A L'ARMÉE D'ORIENT
L'armée d'Orient a tiré un parti avantageux en Egypte delà création d'un corps spécial, composé de soldats montés sur des dromadaires; mais on a négligé de publier ou même de rassembler des détails sur l'origine, l'organisation et le service de ce régiment j détails qui pouvaient, un jour ou l'autre, guider les chefs de nos armées dans la formation de corps semblables ; l'on aurait dû le faire, même au seul point de vue historique, et sans prévoir qu'un jour la France ferait encore occuper par ses troupes un autre territoire africain. Nul ne pouvait remplir cette lacune aussi bien que le général Cavalier, qui fiit en Egypte le commandant du corps des dromadaires, qui l'organisa dès le principe et en obtint d'excellents résultats. Malheureusement il n'a rien, que je sache, publié sur ce sujet; rien pourtant ne devait l'en empêcher; c'était là une question purement stratégique et militaire; la politique n'avait rien à y voir ; s'il eût fait part au public de ses remarques.
expliqué ses moyens, exposé des résultats acquis pendant plusieurs années d'expérience , il aurait certainement rendu un grand service, il eût même accompli une sorte de devoir.
Le général Cavalier est mort, il y a peu d'années, à Alençon (le 27 septembre 1846) (1), sans l'avoir fait, et l'on ne peut guère, à son défiant, que donner des indications, rappeler quelques faits bien constatés, et rapporter l^s résultats de |^usieurs observations personnelles confirmées par des témoignages dignes de foi.
Ayant été deux fois en rapport en Egypte avec le chef de brigade Cavalier , je donnerai ici un petit nombre de remarques, tant d'après mon journal de voyage que d'après des pièces peu connues et des souvenirs encore présents; je ne les publierais pas si ce n'était pour obéir à la demande expresse qu'a bien voulu m'en faire, à plusieurs reprises , M. le général Carbuccia , en s'appuyant de l'opinion de M. le général Marey-Monge (2).
Une circonstance peut excuser le général Cavalier pour le silence qu'il a gardé, et venir, à certains égards^ à sa décharge. 11 avait été jugé très-sévèrement par Napoléon, et ten^ presque en disgrâce, non pas pour la manière dont il avait organisé et commandé le régiment des dromadaires, mais pour sa capitulation avec le major anglais Wilson, en l'an ix (1801). L'Empereur comme le premier consul, tout en lui rendant justice, comme à un hrave hontme, d wï officier très^distingué (ce sont ses termes), lui a reproché de s'être rendu à rennemi sans coup férir, sans résistance ; il est plus que probable que c'est le général Menou qui a formé l'opinion du premier consul
(4] Jacques Cavalier était né à St-André de Valborgne, diocèse d'Alais, le 2 mars 4772.
(t) On sait quW 4842-4843, cet habile général, chargé d'un commandement important en Algérie , proposa le premier d^organiser un corps de soldats à dromadaire et confia le soin de cet essai à M. le général Carbuccia. Le général Bageaud avait donné son asMotiment à cette innovation.
sur )£s Girçonstai)pe$ 4e pe fait re^reUal)|§ : pr, Ippinion ^^ pg généra) étpi]. entachée (}e psirtialité ; peut-on oublier <|iie \^ plupart des cofps étaient démoralisés à la fin de l'ei^péi^itioa, ^\ que le génépi Menou en était lui-même la cause par les fausses mesures qu'il avait prises lors du débarquenient ^ei Tarmée anglaise? Il semble que l'honneur du colone) ^e^ (|ropiadaires est resté intact ; ses militaires l'ont malheureusement ^baodonné^ toute résistance lui devenait impossible. Il lui restait à obteQîrjes meilleures çon4itipns et 11 les a obtenues.
ifais il nq m'appartient pas 4'en|repren4re ici sa jpsfiQc^L' ^ioQ ; les militaires §eu}s peuvent prononcer^ après avoir pe^é^ dans une balance équita))le^ les circonstances dans lesquelles te oolopel a négocié avec le général anglais (1).
