‹ Armée d'AlgérieChapitre 57 sur 66 · EMPLOI DES CHAMEAUX A LA GUERRE CHEZ LES ANCIENS · texte numérisé non relu

EMPLOI DES CHAMEAUX A LA GUERRE CHEZ LES ANCIENS

J'ignore si, lors de la création du ré^ment de dromadaires, le général Bonaparte se souvint des essais faits chez les an"

eiens^ on bien^ ce qui est plus probable^ si ce fut une inspiration spontanée. Quoi qu'il en soit, il ne sera pas déplacé de dire un mot de ce sujet^ en citant les passages que l'antiquité nous a transmis (1). Un des plus directs et en même temps celui qui a le plus d'autorité^ c'est celui d'Hérodote^ qui se rapporte à la bataille devant Sardes gagnée par l'armée des Perses contre celle des Lydiens. « Cyrus, dit le père de l'histoire, CTaignant la cavalerie des Lydiens , rassembla tous les chameaux de son armée, et , en place de leur charge, il y fit monter des soldais en guise de cavaliers^ vêtus et équipés comme tels ; il les plaça en tête, en face de la cavalerie de Crésus , et sa cavalerie proprement dite en arrière. Il en usait ainsi parce que le cheval craint le chameau, à ce point qu'il ne peut l'envisager ni en sentir l'odeur. Aussi, dès que l'action fut engagée, et que les chevaux des Lydiens eurent vu et senti les chameaux, ils tournèrent bride , et l'armée de Crésus prit la fuite (L. I, 80). » Hérodote, dans un autre passage, répète que les chevaux ne supportent point les chameaux (L. vu, 87).

C'est aussi ce que dit Pline des chameaux : Odium adversus equos gerunt naturale (L. vui, c. 18) (2); mais , en outre, il nous apprend qu'en Orient on s'en sert à la guerre, et qu'on les monte comme des chevaux. Camelos inter jumenta pascit OrienSf quorum duo gênera, hactriani et arahici.., Omnes autem

(4) Je m'abstiens de citer tous ceux qui ue parlent que de la Télocité bien connue de ranimai et qui ne traitent point de son usage à la guerre. Par une raison analogue, je ne citerai pas les médailles romaines , oh le chameau est représenté , et qui ont été frappées à la suite de la conquête de l'Arabie : Arabie Acquisit^ , Arabiâ AugustI Proyincia, etc. : le chameau n'y est pas figuré comme animal de guerre. (Voy. Spanheim. Deprautantia et uiu numismatum aniiqtiorum, tom. 4*', p. 484, dissertât. IV, Londin., 4706.) Il en est de même des chameaux qui étaient employés dans les courses, dans les jeux du cirque, de ceux qu'on entretenait aux frais du trésor, des quadriges de chameaux, etc. (Voir è ce sujet Suétone, Procope, Lamprideet autres.)

(2) Sonnini relèye Pline à cette occasion ; il n'admet pas que le chameau ne peut souffrir le cheval. En effet, j'ai vu cent fois ces deux espèces d'animaux paître ensemble. Cependant trois passages de Xénophon (Cyrop., 1. VI, c. 2, et U yW, c. 4) ajoutent de l'autorité à l'opinion de Pline : ils seront cités plus loin.

jummtarum m m terrU JhxêQ fungunfur, uêçmi «ilrom equiMit tur in prsBliis... odium^ adversm equds genmfnaêupah... Cm^. trandi gmu$ $tiam fosminoB qum boUo pmparaDtur WDtfnttia» M : fortiores ita fiunt coitu negeUa.

<c L'Orient naurrit^ entre autres animaux domestiques, des chameaux de deux espaces ^ eeux de la Bactm^e et eeusi^ l'Arabie. Tou| le monde en use comme de chevaux^ et^ dans Ita combats^ on en formç uu^ cavalerie.,. On a imaginé de ài$Am les femelles qui sont destinéçs jM>i«r la, g^0^^^ afin dei tes reur dre plus robustes. »

