1740* dans la province d'Alger, rapportent deis faits extraordiilttii^s et qui cependant sont souvent au-dessous de la vérité.

j^ai présenté au géqéral AlareyrMong^^ dant ua de mes voyages à ^édéab, des dromadaires <iui n'avafent^pas mangé depuis trois jours, ni bud^uis trois mois^et qui ne paraissai^t pas souffrir de cette abstinenee» Lorsque le dromadaire né

trouve plus de nourriture sur place, son conducteur lui donne par jour quelques petits morceaux d'une pâte faite avec de lâ fleur dô farine; ét> soutenu psâ ^mvA' aimeiity cet aodïhal poUie sept (fuiiïlaM atiglais au moind, dit Sbà^y et fiiak'oto quelquefois di^ et quittée hëurë^ par jour/ nnxti s'arrètèi*.

Aucun vo^^ageùr n^a èsé affirmer (pte h dromadaii'ë ûe boib jamais pendant les deun deriiiers moii^d^I'automne^ peddantlouti l'hiver et pendant tout le printemps ; et cependaht^ 'tel edt te Mit e%traordinairedontchaqûejournDusapporteuneiK)ùVelierpreuve. Les Arabes affirment que si cet animal boit (160) si peu> il le doit à la nature particulière de son foie^ qui ne secrète pas de bile;

Au commencemeilt de l'étéy le dromadaire boit ; puis il reste ^ quifize jours sans boire^ Après aVoir bu de nouveau^ il demeure end(H*e quatorze jours sans boire, puis treize, puis dduïe, etc., et enfin sept jôurs^ eu diminuant d^une unité suc<^fi»ivëment le nombre des jours d'abstinence ; edsuite, il boit tous leë sept * jours, etrïen que touè les sept jours) queUes(pie soi^t la -fatigue et la' chdeur de la maifc^e.

La quantité d'eau qu'il prend chaque fois variede SOà 40 lifres»

Il faut, dit-on, au dromadaire, l'herbe du dései^t pendant

l'hiver et la broussaille pendant l'été; on ne lui donne. ni orge

' ni paillé; il se nourrit de feuilles d'àrbreé^ et ildioisit de pré-»

f&ience le» végétaulit épineux, hormis l^aloès, auquel il ne

touche jamiiisî.

Pour ehgraisfiep cet animal^, on doit le ftiire changer souvent db pâturages) et^letcenduire surtout dans dea plaines oùîl puisâe broutei'beauooupdîherbe. Dansûn bon terrain, il matige(68)asseot pendantctete bmliel pour les besoin» d'un jour ; il peut paître depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, aussi bien au repos qu'en marchant^ grâce à son cou qui, par sa longueur, lui sert de balancier, et au moyen duquel il soutient l'équilibré de son , corps. Le dromadaire mange (158) ieilouble du dfa&V8l«

Réservoir d'eaa.

16. Le chameau supporte la faim et la soif avec une patience' qui tiendrait du prodige^ si Ton ignorait la structure de son (194) estomac, lequel est capable de contenir et même de produire de l'eau, suivant Topinion du célèbre Cuvier. En effet, nonseulement le chameau a quatre estomacs comme tous les ruminants, mais' il a, en outre, dans un de ces estomacs une sorte de réservoir formé par des augets ou cellules qui, dans leur ensemble, peuvent contenir plus de vingt litres d'eau ; cette eau y séjourne sans se corrompre : à tel point qu'un célèbre voyageur rapporte avoir vu éventrer un dromadaire mort depuis dix jours, dans le réservoir duquel on trouva trois litres d'eau encore potable. C'est en comprimant ce réservoir par l'action des muscles abdominaux, que l'animal peut faire refluer le liquide, soit dans sa panse, soit dans son gosier.