h^ dromadaire, appelé en Egypte kéguin, ep Algérie, méhari (2), est de taille sveltq ; il diffère des autres pb^^ meau^ , mais non pas , conime on le croit, ep ce qu'il q'^ qu'une seule bosse, et ceux-ci, 4eus; il se distingue par son eq-* co|ure, sa légèreté plus grande^ la finesse de sa tète, de sa jambe et de son poil, par nn pied fin et sec et une sorte d'élégaoce dan^ tout son iifdiyidu, surtout par l'extrême légèreté 4e sa course et encore par sa docilité (3). Son allure est l'amble et le trot. Cette race est k celle 4u cbames^u vulgaire des çarayc^nes (Guem^l ou Pjmel) (4j, l'animal portefaix, ce que le cheval de course est au cl^eval de trait, au cheval 4e rouUer, à la bête 4e somme lQur4e et massive. Cette distinction n'ôte rien à )a
(4) Au relour d'Egypte, le colonel Cavalier a été colonel de gendarmerie jusqu'à sa retSraite, et Tait 'géhéraV en 1828, piuis commandant dn département de l'Ôrûe. h'descendsit dp célèbre protestant de son nom. (Voir V Appendice. \
^2) y. Touvrage du docteur Shaw, et la Relation du général Marey-Monge sur sotii expédition "à La goiiath:
(3) Le mot héguin, dans Tun des sens qu'on lui donne en arabe, signifie dîtUngué, excellent j et hussxnohilit camelw ; hegàn signifie a^&iM etprœstans camelus (Golius).
(4} On sait que ce mot, ainsi que xa^iiAo^, eameliu, et leurs dérivés, appartiennent à toutes les langues sémitiques.
GoogJiE
valeur du chameau commun^ qui rend tant de services dans la traversée du désert^ animal si fort^ si sobre et si patient^ et dont M. Denon a pu dire^ mais non sans quelque affectation; que la nature, après avoir créé le désert, a réparé son erreur en créant le chameau.
Le dromadaire, héguin, est élevé avec le plus grand soin et une sorte de tendre affection par l'Arabe errant. Que de fois, chez les Oulad-Aly, la grande tribu des déserts de l'Ouest, j'ai vu les soins, je dirai presque les égards prodigués par l'Arabe à son héguin! Avec quelle attention, à l'issue d'une longue course, il le choie, il le frotte, il le nettoie et le caresse, il choisit sa pâture et sa boisson! Mais aussi, dans le désert, quelle nourriture? l'a' qoul, végétal épineux qui vient dans les sables(l); l'alfé, sur la limite; des feuilles, quelquefois de la paille, rarement de l'orge. Ce que j'ai vu dans l'Ouest du Fayoum, je l'ai observé de même dans le désert plus au sud, à l'ouest de Monfalout, etc., chez les Arabes.
Vhéguin est facilement discipUnable , au moins autant que le cheval. On le dirige tout aussi aisément. Les Arabes se tiennent assis sur le dos de l'animal, les jambes croisées sur son cou et en avant de la bosse.
Personne n'ignore que le dromadaire des déserts d'Egypte peut facilement faire de quinze à trente lieues par journée et même beaucoup plus, au grand trot, et cela, pendant jdusieurs jours de suite, sans en être incommodé, sans boire pendant ce même temps, mangeant d'ailleurs assez modérément.
Quand a été conçue la première idée de faire monter des soldats français sur des dromadaires (ce fut par le général Bonaparte lui-même), on pouvait craindre que l'animal ne s'habituât pas au bruit des détonations , à celui de la trompette et du tam-
(4) Hedyiarum al-hagi, le sainfoin des pèlerins; cette plante, qu'on a comparée à la manne, est tout épineuse, mais sucrée. «
bour; maison avait l'exemple des tribus arabes dont une partie fait un continuel usage des armes à feu; rexpérience eut bientôt fait disparaître toute crainte à cet égard. Un inconvénient plus réel peut-être consistait dans le mouvement alternatif que l'animal en marche donne au cavalier y secousse d'autant plus forte que le pas du dromaire est plus long. J'ai éprouvé, plus d'une fois, pour mon compte, cette incommodité, qu'on peut comparer assez bien à Teffet du tangage en mer; le long cou de l'animal; se portant de haut en bas et de bas en haut, produit l'effet du beaupré qui se hausse et s'abaisse alternativement. Ce balancement ne laisse pas de fatiguer jusqu'à donner des nausées ; mais je pense aussi que l'habitude doit bientôt diminuer cet effet ; nos soldats à dromadaire ont d'ailleurs pris assez promptement l'attitude convenable en raison de l'allure de l'animal, de façon à ne pas en être incommodés.