Tite-iiye n'est pas moins positif^ lorsqu'il laopjate la hat^i^e^ livrée par Luoius-Gornçlius Scipion au roi Antiochus : l'amer royale ^ outr^ ses phevaux 9t s^s élépibanl&y avail des çkem^o^ ck guerre, des dromadaires montés par des^ archers arales^ fm^ tant des épées longues de quatre coudées^ afin que^ placés |^ une si grande hauteur> ils pussent atteindre l'ennemi*

« Ante hi^nc equi^atum f^kcm» ^adrngm el eatn^ûk iw^ app^ lant dromadas: hi$ insidêban^ Àraifis sagittarii^ j^ckH^ kak&k^ ieê tenues j Umgos quatema ctAila, u^ m UmM altituàài'm contmgerû hosêem passent (L. XXXVll, c. 40). »

On peut remarquer ici qu'Antiochua plaça f)e& hosfuaa^eii lâte de son armée comme avait fait Cyrus, mais que l'issue^ fut différente. Yoid comment s'explique Hygiu sup Tw^plAi des chameaux dans l'armée romaine : Camelis cum suis epibatis mgulis, paâm ^inqu^ a4signafimm » t^^^e» ç(^iM9l^ ^ Vk ^ostem exiturieruntj in prœtenturajuxta classitos : si adprœda» partandam pscij^^ erunl^ seçuMum quc^tmiym tmi^.e Mê^ bvtnt (H[ygin. Grom^tic. De Castrametatione^ ç. 10^ 4^^l^^j| 1660^ CMffaiOa Ji. M. S.) Le iaaot A'epihaies s'entend ici d(&OQUX qui montei^t les chameaux : vo^l^ bien V^^sag^ dçs çhî^cfteaux à la guerre. Le passage de Tacite {Annal. XY) ne kîsse pas plus de doute ; ComitabmHV ea?çrç^<^w pr(i?<6r q,\Ufi,mMfiffii k^^ffê!^

i^ iifamekr%m m^iêa frmunfOj ut simui kosiem famemqm

Diodore parle aussi de remploi des chameaux à la guerre^ et de plus il dislingue les chameaux destinés à la course par le fiom de dromadaires. « Cto y trouve encore (en Arahie), dit-il, des races nombreuses et distinguées de chameaux... les uns, ^t par le lait qu'ils donnent^ soit par leur chaiir bonne à manger, pourvoienl a^ndamment à la pourriture des habitants... kâ autres, que I'ob exerce à recevoir sur le dos des fardeaux eon^idérahles , parlant de celte manière jusqu'à dix médimnes de Ué (4 & fi hectolitres), avec cinq hommes placés sur un h^t. W en 0st auasi qui, ayant les jambes fines et le corps grêle, ^Q%X pl^s pirçifore^ ^ \^ i^Qurse... Enfin ces animaux seri>emt ^ê^ 4 h guevtf. \\^ s€in( ^lors ordinairement montés par deux ^r#er<s q^i se placent dos i^ dos, et dont Vun combat de iaoe, tandis qv*^ Vw^y^i ^^ c^^s^e retraite, écarte l'ennemi qui e&l à l^ftf poftTsn^e (B(i(>dwe, L. II, c. 54, traduction de Miot).

Le mèn^e AUt^r parle ^cqre ^es chameaux dans le livre ii^ soi^^ponr citer se\)lçin.ei^t Içs çham^ux sîauvages (c. 43) , soit pour vanter l^nV' utilité. « Les Arabes Dèhes. . . élèvent de nom-, brenx tr9\^pef^^x de ^anieanx , et tirent de cet animal tout ce qui pe^t ^(re ntil^ m% besoins de la vie. Ih s'en servent à lag/u^r^ pour cojo^ltre leur$ ennemis, transportent sur aoq 4os^ plus lo^rçl^ i^^arge^... Montée sur les chçfmawi^ âxomoe: d<»i>«f,ilsiPWÇQ.i^FWt ççipiclement toutalacojûtrée (L. m,c. 45). «

fk^,, ^\}i \ivTe x^x, C) ^7, Diodorf irevient sur les chameau» dtç^f^ç^Vf^ QqiptQyéi^ «^ux çQ^r^s rapide. « Cette esqpèoe de qim^ti^fe pent p^^u^f d9 m^^^ k tfésirpjpu de chnsa près, Qiill^ f4nq c^n^ i^tades (p)usi d^ QO l^CMes). h