L'expérience pourra faire connaître si l'eau des cellules provient d'une réserve faite par l'animal sur sa boisson, ou bien si elle n'est' que le produit naturel d'une sécrétion alimentaire. Lp dire des Arabes et nos propres observations sobt en faveur de cette dernière opinion. Un dromadaire étant mort par adcîdent, le' 10 décembre, dans la Mitidja, l'ouverture en a été faite en présence de plusieurs officiers de Bordj-el-Arach; le réservoir d'eau présentait l'aspect d'un melon, dont il offrait toute la contexture. D contenait plus de quinze litres d'eau verdâtre, mais sans mauvais goût. Les Arabes présents ayant affirmé qu'après avoir déposé trois jours, cette eau devenait lim-» pide et restait potable^ l'expérience en fut faite et elle réussit.

Motifs de la préférence donnée au dromadaire sur le mulet.

17. Loin du littoral de la Méditerranée^ on préfère le droma^ daire au hiulet) pour les motifs suivants : IMl y existe mille foii

plus de dromadaires que de mulets; 2^ le mulet oe saurait se passer d'orge; S^ si le mulet porte trois sacs, le dromadaire en porte quatre ; 4^ le mulet doit boire tous les jours, et le dromadaire tous les sept au plus; 5** le mulet chaque jour perd de sa force, tandis que le dromadaire, grâce à la diminution de sa bosse, voyage longtemps avec la même force et la même vigueur; 6** le mulet a besoin de se reposer chaque soir, et le dromadaire, moins sensible à la fatigue, peut continuer sa route pendant plusieurs jours sans presque s'arrêter ; T le mulet, pendant les fortes chaleurs et les grandes pluies, a besoin d'une écurie ; le dromadaire est toujours mieux en rase campagne qu'entre des murs ; l'odeur de la chaux lui est particulièrement funeste ; 8** le mulet a besoin d'être pansé et étrillé ; le seul soin qu'on prend du dromadaire, c'est de le frotter avec un morceau de bois lorsqu'il est couvert de poussière ou de boue ; 9© le dromadaire peut être discipliné plus facilement que le cheval et le mulet ; 10* le dromadaire est monté, conduit et gardé plus facilement que le cheval ou le mulet qu'on laisserait eu état de liberté comme lui; lorsqu'il est entravé aux deux genoux de devant, il ne peut se sauver, ce qui arrive souvent au cheval et au mulet; 11* le dromadaire se blesse plus difficilement^ sur le dos que le cheval et le mulet, mais, à la vérité, il se guérit moins vite qu'eux; IS*" le dromadaire ne rue presque jamais : ses ruades, du reste, ne peuvent faire de mal; il ne mord que pendant le rut : on ne peut en dire autant du mulet; 15^ le dromadaire est moins sujet à la maladie que le cheval et le mulet ;. il n'est point ex-r posé à la morve, qui décime tous les ans ces derniers animaux; 14° le mulet transporté en Algérie ne dure que quatre ans, et le dromadaire dure vingt an? au .moins; IS"" le mulet coûte au bout d'un an 753 francs, et le dromadaire ne coûte que 90 fr. ; 16« le mulet coûte chaque jour davantage à cause de la nour« riture ; le dromadaire ne coûte rien de plus que le grix d'achat.

^ ii -r-

Manière de le conduirie.

18. Le sifflement du maître fait coucher le dromadaire^ le fait marcher au pas ou au trot, le fait arrêter ou lever. On emploie aussi une baguette longue d'un mètre et detoi, de la grosseur du petit doigt, avec laquelle on lui frappe légèrement les deux genoux, pour le faire coucher, et le derrière, pour le faire lever et marcher. L'animal s'accroupit pour faciliter le chargement.

Les Arabes de la régence d'Alger conduisent leurs dromadaires par le moyen d'une longue baguette et sans bride; en Egypte, on les guide par le moyen d'un anneau passé dans len narines et d'une corde attachée à l'anneau.

Vitoase.

t9. On pense ^ tqrt que le droms^^aire f omrftit feJPÇ tpii^ jours vingt lieues par jour. Napoléoii dit que c'était leur oourse habituelle en %ypt?; ^'o^ ilfftUt popclure qije Ift ri^ce d/çTAtgérie proprepie»!; dite, ét^Pt loin du véril^le «}ésert, f^ dégé-r n^ré. Le drorpadairç 4' Algérie ne saurait f^r^, SAUS ^'arrêter, plu§ de douze k quiozç Ji^ues pçir jpujr; la spfl^^tte que J'ai fait a(}dpter à son çqu gopiribu^ h i^ictivi^r la marche de (^\ ^iipjïl.