C'est en nivôse an vu (décembre 1798), au retour du voyage à Suez (1), que le général en chef de l'armée d'Orient conçut le projet de faire monter des soldats à dos de dromadaire, afin de poursuivre dans le désert et d'atteindre les Arabes, leurs chevaux et leurs troupeaux, de les frapper dans leurs biens, et de les amener ainsi à reconnaître l'autorité de l'armée française. On avait remarqué, depuis longtemps, le secours qu'apportaient aux tribus arabes leurs messagers ainsi montés , l'extraordinaire vitesse de leurs courses, la sobriété et la docilité de l'animal ; mais personne n'avait songé à faire un corps militaire, une cavalerie régulière de soldats montés de cette façon ; la conception était hardie, l'exécution difficile : comment former les dromadaires à la manœuvre, les habituer à la fusillade, au son de la trompette , et surtout comment accoutumer des Français à ce nouveau genre d'équitation? Corn-
(4) L'ordre do jour qui crée le régiment est dti ^ nÎTÔse. Voyez l'arrêté è la suite de cette notice.
ment composer te har&aehemeiil de l^abima)^ oamment te guU der en marche^ commenl le faire obéir à kous les commander ments militaires ? Commeot le seller^ commenl l'équiper pour le chargement de ses vivres^ de ceu& de son cavaUçr et Aes^ munitions nécessaires? Bien d'autres questions de détail élateBt à résoudre avant de parvenir à former un semblable r^ment^ C/Omptant quatre à cinq cents hommes^ par exemple : c'est pour-: tant ee à quoi on est arrivé en asse^ peu de temps : cette (B\ivre toute nouvelle fut vite accomplie^ grâee au zèle^ à l'habileté^ à Tintelligence que déploya le ebef de brigade Gavaliep^ à qui le général en chef Bonaparte en donna la mission.
Il feut faire observer ici que vers la Qn ^e septembre 1799^ neuf mois après l'organisation effeetuée^ 1^ général Besaix , sentant le besoin d'accélérer la marche de son infantefiS; et voulant éviter à ses troupes la fatigue des marches par les chaleurs excessives de la Haute- Egypte^ envoya, à la poursuite de la cavalerie de Mourad-Bey^ un certfUA nombre de soldais montés à dromadaire. Il en av>ait formé deux colonnes Bïohilea^ jointes à de la cavalerie et à de l'artillerie. Il en commandai! une lut-p)ème; l'adji^dant général Pierre Boyer avait été chargé de conduire l'autre. Celui-ci partit de Syout le 1^ octotee, air teignit Mourad-Bey et ses m^melouks^ et les mit en. fuite dans 1ô désert^ e^ilre Sediman et les (ksis. Lea soldats <^eS(QO{MlaieQt de chameau , se formaient en oarré , attendant et r^pQ^s^l(| l'ennemi j puis^ remontant siur leufs dr^tnadaire^^ \l^ le poursuivaient à outrance. Ge^i ainsi q}\^ Maurad;, fer^ et épuisé , dut repasser le Nil et s'enfpncer dftns le déaert ^r^r: bique. Boyer fivait eu auparavant \^ ^mwandement duFftynumj e^est dans celte dernièiro cir(X)n8tance que je connus pnur lu. première fois ce général^ qui ensuite s'est fait remarquer ûm^ toutes les campagnes ; il retourna en 1824 en Egypte et fut employé en Algérie en 1831.
Voici comme était harnaché le dromadaire de gaerire. La hosse servait de noyau à une large selle^ armée d'étriers. Dana le principe^ on y fi| asseoir deux hommes se tournant le doa« L'un des deux servait de guide^ l'autre était plus libre de ses mou-) vements; mais on vit bientôt les inconvénients de ce mode et on y renonça.Ge fait^ ma) connu^ explique la contradiction qui exiski entre les différents rapports qu'on a faits sur ce nouveau genre de cavalerie. M. Martin^ dans son histoire de Texpédition^ est de ceux qui on^ avancé que Tanimal portait toujours deux hommes adossés^ regardant^ IHm devant^ l^autre derrière ; sans feiire remarquer que ce systèpe^ fet abandonné promplement, au reste^ il avait ét^ mis en pratique chez les anciens : Vith i^fté*
Une des deux narines^ la dreite^ était percée et Ton y pa$* sait un anneau (1), auquel a^attaçhait une corddelte simide m double servant à arrêter, à avertir Ps^nimal ; un licou ser*^ vaît à le diriger. Une partie desi bagages en armes et vivre» était placée dans les poches de la selle^ sur les flancs de 1% bète; te fusil attaché à la selle du côté drpit comme d'ordi-< naire; tout le harnachement était parfaitement combina comme I^équipement. Il y avait ^ussi des chameaux et dromadaire» Bon montés^ chargés des bagages: lentes^ entraves^ outréa d^e^u» manitioBS^ vivres^ tels que fèv^s^ &rge, etc.