Xéftftphon wus ftpprend (Cyrop. 1. v^, c. 2) qi^e Cyrus, suf \^ point âç çnmbç^Hre Vf^'^^ ^^ Qrési^, ^vail chosii dea ar«s chers dans ses trotyi^, f t \^ «y^it i^t «ftonlcsp è c^l^sn^W, dms

-2*0 — par ûemi, sur chaque animal, k Les chevauic, dilril^ ne peuvent pas soutenir la vue d'un chameau; » et^ 1. vii^ c. 1^ racontant la bataille livrée aux Lydiens^ rhistorien explique la déroute de ceux-ci de la manière suivante... : a On attaqua l'aile gauche de l'ennemi^ les chameaux en avant, comme Tavait ordonné Cyrus. La cavalerie, tenue en arrière à une grande distance, ne pouvait les apercevoir^ tandis que les chevaux de Tennemi, tout effrayés à leur aspect, prenaient la fuite, ou se cabraient^ ou se ruaientrun sur l'autre. » Puis, Xénophon ajoute une circonstance assez digne de remarque : c'est que les archers de Cyrus, tout en portant ainsi la terreur dans la cavalerie de l'ennemi 9 ne tuèrent pourtant aucun des cavaliers , ni ceux-ci aucun des archers, par la raison qu'ils ne s'approchaient pas assez les uns des autres. Le judicieux auteur termine par une réflexion qui ne mérite pas moins d'être remarquée : « cet emploi des chameaux, diUl, a paru avantageux ; mais personne, parmi les braves, ne veut se servir des chameaux pour les monter, ni pour combattre... » (Cyrop., 1. vu, c. 1, ad finem).

Deux passages de la Bible, l'un de Jérémie, l'autre d'Isaïe, font mention du chameau comme bête de somme et comme animal de course, mais non comme animal de guerre... Dans le premier, le prophète, apostrophant la cité infidèle, la compare à une femelle de dromadaire : « Sache ce que tu as fait, dromadaire légère , courant ça et là (Jérémie, c. n, v. 23). » Les commentateurs font remarquer à cette occasion que la femelle a une course encore plus rapide que le mâle; c'est en effet ce que nos soldats ont observé en Egypte. Dans le second pas-^ sage, Isaïe dit : « Les dromadaires de Midiane et d'Èpha viennent tous de Scheba (Saba) ; ils portent de l'or et de l'encens... » (Isaïe , c. Lx, V. 6.) Je ne cite pas le savant commentaire de Bochart {Hierozoic, %. 1", p. 17), parce qu'il ne dit presque rien de l'usage des dromadaires à la guerre.

~ On voit les chameaux mentionnés une seule fois dans les Commentaires de César; c'est à l'occasion de la capture des chameaux du roi Juba (Hirtius^ De bello Afric, lxyiii). Mais faut-il en conclure que ces chameaux servaient à la guerre?

Je ne dois pas négliger deux passages d'Hérodien : au livre XIV de son histoire^ il caconte que Macrin avait devant lui l'armée d'Ârtaban^ roi des Perses, composée d'une imm^se cavalerie, d'une multitude d'archers, et en outre de soldats catapkracH (1) montés sur des chameaux, tous combattant avec de très-longues.lances. (Herod. historiar..., Lipsiœ 1805, U iv, p. 81.) Puis l'historien raconte la bataille livrée aux barbares. Les soldats montés à chameau combattirent et se conduisirent absolument comme les cavaliers. Les barbares, dit-il, lorsqu'ils sont montés sur leurs chevaux ou sur leurs chameaux, se battent avec intrépidité ; mais, une fois démontés, ils n'osent plus combattre, et, s'il faut poursuivre l'ennemi, ils en sont empêchés par leurs habits.

Deux passages de Y Histoire de la guerre des Vandales, par Procope, sont encore à citer par extrait. L'auteur raconte que, dans une bataille entre les Romains et les Maures, la cavalerie romaine, effrayée par les chameaux de l'armée ennemie, fut repqussée. Des fantassins maures, armés de javelots et d'épées, combattaient retranchés entre les jambes des chameaux. » (L. I, c. 8, et L. u, c. xi. De bello Fando/.)(2). C'est ainsi qu'en usaient nos soldats du régiment des dromadaires d'Egypte, comme nous l'avons dit plus haut.

