‹ Armée d'AlgérieChapitre 34 sur 66 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

RBPHISI, PAR ORDRE DB M. LE 60UTERNECR, DBS EXPÉRIENCES ABANDONNÉES DEPUIS 1840.

Dispositions hostiles de l'opinion publique.

222. La reprise des expériences constituait une mission difficile ; il fallait^ pour réussir^ une force de caractère peu commune de la part du chef et une confiance illimitée chez les subordonnés. Le passé prouvait qu'un succès immédiat était impossible ; que des échecs^ au moins partiels^ étaient inévitables; que le découragement parmi le plus grand nombre des soldats devait être le résultat du ridicule qui, à toutes les époques, avait forcé d'abandonner les essais; enfin, que l'opposition générale deviendrait d'autant plus menaçante que Ton approcherait davantage d'une organisation régulière.

Une organisation provisoire était nécessaire.

223. Il fallait vaincre l'une après l'autre toutes les difficullés par des expériences publiques ; pour cela, il était nécessaire de créer un corps provisoire et de le faire fonctionner longtemps. Afin d'atteindre ce but, M. le gouverneur général, après la revue mémorable du 28 janvier 1844, dans la plaine de Mustapha, rendit l'arrêté du 51 janvier sur les équipages ; et peu après, M. le général Marey-Monge fut autorisé à faire des expériences en grand dans l'expédition dirigée contre les fractions dissidentes de la tribu des Ouled-Nayl.

Expédition des Ouled-Nayl ou du Djebel-Sahri avec le 4*' bataUlon du 33« et ses effets.

. 224. A son départ de Médéah, M. le général Marey-Monge

organisa en bataillon de chameliers le 1'' bataillon du SS"" sous nos ordres. — Ce^ bravas soldats fufimt inalheureux de recevoir une telle destination qui couvrait, disaienMls^ de ridicule notre excellent régiment; lyials ils y firent toujours preuve d'une abnégation remarquable. Malheureusement^ nos dromadaires avaient travaillé tout l'hiver, ou étaient venus de chez les Arabes par une neige très-forte ej p^r de§ cbeinii>s impraticables. L'opération cependant s'annonçait encore sous de belles espérances, lorsque la neige tomba de nouveau, et priva, pendant quatre jours, les dromadaires de pâturage. — Puis un temps affreux vint, contre toute attente, assaillir l'expédition et se maintint pendant la course entière. Aussi nos bêtes exténuées, maigres, dévorées parla faim, ne purent-elles supporter ces fatigue»; 70 sur 250 périrent ou furent abandonnées dans l'espace d'un mois. Nous constatons ici que nous leur avons fait souvent distribuer de l'orge, et que peu en ont mangé malgré la faim !

Tel a été le résultat de la première expérience, et ses tristes conséquences furent prévues dès le commencement. L'État, dans cette circopst^^Cfe, ^ feil unie perte qui, réunie à celle éprouvée antérieurement, s'est élevée à Un chiffre à constater. Nous ne chercherons pas à la dissimuler.

La situation du corps, à la date du 28 juillet, présente les résultats officiels suivants pour l'effectif des dromadaires :

ReçH. Perdu.

Avant Torganisetida dâ M. la maréchal ..,«... &24 161dom99ré^t]}ésy<!^9|.

Et après cette organisattan. . 619 â04

Totaux. .... 843 565

Il restait, au 28 juillet 1844, 478 .

Laperte^ qui s'élève à 365, doit être diminuée : 1° parce que -sif^ f copaiurend 9£ %omadaire6 qui pnt été vendus par le ido-

— tft9 —

mailla^ «à Aéom^ iSiS, éam U Métidjab; 9!" parce que, sur Im S9 laiy^és en arrière «t Bur les 8ld ab^doupés^ il en rentrera jpliw 4e la flK>itié. Mais «uppososs que le obiffre 365 représeale la perte, elle éfuivwt i uae somoie de 47,000 fr, Ceo'^at pas éhidertes diffieultée que dis les faire ressortir ainsi.

Économie finale produite par les expériences.

â^S. Voyons maintenant Técpoomie produite par les droipdaires depuis 1^ début, afin de savoir si les ordres donnés par M* Ji^/paréçbal» pour que l^ frais de trap^port couvrissent l^s IfBs A^ âe» ^^pér^nce», mX été exéçvtés.