Pour dressa le dromadaire^ il suffisait d^ne semaine '* Il Jkltait quelquefois ptus^ si^ivant son àge^ d'abord^ le militaire se faisait suivre à pie^ par l'aniçoal^ en faisjpint toutes sortes d'éYolutiops^ et saipis le tenb i acuité ^ il montait le quadrupède ; puiâjt il racceutumait à se laisser diriger avee les guides.
Ç!|i §^ît que le chameau, chargé ou non^ s'^gçnouille e\ s^^^çerwpît à eertàifi esi des ehameliers. Ce eri est analogue à ce*. W q\ie pousscf ordiww^«iwt V^WPa^l li^i-n\$u^e ; a^vec W.%Vltr«t cri on le fait relever; nos soldats^ en imitant ces cris^ soAt
Vénus facilement à bout de faire accroupir leurs dromadaires , chose nécessaire pour les monter commodément^ ou pour en descendre ; les étriers n'auraient pas suffi pour cela. Quelquefois l'animal se relève très- vite , ce qui cause une rude secousse au cavalier ; mais on peut encore le dresser à se lever plus lentement^ car il est plus docile et plus intelligent qu'on ne le pense d'ordinaire ; c'est faute de patience qu'on a cru trouver de l'obstination et même de la férocité dans l'animal ; il ne demande ^ pour obéir , que de bons traitements et des soins de la part de celui qui le dresse.
C'est en revenant de son voyage à Suez , ainsi que je l'ai dit, que le général en chef entretint Berthier, pour la première fois, de l'avantage qu'il y aurait d'employer les dromadaires pour l'usage à la guerre; non pas seulement pour la correspondance ou pour le transport des fardeaux (depuis longtemps on les appliquait à ces deux usages), mais pour transporter à une grande distance des hommes armés, pour mener rapidement de l'infanterie jusqu'au cœur du désert. Les objections ne manquèrent pas; mais le général Bonaparte tint bon^ il alla plus loin et dit qu'il voulait créer un corps régulier, former un vrai régiment, organisé seulement d'une manière spéciale pour ce nouveau service. « Vous choisirez, dit-il à son chef d'étalr <c major, des hommes d'élite dans Vinfanterie^ non dans la ca- « Valérie, qu'il ne faut pas affaiblir ; on prendra les hommes les c( plus résolus et les plus intelligents ; il y aura deux esca- « drons, de quatre compagnies chaque, etc. (l). » L'empres-
(4) Voy. plus loin l'arrêté. « Le général en chef a ordonné la formation d'un régiment d'hommes montés sur des dromadaires. Cet animal est très-leste à la course..., il supporte facilement la fatigue, la faim et la soif, de sorte qu'il est très-propre à faire les marches dans le désert, et la troupe qui Tient d'être organisée est le vrai moyen qu'il fallait employer pour contenir les Arabes. 11 y a eu parmi les militaires un grand empressement à entrer dans ce corps. » {Courrier de VÉgypte^ n« 27 ; 9 pluviôse an vu (40 fév. 4799.)
Je ferai ici une courte mention d'une autre application (faite par Larrey) du chameao aux besoins de la guerre. 11 s'agit des ambulances légères qu'il créa pendant Texpé-
semeat fut graad de la part des fantassins^ mais on rejeta plus de la moitié de ceux qui se présentèrent, afin de n'avoir que les meilleurs soldats (1). Le chef de brigade Cavalier^ une fois mis à la tète du corps et chargé de l'organisation^ vint à bout de dis* ciplineKcès hommes-parfaitement^ quoique la plupart fussent des hommes assez turbulents. C'est bien postérieurement à cette époque^ ainsi qu'on l'a vu^ que l'adjudant général Boyer^ à la tète d'un certain nombre d'hommes montés sur des chameaux^ se mit à la poursuite de Mourad et réussit à le rejoindre. Ces hommes ne faisaient pas partie, du régiment des dromadaires ; aij^si s'expliquent^ et la contradiction qui existe entre les divers rapports^ et l'opinion de ceux qui ont dit que ce corps avait été commandé par Boyer.
