CHAPITRE
OIS CQlfTOIS HILITAiaBS.
Peut-OQ tirer une utilité de l'emploi du dromadaire , et quelle est cette utilité ?
22. Dans la partie d'histoire naturelle du dromadaire ont dû naturellement prendre place des notions sur lesquelles s'appuie la partie militaire, qui est Tobjet important de mon rapport.
Péut-on tirer une utilité de l'emploi du dromadaire et quelle
est cette utilité ? la réponse à cette question est bien simple.
Les Arabes, chaque jour, sous nos yeux, s'en serveîrt comme moyen de transport pour eux, pour leurs familles et leurs denrées. Les Turcs s'en sont servis à la guerre pour transporter leurs convois, leurs blessés et leurs malades.
Il y a donc lieu d'examiner : 1" si le dromadaire peut être utilisé pour les convois militaires avec des Friançais; 2** s'il peut être utilisé pour le transport de l'infanterie dans les expéditions lointaines.
Ces deux questions, qui sont loin d'être les mêmes, méritent une discussion approfondie: chacune d'elles est d'une actualité que personne ne peut méconnaître. ; •
• L'Algérie ne peut suffire à la fourniture des mulets de l'armée.
25. Il est constaté que notre consommation de mulets pendant les années 1859, 1840, 1841, 1842 et 1845, a été de onze mille. Cette consommation augmente chaque jour. Or, il est Tualheureusement avéré que ce pays ne pourra, pendant cinq ans encore, suffire à une pareille consommation. On doit donc se demander comment on pourra suppléer à la pénurie de bêtes de somme et de mulets.
La première condition pour qu'un peuple conquérant conserve sa domination sur un peuple vaincu, c'est qu'il se suffise avec les ressources qu'il se procure dans le pays même. Le droma daire étant la bête de somme de l'Algérie, doit donc, si cela est possible, être employé par notre administration.
* Lès Turcs se senaient de dromadaires. ?
24. Cet animal était le mode de transport employé par les ïurcs pour envoyer à tous les détachements de la milice cantonnée dans l'intérieur du pays, l'huile, le beurre et les figues qui entraient dans la composition de la ration du soldat.
Ces convois n'avaient lieu que pendant l'été. Les dromadaires appartenaient au beyliek, lequel^ en 18S0, en avait encore plus de 400; lorsque l'autorité turque voulait en expédier^ elle mettait en réquisition un conducteur pour cinq bètes^ çt les tribus qui fournissaient ces conducteurs répondaient du abargement. Lors de notre débarquement, le caU el bel de l'époque, Si-ben-Kaâl, mort en 1859, ayant manifesté des craintes au gendre du dey, l'aga Ibrahim, celui-ci, dans Tintérètde la conservation de ces animaux, prescrivit de les répartir entre tous les caïds de la Mitidja, lesquels se les sont appropriés. Un de ces animaux, marqué à la lettre du beyliçk, devenu aujourd'liui fti propriété du Gouvernement, est à la Maison-Carrée dans «os rangs.
Dépense du corps des équipages mihtaires en Algérie.
2S. Le nombre de mulets ou de chevaux de trait au service de l'ad^ninistration dans toute l'Algérie çst de plus de 6,000, et chaque année, les transports auxiliaires coûtent près de deux millions.
La nourriture de ces 6,000 bêtç$ coûte environ trois williojcis par an.
En 1842, sur 6,000 mulets ou çh.eyaux de b^^ la per^e a été de 1,850.
En 1843, sur un eifectif un peu moindre, la mortalité a été de 2,000 environ.
Le nombjre des voiturçis est de 1,000, et la dépense (qu'elles occasionnent peut s'élever par an et par voiture à 200 francs.
Enfin, notre effectif de soldats du train est de 2,800. Il est bon de dire qu'ils reçoivent de plus que le soldat d'infanterie :
19 francs de première mise ;
04 centimes dç prinie d'entretien par iour;
26 centimes de solde journalière.
El om masse d'habillement ud peu plus torte que dans l'infanterie.
Le miaistre a plusieurs, fois recommandé d'expérimenter ce moyen de convoi.
26. L'idée d'employer dans l'armée française le dromadaire pour les convois n'est pas neuve : elle date deToecupation. Tantôt adoptée avec emprcsseni^t, tantôt repoussée avec aveuglement et par suite de préjugés, ce moyen de convoi n'a jamais été expérimenté d'une maBÎère suivie et précise, malgré les ordres formels du ministre de la guerre (Voy, pièce justificative A). Jamais le projet d'une organisation de soldats chameliers n'a été soumise à son approbation par le gouverneur général. Le ministre pressait en même temps l'organisation d'un service de transports par les voitures bouvières ; et ce service, après être resté longtemps en souffrance, fonctionne maintenant de la manière ta plus satisfaisante.