Dans rexpédition du Djebel-Dirah, Téconomie constatée est

jde (pièce justificative H) 3600 fr.

Dans rexpéfition des Ouled-Nayl (pièce 1). . «604 Dans Texpédition du désert, et celle de Tiaret (pièce I) , 67756

Total 80940 fr.

hîm, la per)^ eût-eUe élé dç 700 4roW!ïdaires, TÉtat n'aurait encore rien àdébpurper pour les jç.ssaii.s; et puisqu'elle ne §'élève q^'à la moitié^ il y a eu bénéfice réalisé.

Continuation des expériences avec des hommes de bonne volonté.

226. Mais n'anticipons pas ^ur Je cours de notre histoire. A la suite de cette .expédition, on s'attendait généralement au licenciement de l'équipage; niais M. le gouverneur général, tout en donnant l'ordre de rendre le 1*' batafllori du 33* à son colonel qui le réclamait, repoussa hautement l'idée d'abandonner les expériences et autorisa M. lé général Marey-Monge à les conti- Afier avae des hammcfif da bonee mteoté, $'il imtrmmU.

En présenee d'x^posilieos qui n'avalent jaows été aiwi ^m# «t gui justifient larésoLution {^riae f»r le 1^' iiataiiion

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du o3* de cesser ce service si maltraité; quoiqu'il lui en colitàt de se séparer de son chef; au milieu de difficultés qui renaissaient chaque jour^ et dont le spectacle attristait les témoins de cette lutte; après un échec qui nous couvrait personnellement d'un ridicule immérité^ 84 hommes sur 562 de nolne bataillon du 33* répondirent cependant encore à notre appel, ainsi que 36 soldats du 3^ bataillon de chasseurs d'Orléans. Nous devons ajouter que, de nos 25 officiers et 48 sous-officiers, M. Huel, sous*lieutenant, et Poulain, sergent-fourrier, furent les seuls qui ne voulurent pas nous abandonner, lorsqu'ils nous virent décidé à braver l'opinion publique. Un second officier, M. Silvain, lieutenant, demanda à nous suivre au moment de partir en expédition. C'est avec cette poignée d'hommes dévoués, pleins d'abnégation et d'énergie, qui ont suppléé au nombre par leur bonne volonté, et dont l'exemple ne sera pas perdu pour l'armée, que nous avons pu prendre une revanche éclatanle; aussi notre reconnaissance leur est-elle à jamais acquise.

Composition de Téquipage après quatre-vingts jours d^expédilion au retour à Médéah.

227. Dans le courant de l'expédition, le nombre des dromadaires ayant augmenté, M. le capitaine des voltigeurs Ansermain et M. le sous-lieutenant des grenadiers Simonet, acceptèrent le commandement de 100 hommes d'élite qui vinrent renforcer l'équipage, dont voici la composition à notre retour à Médéah, après l'expédition de Tiaret.

Officiers. ...... 5

Troupe . 228

Dromadaires de l'Etat. . . 246 — requis. . . . 1300

Nous pouvons affirmer de plus, d'après les demandes qui

nous ont' été faites, que si un nouvel accroissement dans le

I chiffra des dromadaires eût exigé le service d'un plus grand

'i^oinbre d'of&ders et de soldais dé bonne voloAté^ no\is nf aurions eu d'autres difficultés à ce sujet que l'embarras du choix. Revenons maintenant à Thistorique de la question.

L'expédition de Lagouath ne paraissait pas devoir être heureuse pour la solution de la question. '

228w L' expédition.de Lagouath s'annonçîait sous de plus tristes auspices que celle du Djebel-Sahri. Le départ^ qui devait avoir lieu le 27 avril, fût successivement retardé par les pluies jusqu'au 12 mai. Le général Marey-Monge, prévoyant qu'en différant davantage de se mettre en route, il s'exposait à ne pas pouvoir remplir la mission qui lui était confiée, profita du premier jour de soleil pour partir; son convoi de 1,300 dromadaires marcha difficilement jusqu'à Taguin, à cause de la nature du pays ; mais une fois entré dans les terres sablonneuses, le froid et la pluie, qui n'avaient pas cessé, furent plutôt favorables que défavorables à sa marche, ainsi qu'il l'avait prévu.