 peine créé^ le régiment rendit immédiatement de grands services. Les tribus hostiles, et c'était le grand nombre, gênaient la marche de nos petits détachements, enlevaient les convois, pillaient les récoltes^ infestaient la campagne, puis emportaient au loin dans le désert leur butin ., et quelquefois des prisonniers auxquels ils faisaient un mauvais parti. Mais les chevaux les plus légers sont atteints à la longue par l'héguin^ qui^ lancé au grand trot^ suit presque le cheval au galop et finit par le joindre.
Quand un détachement de ce corps était attaqué par des forces
dition de Syrie. Deux paniers étaient attachés aux flancs d'un chameau ; chacun portait un malade ou un blessé , mollement couché sur des matelas. U y avait par division 24 chameaux pareils, en outre de ceux qui portaient les équipages. Les chirurgiens étaient également montés sur des dromadaires. Les ambulances étaient assujetties à un règlement, et les fonctions de tous bien déterminées. {Descript. de V Egypte, in-S», t. 4 3, p. 204; Et. Mod.j Arti et Métien, pi. xxx.)
(4) Je tiens ce fait du colonel Pretot, qui a servi lui-même dans le corps des dromadaires, n ajoute que, du commencement à la fin, plus de 4,500 hommes ont fait partie du régiment. Il dit encore que plusieurs militaires ne pouvaient supporter la fatigue de ce senice, à cause du mouvement saccadé imprimé par Tanimal, ce qui causait à plusieurs le crachement de sang; c'est pourquoi il fallait souvent les remplacer par des hommes plus robustes.
supérieures^ il se mettait en défense de la manière suivante : chaque soldat faisait agenouiller son dromadaire^ en descendait et se retranchait par derrière ; ainsi protégé^ il faisait usage de iséis armes; Daiis d'autres eircaonstance^ rescadn)n> la com^gnile où le détachemeht àe rangeait en bataille > manœu^it avee précision selon des règles particulières^ diJQFérentes des manœuvres et des exetcicés de la cavalerie. Une fois la tribu hostile atteinte par les dromadaires, on faisait descende les soldats; ils se formaient en bataillon et les Arabes étaient fticilement soumis^ Ce corps^ tout composé de fantas^ins^ tenait à lia fois de l'infanterie et de la cavalerie ; mais il faut surtout l'envisagisr comme une troupe de fantassins^ ayant la facilité de se transporter très-vite à sa destination.
Il est sensible que tout l'avantage qu'a eu lé régiment des dromadaires à l'armée d'Orient venait de la nature du sol qu'il avait à parcourir ; un pays plat^ un terrain sablonneux^ ^nt en rffet des conditimis de succès qu'on ne trouverait pas partout. Ainsi, l'on a éprouvé, en Syrie, que dans les parties marécageuses> et là où* lé teirain est détrempé par les {Auies> l'aniiiad glissait souvent sous le poids de sa charge , et be laisait plus tm bon service.
Par son ordre du jour du 27 vendémiaire an vin, Kléber ordonna de compléter le régiment par des cavaliers non mcmtés et les plus propres à ce service. Il s'écartait ainsi un peu du principe posé par son prédéceisseur, mais il était indispensable ée remplir les vides dans un corps qui rendait de grands services.
On a beaucoup parlé du brillant uniforme rouge que portaient les soldats-aromadaires (après Tavoir d'abord porté de couleur grise)> et même die la mûltipUeité dé leurs cidstuinies à )[>lUèiéurs couleurs, imaginéSr, disait-on, pour faire croire aux Arabes que cette troupe était înfittlrhéïit ï^lùâ tioittbreùsé; ctebiniit, pi ii couru, aiùsi que plusieurs autres semi)Ial}ies, était d^urvu àe
ïondeméht : PUnitorfti'e 'Aè htiissards (Jii'îls ^brtàiëtit (où àttafojgue dû itooiiis) â ^u Sfetil dôhiifet lialsiancé à 'cette isuppositioh. Il est vrai que ce ciorps privilégié, qiii a eu souVeiit 1 occaSîbti àe faire de riches captures, exdlait reriVle d'ùhe partie de Tarmée ; luaiâ il a dîgrt'eraent réjiondU auk bruits divehs répandus sli'r ébti cbnipté eh faisant don, aux aVeugles dé l'ai-mée, dés Somriieà tiroVéuant dëé pHfees qli'il a\iâit fiaities sur lès fiédouins (i).