Aussi les hommes consciencieHx, mais lifiHdes, voyant que cette question n'a pas fait un pas en avant dqmis si longtemps, sont-ils encore indécis sur la solution qu'elle est susceptU)te de recevoir.
Des expériences ont été faites sur tous les points de l'Algérie.
S7. Dans les provinces d'Alger, d'Oran et de Constantine, en temps de paix comme en temps de guerre, l'autorité a employé des dromadaires. Après, des essais si nombreux, la vérité est que nous sommes encore divisés en deux cainps, dont le plus nombreux est contraire à la mesure.
Opinions faYorabfe». à l& mesure..
28. Après l'expédition de Mascara, ou ojxs!est servi de dromadaires pour la première fois, l'intendani; dé Guiroye (pièce justificative A* 4^ déclara que l'emploi de ces animaux avait
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été des plus utiles : « Ils firent, dit-il, plusieurs marches de a Duit, sans que les caisses et les tonneaux qu'il portaient aient « été le moins du monde endommagés. Les expériences ont c( été faites et refaites plusieurs fois, et elles ont parfaitement « réussi. »
Cette opinion a été partagée par un grand nombre d'officiers du corps de Tinteûdance (pièce justificative A*, pièce B), d'officiers du corps des équipages militaires, de vétérinaires (pièce justificative A*), et enfin d'officiers comptables. Des officiers du train sont connus pour s'en être servis avec avantage. Je citerai en particulier l'opinion de M. le colonel Poiré, qui, dans un rapport très-détaillé (pièce justificative A'), n'hésitait pas à émettre, sur ce moyen de convoi, des idées qui avaient fixé l'attention du ministre :
« Je certifie, dit-il, en homme consciencieux et dévoué, que (( les difficultés signalées jusqu'à ce jour ont été créées par « beaucoup de laisser-aller et présentées avec exagération. »
Un des bons administrateurs de l'Algérie termine ainsi son rapport sur la même matière :
« C'est un trésor, dit-il, qu'on a négligé avec tant d'aveu- « glement, qu'on a peine à le croire, et qu'il est impossible de « s'en rendre compte. »
Opinions défavorables.
29. Voilà les. opinions favorables. Je vais transcrire avec la même fidélité les opinions contraires émises aujourd'hui, ou telles qu'elles ont été formulées par des hommes consciencieux opposés à notre projet (pièce justificative A*) :
1° Toutes les expériences ont jusqu'à présent échoué. Elles ont été dirigées souvent par des hommes consciencieux et éclairés, et tout porte à croire que les nouveaux essais ne seront pas plus heureux;
2» Les dromadaires du Sahara ne s'acclimateront pas dans la Mitidja : raison de plus pour que les nouveaux essais échouent encore une fois;
30 Les conducteurs, arabes voyagent pour le compte du maître du dromadaire dont ils sont les domestiques : ils se prêtent avec peine à l'exécution d'un service dans lequel ils meurent de faim : aussi profitent-ils de l'indocilité réelle ou simulée de leurs bêtes pour s'écarter de la colonne ou pour s'enfuir avec leur charge;
40 Dans les terres argrleuses ^ par suite de la conformation de ses pieds larges et plats^ le dromadaire glisse facilement^ et il compromet sa vie et son chargement;
S» Il a peur du bruit du tambour et de la fusillade ; il a peur du pantalon garance ; il a peur de tout;
60 Lorsqu'il sent l'eau, il court s'y précipiter avec sa charge : la charge se brise, et la colonne ne boit plus que de l'eau troublée;
7** Les Arabes l'envoient dans le désert pendant l'hiver ; qu'en ferait, pendant ce temps , l'administration française ?
8** Pendant le rut, il est si terrible, qu'il blesse et tue même son conducteur : il se sauve souvent, et on ne peut plus le rattraper;
9"* On n'a besoin de lui qu'à des époques éloignées : il est donc plus convenable de le louer avec son conducteur; de cette manière, on évite la nécessité de le nourrir avec une ration qui doit être double de celle du mulet ;
JO*' Si une colonne expéditionnaire ayant beaucoup de dromadaires était attaquée, elle serait compromise, parce que ces animaux s'effraieraient ainsi que leurs conducteurs : on serait donc obligé de s'occuper d'eux, alors qu'on n'aurait pas trop de temps pour préparer la défense.
H<' Dans les colonnes expéditionnaires, l'arrière-garde esl
toujourd retardée lorsqu'il y a des dromadaires au convoi.
Discussion des opinions défavorables.
•^0. Voilà toutes les objections^ et je ne veux pas eti diminuer la gravité. Disons tout de suite qu'à cette question se rattache une^ économie considérable, laquelle, si elle était effectuée par Tadministration, pourrait aider à faire conserver Teffectif de l'armée, pendant longtemps encore, sur le pied où il est en ce moment en Algérie.