Hjgiène ef nudatties.

SO. Les deux principales maladies (147) du dromadaire dans la Mitidja, sont la teux et la gale. 11 parait que les vétérinaires {iUb) de ces animaux n'en perdent qu'un seul sur trente atteints de ees maladies d'une manière grave. Le caïd de ces animaux en est en même temps le tbib ; on l'appelle le caïd-el-hel et ;ion eaïd-el-djmel ; le mot (105) bel désigne la réunion d'un grand nombre de dromadaires. ^

Peurtvaiatenir le dromadaire en santé, après en avoir coupé

\e |oil m priatc^ps^ mèœe celui de h bm», on fritte f on CQrp$ entier avec du gou4ron et de l'huiLe ; ^pris eette Irictiûn, il est bon 4e ne f^» mettn^ le bât sur l'animaJ pendant eaviroo un mois. Tou^ les trois mois^ od répète cette opératiaa sur te f9â seuleioeot; mm d'une manière légère et san^ toucher la partie du dos qu- occupe le b&t : vingtrquatre heures après^ m peut faire travailler le dromadaire. Aiosi^ le nombre des frii^ lions annuelles est de cinq : T Arabe qui les opèpe ne choisit ja^ mais le samedi ; il doit aller au bain auparavq^it et être sain i$ corps ; telles soçt les coutumes àce suj^. L'opération n'a jamais heu que par un temps sec, sous peine de voir l'animal tremblqp aussitât de tous ses membres et souvent mmm en peu de temps. Lorsque le dromadaire a la (162) gale^ ee qui se recoiv? naît à la diute 4^ poil, on enduit la partie makde de goudron, en recommençant ileu^ ou trois fois s'il y a lieu, et i deux jouF§ d'intervalle. Lorsqu'il est blessé, on lave la blessure avec de l'eau, puis on la goudronne. Lorsqu'il est méchant, ou lorsque, étant en rut, il entre en (7-1 |Q) fpfpjir, on lui goudronne la tête, sauf à répéterla friction toujours légèrement, sans quoi il tomberait hébété et ne mangerait pas de plusieurs jours. Le goudron, le sulfate de cuivre, l'ocre ou le vermillon et le feu sont les seuls ingrédients employés par )/es vétçrjiu^ires du dromadaire, pour panser ses plaies ; l'huile, le beurre rance et l'ail sont les seuls médicaments qu'on lui administre à l'intérieur.

Al|»r^ du dromadaire.

2J, ï^'^Dur? du 4n?ia4^^rç P doope pas d(5 nwaée^ se^^ bJij^bJeg ^ celles que détermif^e le roal (1^4) de mer^ ainsi qug Ig d|| Napoléon dans ses mémoires. On peut affirmer que le pas q^ Ig petit trpj; ^p 4roiïii^4^irg ^qpt pUis dp^t qyç Je p^^ gt^ Iç pjptit trot du cheval, à cause de l'élasticité (129) de ses pieds.

Goog/^

Le pas da dromadaire est^en plaine, de quatre-vingt-cinq à la minnte et de 1"» 25 : il se soutient ainsi pendant des jours entiers, et force, le fantassin qui le suit à faire cent vingt-six pas de 0°^,86à la minute. Son trot est.moins long, mais il Test assez pour qu'un cheval ne puisse le suivre que difficilement. Un cheval au galop est distancé par un dromadaire au galop en peu de temps : en descendant, le dromadaire trotte naturellement ; il marche Tamble, c'est-à-dire des deux jambes du même côté à la fois et non diagonalement comme le cheval. Ses jambes, surtout celles de derrière, sont d'une finesse remarquable et si longues qu'elles en sont désagréables à Tœil, ce qui parait d'abord un vice de conformation; mais c'est, au contraire, un des avantages les plus précieux de cet animal qui, dans les marches du désert, enfonce ses jambes dans le sable aune profondeur d'un pied À. un pied et demi,r sans en être fatigué. .

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