Leiit sélié était 'recouverte idMhe gtan'de diàbraque; là coiffure était une sorte de scbakô largte lèt élevé: ils t)orlaieht ùhé côurbâqtie à là ihàiii pour preèser Tanimal, et avaieut autour des reins une forte céitittite (â).
Au total, cette nouvelle troupe avait un aspect impôsatit tel produisait un grand effet, doni dépose le itiajor anglais Wilson lùi-Da'ême dahs sa relation , quand il dit qtie cteà hommes, àirrivés dans le camp aiiglais, excitèrent la surprisé et i'àdniirâtion générales. On lés voyait ÎSgurer avec avantage dans nos cérémonies militaires. Ils défelaietit daiis les t^vues et les parades, aussi bien lâllgués que la cavalerie, ce qui piidùve assez, ^ar parenthèse, la docilité dii dromadaire.
Lé régiment de drotnadaireà a fait de$ excursions dignes d'êtrfe citées, c'est la meilleure preuve des services qùte peut ttendtie ûtt pareil corps daiis des circonstances seinblableâ. En huit jours , un détà'cbeinent du corps est allé du Caire à El-Arich, d'Ël-Àrich à Suez, dé Suez au tlaire, du Caire à Peluse, et enfin
(4) Je citerai ici : 1« une lettre du chef de brigade Cavalier du 8 ventôse au général en chef (ordre du jour du 9 ventôse), annonçant que le régiment faisait don aux invalides de Vannée du prodoit de la dernière caravane qu'il avait pnse, et qui était chargée de frains destinés à l'ennemi; t^ l'ordre du jour du 5 floréal an ix (25 avriHSOI), par lequel lé général en chef distribua mille piastres ^rfe« données par le régiment des dromadaires aux sous-ofiîciers et soldats de la brigade des invalides aveugles. {Courrier de V Egypte^ no 443.) Les invalides sortis du régiment ont toujours eu part à la distributidn des prises.
.(2) Voyez la figure représentant ces militaires dans la Relatiim miHiaire et seien» tifique de Vexpédition d'Egypte, dernière planche.
est revenu de Peluse au Caire : je tiens ce fait de M* le colonel Prétot. Habituellement ils faisaient trente lieues tout d'une traite. Cette rapidité d'évolutions les faisait craindre extrêmement des tribus ennemies ; ils étaient en quelque sorte la désolation des Arabes^ un petit nombre de ces militaires procuraient des résultats qui auraient exigé plusieurs bataillons d'infanterie. M. le colonel Prétot m'a raconté qu'une fois une dizaine au plus de ces soldats furent envoyés au camp des Billis^ tribu des déserts de l'Est^ qui comptait buit mille cavaliers ; par une visite en forme, faite sans obstacle, ils s'assurèrent qu'on ne transportait pas des denrées prohibées , des marchandises de contrebande; tous les sacs furent ouverts, et personne ne bougea.
Les cavaliers-dromadaires ont fail la campagne de Syrie, au moins la moitié du corps (1) ; le général Bonaparte en avait plusieurs dans son escorte. Le général lui-même se servait assez souvent de cette monture quand il voyageait dans le désert (2); il en avait reconnu l'avantage pour son propre compte y et il avait même constaté qu'on peut en faire usage pour l'artillerie, c'est-à-dire, atteler l'animal au canon. Conté avait eu l'idée de fsdre passer ainsi l'artillerie entité en Syrie par le dés^t, au lieu de l'envoyer par mer (3).
Le régiment a donné dans la bataille du 30 ventôse devant Alexandrie ; chargé de faire, pendant la nuit, une fausse attaque le long du lac Madiéh, il déboucha sur la digue et fit mettre pied à terre à ses cent hommes, attaqua la redoute qui cou-
(4) Les guides et les dromadaires, ensemble, y étaient au nombre de 488.
