‹ Armée d'AlgérieChapitre 43 sur 66 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

UTlLITfi DBS CORPS A DROMADAIRE.

Dépendance do Tell envers le désert et Diee venà.

268. Enfin, il y a entre le désert et le Tell, et entre le Tell et le désert, une dépendance réciproque; de sorte, que Ton peut affirmer que c'est par la possession du désert, que commencera la jouissance tranquille et paisible du Tell.

On ne peut posséder le Tell qu'en occupant le désert.

269. L'expérience de la guerre actuelle prouve que voMlûir soumettre seulement la moitié d'^^ peuple vaincu, c'est s'exposer à rendre la guerre interminable, et par conséq^eBt ^ prolonger indéfinimeqt les charges qu'elle impos,e. Si on veut voir la fin des sacrifices de l'Algérie, il faut conquérir les plaines qui sont au delà du Tell, du côté du Sahara et les occuper; car, de cette manière, on tiendra le Tell en échec. Cette vérité est devenue (te la ^lernièr^ évidence depuis Te^pé-

dition si remarquable qui vient de s'aocOmplir dans le i^ud.

Pour occuper le désert il faut des corps montés à dromadaires.

270. Or, pour occuper ces plaines, il faut des corps montés à dromadaires; car on peut dire, sans exagération, que le cheval et le mulet y sont d'un usage impossible : « Si nous avions « de Torge, disait le kalifa de Lagouath, nous la mangerions et (( ne la donnerions pas à nos bêtes. )>

Ainsi^ 3i l'on veut l'Algérie, il faut la vouloir tout entière.

Pour l'avoir tout entière, il faut occuper les plaines qui |a limitent au sud.

Pour occuper ces plaines, il faut des corps montés k dromadaires.

utilité des corps montés à dromadaires pour posséder le Tell.

271 . Lorsque ces régiment^ seraient créés, et qu'ils statipqneraient enitre le Tell et le désert, au:i^ endrqits de passî^e invariablement fixés par tes eaux, il n'y a pas de doute que If^s tribus placées entre ces points et la mer ne pourraient ^lors se soustraire à la poursuite des colonnes ^n Tell , sans tomber entre les mains des colonnes de dromadaires. Ainsi, il eat ctajr que cçs corps assureraient la paisible possession du Tell.

Utilité pour monopoliser le commerce de l'intérieur de l'Afrique.

272. Mais là ne s'arrêterait pas l'utilité du dromadaire; son utilité capitale consisterait dans le monopole du commerce ^e l'intérieur de |'Afrig\^Ç;j qu'il ferai| p?t5ser entr^ \^^ mains de la France. Les suppositions avancées à ce sujet, dans notre premier rapport, sont déjà presque converties en certitude. Si le gouverneur général a adopté avec un si grand empressement l'idée de la reprise des expériences actuelles, c'est que des méditations i^rieuaes lui avaient fait entrevoir la grande utilité

des corps moulés, dans l'intérêt de notre avenir commercial. L'expédition de Lagouath a eu pour premier effet de rapprocher les dislances, en nous les représentant telles qu'elles sont, et de nous initier au secret du commerce d'importation et d'exportation de l'intérieur de l'Afrique.

Route commerciale d'Alger à Timboktou.

273. Les habitants de Lagouath rapportent que, chaque année, leur territoire est visité par des caravanes qui, arrivées là, suivent toutes la même route pour aller dans le sud du Sahara ; que, sur celte route très fréquentée, des caravanes de 200 dromadaires au moins voyagent chaque jour sans le moindre danger. Du temps des deys, ajoutent-ils, le nombre de celles qui parlaient d'Alger était considérable. Elles furent interceptées en 1803, et ne se rétablirent, en 1804, qu'à la suite d'une expédition faite par le dey chez les Beni-Mzab. Ceux-ci une fois soumis, disent les vieillards du pays, les Turcs laissèrent à Gradeïa une garnison de 25 hommes. Alors les caravanes qui avaient abandonné cette route , par suite des vexations qu'elles y éprouvaient, la reprirent peu à peu, et, en 1830 seulement, elles ont cessé de la suivre. Depuis cette époque, le commerce de Lagouath et celui de tout Tintérieur de l'Afrique sont alimentés par le Maroc et par Tunis. Les denrées anglaises couvrent le sol africain ; les ksours de Lagouath , ainsi que les sept principales villes des Mzabites, en sont encombrés pour plusieurs années.