Si l'on eût attendu le beau temps à Boghar, cinq jours après nous eussions été surpris par les dernières neiges ; l'expédition n'aurait pu avoir lieu cette année, l'État aurait fait de grandes pertes et la question des dromadaires aurait sans doute été abandonnée pour toujours.

Pertes en dromadaires pendant l'expédition de Lajgouath.

229. Les mêmes dromadaires qui allaient, au mois d'avril, au Djebel-Sahri ont composé le convoi^de Lagouath ; alors ils trou* vèrent des pâturages abondants sur toute la route, et les soldats, devenus bons chameliers, ne perdirent pas une occasion de les faire manger. Aussi, lorsqu'après trente-sept jours d'expédition, on fut, le 7 juin, de retour à Taguin, la perte n'était que de deux dromadaires. L'un s'était cassé la jambe et l'autre s'était égaré. Pas un seul n'était resté en arrière, et cependant ils

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4^itei<at èiw feu reyoiéi elM Uimmmtûvmuû triite état Ad JNMSTMr*

Expédition de Tiaret.

230. De Taguin , M. le général Marey-Monge s'est dirigé sur Tiaret avec son convoi de dromadaires; les Arabes juralenl fue p«ft un éeees animaux n'échapperait | la piqAne! du debiA. Mais , m usant de la prév^iyanee el des 9oina dont nras avons parié dans la première partie de cette note, nous avons traversé cette terrible éprusuve sans de grandes pertes. En outre^ quelques jours après notre arrivée à Tiaret^ il a falla suivre le général dans son expédition contre les Koraïdi et les Haliouîa^, tribus qui habitent tes montagnes escarpées de l'Ouenseris. Chaque dromadaire i«çnt la charge énorme de MO kilogrammes; cette mission^ quoique excessivement difScile^ a été rem-^ ^ie avee succès.

Pfries /^n i^Avaadairfs pfl|d«|it rexjpé^itifi^ à» L^ouMh ai eelle il^ Jm^^

251. Au retour àM^déah, le 20 juillet, après cette nouvelle course de quarante- trois jours succédant sans interruption à celle de trente-sept jours qui Tavait précédée, l'équipage comptait encore au convoi 227 bêtes; la perte s'établissait ainsi :

Dromadaire morts. , . . • . 6

Jd. laissés en arrière. . . 8

Id. s*étant cassé la janibe. 2

Id, égaras 4

TotftU p , , 19

Total général. . . . . , 21 pendant 80 jours.

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CHÂPITBBT.

RtSULTAT DtFinrnF DES BXP<EIBNCK8.

Les avantages d'un corps auxiliaire des équipages sont unanimement reconnus.

232. Malgré les doutes et les injustes préventions qui existaient avant l'expédition ie Lajgouath^ il est peu de personnes^ dans notre subdivision de Médéah^ qui n'en soient venues à reconnatlre aujourd'hui :

1" Que nos soldats peuvent devenir de bons chameliers ;

^ Qu'il ne serait pas prudent de confier le commandement de nos convois à des Arabes ;

3* Qu'il y aura économie pour l'État à avoir des dromadaires en propriété : une seule question est restée à résoudre, celle des corps montés à dromadaire.

Opposition au projet d'organisatiop djcs troupes montées.

23Sr Des persannes opposées au projet d'organisation des Groupes montées dédarent, aprts notce réussite, qu'elles n'avaient jamais douté â» la possibilité d'organiser un éqi^ipag^, lorsque le phef le voudrait sériMis^ment, fermement, et sans i^înqniéter des oppositions secondaires ; mais que le diffipile, l'impossible oièoie, q'M le transport M l'info^terie : noiss noceptpns le prenuev aveu, aon^ Taicoeptons iav06feoonn»isseace ; quant à l'opposition laite au systëmo des trpupes mon.^ lées, nous en traiterons spécialenieçtplusta^d. Espérons qup la f érité finira par triûnpbmr njissi sur œ point le {dus in^ portant de tous.

Voilà le véritable état Ae la quiosttoii, M iifN^ui^ ie (rofs courses, après cent dix jours d'expédition ; nouf ie «mtotoçs

en ce moment^ c^r nous n'en doutons pas, nos détracteurs voudront reprendre^ plus tard, les concessions qu'ils sont obligés de nous faire aujourd'hui.

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