(2) Pendant le séjour du général en chef à Galiéh, le 47 et le 48 prairial an vu, il visita à dos de dromadaire la partie orientale du lac Menzaléh , en compagnie des généraux Menou, Berthier, Andréossy, Leturcq, montés comme lai. {Cimrrier de V Egypte, no34.)
(3) Les roues des pièces auraient eu des jantes et des bandes très-larges pour s'enfoncer moins dans le sable. (Voyez la Biographie de Conté, 2« édition, in-42, page 50.} Qui peut dire les suites qu'aurait eues la prise de Saint-Jean-d'Aerei si Tartillerie n'avait pas été «nlevée par la flotte an^aise ?
vrait l'aile gauche des Anglais, y pénétra sans tirer un coup de fiisil, par Tembrasure des canons, s'en empara ainsi que de Tartillerie, malgré le feu des barques canonnières du lac qui le prenaient en flanc, et il détruisit ou fit prisonnier tout un régiment qui défendait la redoute : action d'éclat qui fit le plus grand honneur au régiment des dromadaires et surtout à son chef.
Pendant toute l'expédition, le corps a été éminemment utile à l'armée. Il assurait les communications, portait les dépêches avec rapidité, allait à la découverte^ empêchait les incursions des tribus hostiles.
Ici se place naturellement le récit d'une aventure qui fait honneur au colonel Cavalier: c'est l'une des deux occasions où j'ai dit que j'avais été en rapport avec lui ; je raconterai le fait comme un exemple de plus des services qu'a rendus le corps des dromadaires. Peu après la funeste bataille du 30 ventôse, quarante membres de la commission des sciences furent autorisés à se rendre du Caire à Alexandrie, par le général Belliard qui commandait en chef dans la première de ces villes ; un graad nombre d'individus dont beaucoup de malades , et plusieurs même attaqués de la peste , se joignirent à eux ; le tout composait un convoi de cent vingt barques. On naviguait par un affreux temps de khamsyn. Les membres de la commission, qui se trouvaient à bord, arrivèrent sur les quatre heures à Rahmanyéh ; c'était le 21 germinal ; là, on sut qu'une partie de l'armée anglo-turque était déjà arrivée à Berembal, au nombre de quatre mille hommes. Le commandant de la place, homme brutal autant qu'ignorant, déclara tout haut qu'il s'opposait au départ des membres de la commission des sciences pour Alexandrie, qu'il les renverrait au Caire, pieds et poings liés, plutôt que de les laisser aller à Alexandrie, accompagnant ces menaces de force injures et mauvais traitements; le tout sous prétexte que ces quarante nouvelles ]bouches allaient affamer la place d'Alexandrie. Le secrétaire
per^éluel de l'tnstitul, Fourier, fut reçu înàighettient par cet officier, dont les grossières paroles furent le signal d'uHe ébf le de révolte parmi ses soldatà ; plusieurs d'entre eux, excites pàt sôù langage, méditant le pillage et la spolîalloû, se cturetit aûto^ Hsés à ouvrir les caisses (ju'on vehait dé débarquer sur la rive; là nuit venue, ils en enfoncèrent plusieurs, et, n'y IfoUvant que d'es objets d'histoire naturelle, apparemment pour erfx èânà valeur, tels q\ie des minéraux et des fossiles, les jetèreiit Jlar la place, en poussant mille cris confus. Àîrisi ces niàllieureux allaient détruire à plaisir des collections qui avaient coûté aux naturalistes, aux ingénieurs, aux artistes, tant de fatigues, et ils faisaient voler dans la campagne de ptécieux ééhailttliotis, poUir se venger des savatits , auteurs , disaient-ils, Bte toutes leûiis misères : un pareil scandale ne s'était janiàis vu pendant tout le tours de l'expéditioti.