U me reste à citer la, Notice de V Empire; les cavaliers dromadaires y figurent plusieurs fois : « Àla tertia dromedario* rum, Maximianopoli; ala seeunda Berculis dromedariorumj

[1] («e nom se donnait à des cavaliers armés de toutes pièces. * (^) Voy. aussi BecKerehes fur la régence d'Alger^ par une commission de TAcademie des inscriptions et belles -lettres, rapporteur M. Bureau de la Qfalle.

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Psiriattlà ; dla pHM Taimh ifmidàK^my PHclèdL Mm voilà trolé escadrons de dt-oniadait-es pcfslfis dàds l'Egypte Sêtllé. Dh voyait dussi èd Palestitie lib aëiàcbëttlëDt dé ièei WM^: Aiti Aatanà irmèadHérém^ Aêmàth^ {iy.

Tôu^ cè^ jpal^sages i»ëti»tit hc^H Se atlUte Ttsàgé d^ ÉroinadÂtitiS à la guétrë tlii tëiH|)â de l'adtiqtiitg: (% ite f d{ dGfib pfe hbsblUftient nhe ttinOtàtion Qdë la cféatlon d'ùii il^^niént pareil âù teii)))s de l'éii^éditlod fradçaiâë d'Oriëfit. Céi étflol> oii a lieu de s'étbrinei' qu'après dé pftfells exemples^ surtout après î' expérience faite efl Egypte^ ûpths te résultats obtieiiuiJj ôti ait hésité à orgatliséh^ en AIgéH6> Uti t^rpè sfetnbUble; bon pais qu'on puisse le âkii^ servir daâs imiti te^ parties du terri^toire itldistinctement; mais eoiflbieri it tii de toiiÀlités bà il rehdrôit d'érhineuis s^rvli^ ! Où lèotifidtt d'ailleurs V^mài ^u'a tenté ttviét; succès le géhéral Marey^Wunge dans l'expéditioû d'El-A^huuat j et je ne puis que renvoyer à sa rèlatîutf : c'en devait être assez d'une tentative aussi heureuse podr déddér IdquBàtibti administrative;

a6 ÙUWtM fcÊMÀL ou ÉAîftl, m 2Ô Nivôsl, Àîf i M ÎA

Ordre du jour tfe âO àitMè m i.

BdWAPARTE, fcÉfïÉRAi feur cdEf!') brdtthhè :

Il sera créé un régiment de dromadaires^ qui sera composé de dedx escadrons ; chaque escadron^ de quatre compaghiês;

(4) NotUia dignitatum utriutque imperii , VenetHs 4602, p. 90,91.

réchal des logis chef, de ^em ffljtréçh^^ deg Jflgjs, 4'ç» feÔ"

quante dromadaires.

Art. 2.

Chaque escadron sera commandé par un chef d'escadron ; le régiment par un chef de brigade, un adjudant-major, un quartier-mattre, et des chefs d'ouvriers nécessaires.

Art. 3.

Les hommes seront montés sur un dromadaire , armés de fusil, baïonnette, giberne, comme l'infanterie, et d'une trèslongue lance. Ils seront habillés de gris, avec un turban et un manteau arabe, conformément au modèle qui sera fait.

Art. 4.

L'ordonnateur en chef, les chefs de brigade Bessières , Detrée, Duvivier, se concerteront pour faire confectionner un modèle d'harnachement et d'habillement complet, qui sera remis à l'état-major général, le 25 nivôse au plus tard.

Signé : BONAPARTE.

Par arrêté du 28 nivôse, le chef de brigade Cavalier, de la 12* demi-brigade légère, est nommé commandant du 1" escadron du régiment des dromadaires. L'arrêté de nomination est ainsi conçu : « Le général en chef, connaissant la bravoure, la capacité et l'activité du chef de brigade Cavalier, ordonne qu'il prendra le commandement du 1*"' escadron du régiment

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des dromadaires. 11 s'occupera sur-le-champ dé Toi^amsaiion des deux compagnies à ses ordres. »

On a conamencé par former les escadrons de 2 compagnies seulement.

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