Un fait est au moins hors de doute : c'est qu'il ne faut ni adopter ni repousser légèrement ; qu'il faut étudier les expériences faites, en se mettant en garde contre l'esprit d'opposition qui s'attaque toujours à chaque idée Nouvelle. Il est indispensable de savoir si les expériences ont échoué par suite des défauts des conducteurs ou de ces animaux ; si elles ont été conduites avec cet esprit ferme et résolu qui s'arrête devant les difficultés insurmontables, mais non devant le mauvais vouloir ou le caprice d'un agent subalterne.
Les expériences n'dnt pas été faites avec la ferme volonté de réusair.
31 . Toutes les difficultés mentionnées dans les opinions ci-* dessus sont-elles insurmontables ? Les personnes chargées de suivre ces essais en ont-elles voulu résolument la réussite?
A cette question, tous les hommes consciencieux répondent négativement ; et je pourrais dire les raisons particulières pour lesquelles on a échoué jusqu'à présent dans chaque essai.
Les uns ont eu peur du ridicule ; les autres étaient convaincus d'avance de la non-réussite des essais.
Moyens employés sous M. le général Marey-Monge.
52. Ce n'est pas ainsi que j'ai procédé sous M. le général Ma-
ifey-Mbïige. feon eipêriènce du pays lui avait prouvé depuis longtéfaH)s que c'était par la faute de rhomme, et non pat* celle de la bète, que ces essais avaient toujours échoué. Pénétré de cette idée, et doué d'Une force de volonté bien connue, il ne s'eist ipas rebuté contre le ttiauvaié vouloir de quelques personhes; lès premiers moyens ayant été recontius défectueux, il en a imaginé dé nouveaux ; et, lotsqU'il fût bien prouvé que ces essafe dureraient jusqu'à ce que le problème fût résolu, on s'apj^Ul^Ula à réussit, et l'oti rétissit en effet en peu de temps.
Voici Tordre des expériences :
Le géïiêi^al fehbisit dans lé 55© de ligne Quarante hommes de bbhiié volonté, qu'il plaça sous mes ordres et sous ceux de M. lé lieutehiolnt Vaissier, pour conduire quarante dromadaires de razzia; puis il fit venir : \^ du pays des Raman, deux équipages dé dromadaire, consistant en un bât à califourchon et un bât â câtolet; 2* dii pays des Hadjoutés, un équipage de la Mitidja.
L'expérience ayant fait préférer lé bât des Hadjoutés, ce bât el le licol qui en faisait partie fureht bietitôt perfectionnés et adaptés aui bei^ins de n^s soldats, qui parvinrent â se faire connaître, ainïer et obéit de leurs bèlés, et a les plier à toutes leurs volontés.
Alors la compagnie dés chameliers fut portée à quatre-vingts hommes et à quatre^-vingts dromadaires, et elle fit le service du train dans l'expédition du Dj^ebel Dira^ où elle commença à prouver que réellement : l^'le soldat français peut remplacer l'Arabe dans la conduite du dromadaire ; i^ que cet animal , lorsqu'il est de seconde lorce, est loin de retarder la mardie de& colonnes.
Enfin, Monsieur le Maréchal^ vous avez voulu expérimenter définitivement si les soldats d'infanterie pouvaient seuls être chargés de transporter un convoi, et vous m'avez donné l'ordre
Goq^e
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d'en conduire un & Médéah. La première nuit^ j'ai campé à quatorze lieues d'Alger^ dans la gorge de la ChifFa ; et le lendemain de bonne heure, je suis arrivé sans aucune perte à ma destination. Les bètes ne portaient chacune que 150 kilogrammeà^ parce que ce n'étaient que de bétes de rebut ; cependant, lorsque le conducteur était fatigué de faire une marche de 126 pas de 0™,86 à la minute^ il^ montait sur sa bête pour se reposer.
Le retour a eu lieu pendant la pluie et en trente-six heures seulement : un Arabe seul, le caïd El-Bel^ faisait partie du détachement.
Dans ce convoi ^ chaque bête avait son conducteut; dans celui qui va suivre, un homme conduira deux bêtes, ainsi que cela se pratique dans' le corps des équipages militaires, où un homme est affecté à deux mulets.
Ces convois continueront tant que la mauvaise saison ne s'y opposera pas ; et déjà l'opinion publique est que nos hommes ont passablement profité des leçons des Arabes à ce sujet.
Ainsi se trouve peut-être résolue la grande difficulté qui a fait échouer tous les essais : elle portait sur les conducteurs arabes ; si nous les eussions employés pour nos expériences, je suis persuadé que nous n'aurions jamais réussi.
Le dromadaire peut senir dans ud pays de montagnes.