La ligne commerciale d'Alger à Timboktou est celle-ci :

1^ D'Alger à Lagouat il y a . .10 jours à dromadaire. 2** De Lagouath à Gradeïa, capitale des Mzabites 4 — —

A reporter. • .14 jours à dromadaire.

Report. . . 14 jours à dromadaire.

5** Enfin de Gradeïa à Tuât, centre du commerce de l'Afrique avec l'Europe {et vice versa) .... 10 — —

Il II i

Total . . 24 jours à dromadaire.

Les voyageurs la parcourent déjà en grande partie.

274. La France cherche de tous côtés des débouchés à son commerce, qui ne demande qu'à produire et qui trouve partout une concurrence ruineuse. Comment négligerait-elle un monopole assuré et dont les avantages sont incalculables? Déjà les Arabes voyagent isolément de Médéah à Lagouath, sous la protection et la responsabilité des chefs arabes : tout porte à croire que , si le Gouvernement le veut, dans six mois , les Européens voyageront librement sur cette route de 100 lieues de parcours.

Le kalifa de Lagouath jouit déjà d'une assez grande autorité pour gouverner le pays des Mzabites, si l'autorité supérieure jugeait politique de les placer sous son commandement. Nous croyons également qu'en ce moment (juillet 1844), la création d'un kalifd à Tuât ne présenterait pas plus de difficultés que celle qu'offrait rétablissement du kalifa de Lagouath, au mois d'avril dernier, alors que M. le général Marey-Monge proposa une entreprise si difficile.

Facilité de cette entreprise.

275. Pour parvenir à cette importante organisation il suffirait, disent les chefs arabes, que, par les soins du kalifa de Lagouath, un ravitaillement de deux mois pour une colonne expéditionnaire de 2,S00 hommes d'infanterie fût transporté à Gradeïa au 15 février de l'année où l'opéPation devrait avoir

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lieu : le Djebel'-Amour pourrait lui seul assurer ce service y sans aucun souci pour radministratioDi et fournir à la catonno les 5^500 dromadaires dont elle wrait besoin.

L'Algérie, sans le désert, sera tonjonrs pour la France une cause de dépenses sans Compensa lion.

276. Alger était^ avant la guerro de 1859^ un gouffre où la France jetait inutilement ses millions et ses hommes^ sans espérance de retirer pendant bien des années aucun fruit de ses sacrifices. En 1839, notre gouvernement est sorti de cette léthargie, et, en 1844, il s*occupa sérieusement du gouvernement de l'Algérie, mais sans compensation aucune encolre pour ses intérêts.

Le monopole du commerce de l'Afrique, tel était le rêve de Louis XIV pour nos possessions du Sénégal. Ce rêve, qui a été de courte durée, l'Algérie peut le réaliser, et alors la France s'applaudira de sa persistance à conserver une conquête destinée, dans l^avenir, â assurer à son commerce une prospérité toujours croissante.

Il y a quatorze ans, il y a Un an eùcore, de semblables idées eussent paru folles et absurdes. Mais on peut affirmer que, depuis la réussite des expériences sur les dromadaires, une ère conîmerciale toute nouvelle s^ouvte pour notre pays.

Ces avantages ne peuvent être obtenus sans le cOBCôtm du diDifiadalne.

277. Ces avantages ne seraient pas réalisables, si l'on parvenait à prouver que nos soldats ne sont pas capables de plier leur caractère pétulant aux exigences du service de cbamdier; car il est évident que ce ré$nltat ne peut être obtenu sans la création d'un corps cbtirgé de protéger le çommerp^ et de réprimer les crinKs cewois^ à deux cents lieues d'Alger,

p^r les tnbus limitropbeg de la routef Et ce oorps peut-il être aetre qu'un corps à dromadaires? Mais rexpérience a démontré qu« nos soldats pouvaient être formés à oe service.

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