Par fortune, le colonel Cavalier venait d'arriver d'Alexandrie à Rahmanyéh, se rendant au taire avec son corps. Quand il sut ce qui se passait, il en fut étonné, indigné même, d'âUtaht plus qu'il avait plusieurs fois fait servir ses dromadaires à escorter les membres de la commission dès sciences, à proléger leurs travaux. J'avais moi-même eu recours au colonel Cavalier pendant mes opérations dans l'Heptanomide, attendu qu'il me fallait pénétrer dans le désert, en présence de tribus plus ou moins hostiles ou amies. (Voir mes Observations sur les Af^ahes de V Egypte moyenne y description de l'Egypte.) Le colonel nous dit alors : « Eh bien ! puisque le commandant du fort refuse de « vous faire eiscorter Jusqu'à Alexandrie , moi , je m'en « charge, et je réponds de tout. Je Vous accotiipagtterâi moî- <t même avec unie escorte sUïïisanVe ; le réste de ma troupe iira « au Caire et je la rejoindrai à tempâ. wfians la nuit, le désordre ayant cessé, oil &t tous les pi^éparatifs ; avant le jour, la caravaiie était rassemblée dtevant le fort, et formée d'une multîttfAô 'àè plèrsbïines t(x\ B'étaïèïrt Jotet^ à te'côiiiiitfSSiôh. m iîe
init di udarche, avec trois cents chameaux chargés, précédé ^ar une partie dii régiment des dromadaires et suivi par une ôiitré. On tràveréa péiiiblement des terrains inondés par suite ^è la cblipure fâl^ie par les Anglais : bti marchait ab fond du lac Màréotis, làc ebcore à sec jpeu de Jours auparavant, actuellement détrempé de manière à rendre le sol horriblement glissant, et la lîiaréhe fexcessivtement difficile pour les chameaux, non nlôins que pour \ei jpiétons. Les soldats et les officiers du régiment, pendant cette marche qui dura trois jburs et deux nuits cruelles, s'empressèrent de venir au secours des plus malades.
C'est ainâi que le colonel Cavalier, jlar sa généreuse déniai*che, contribua à sauver les collections de tout genre, iformées, à travers teille périls, ^ar la commission dés sciences d'Egypte, ijui M eh à témoigné plus d'une îfôis ^a recohnàîssaiice ; aujourd'hui qu'il n'est plus, il est juste de payer encore ûile fois te tribut à sa mémoire.
Le général Menou, approuvant la conduite du commandant de iRahih'ahyéh, voulut d'abord nous Faire répartir sur-le-champ pour le Caire ; puis, se ravisant , il nous défendit seulement id'entrer ten ville et ordonna de nous mettre en quarantaine.
Lé nombre dé quatre cents hbmmes environ pour l'effectif du régiment, et non pas, comme on l'a dit, de sept cents et de huit cents à la fois, est confirmé par le détail des individus de ce corps qui ont été recensés lors de l'évacuation de l'Egypte. Dans la capitulation du Caire, on voit figurer 177 hommes du régimettt des dromadaires; 85 hommes se trouvaient dans le détachement du colonel Cavalier, qui capitula devant Al-Cam ; enfin, lors de la capitulation d'Alexandrie, on compta 278 hommien du ^rps dés dromadaires > âed SyriiBiiB 'et dé& guides (1) ; en admettant, pour les premiers, la moitié de ce
M) Hiitory of ih$ hriiiàh ea:pedUion io Egfypt, b; R. Th. Wilson» Appendw^
dernier nombre^ on n'a que 401 hommes en tout. L'Annuaire du Kaire pour Tan viii(1800), qui place ce régiment à la suite de la cavalerie, fait seulement mention d'un chef de brigade et de deux chefs d'escadron. L'arrêté de création du 20 nivôse an vu supposait 493 hommes ; mais je doute que le corps ait jamais compté ce nombre au complet. Les archives militaires contiennent un registre matricule de 389 hommes^ non compris ceux qui étaient officiers à la formation du régiment : ce registre a servi pour leur incorporation dans la gendarmerie nationale, ordonné far l'arrêté du 18 fructidor anix. Au retour en France, l'efiFectif présentait 540 hommes dont 25 officiers, et, d'après un autre état, 320 hommes dont 24 officiers, répartis en trois escadrons de 2 compagnies chacun.
Les registres et la correspondance font aussi mention d'un certain nombre de canonniers.
Les inspecteurs généraux qui ont été chargés de l'inspection du corps à son arrivée s'accordent à faire l'éloge des qualités militaires des hommes de ce régiment, et les qualifient d'hommes d'élite.
Le ministre de la guerre Berthier reçut l'ordre du Premier Consul d'accéder à leurs demandes ; la correspondance n'offre aucune trace de l'impression qu'aurait pu produire la capitulation d'Al-Gam. Par arrêté des Consuls du 18 fructidor an ix, ils ont été incorporés dans plusieurs légions de la gendarmerie, à l'exception des Maltais et des Italiens qui ont été licenciés.