CHAPITRE IL
DU Tiiiiis?oftf 91 l'uvfautiaib»
Le dromadaire peut-il être utilisé pour le transport de l'infanterie ?
â6/Mevoici^ enfln^ arrivé à la partieimportimte de mon rap«« port.
Le dromadaire peut*il être utilisé pour le transport de l'infanterie dans les expéditions lontaines?
Régiment de dromadaires d'Egypte.
S7< L'idée de faire transporter l'infanterie sur des dromadaires; a déjà été mise en exécution en Egypte par le général Bo^ naparle^ qui fait^ dans ses mémoires^ un grand éloge du corps qu'il organisa à ce sujet. L'histoire rapporte, qu'après la ré-» volte du Caire (1798), Napoléon forma, sous les ordres d'un colonel, un corps d'infanterie composé d'un batailloq auquel il donna le dromadaire pour monture : ^e\x% hommes placés dos à dos, dit la Franoe militaire^ montaient le m^me droitfadaire qu'on chargeait, en outre, de munitions et, de vivres pouj plusieurs jours. Le nombre de ees animaux, d'abord de 100, fut ensuite porté à 700, lorsque le général Desaix fit fondre dans le régiment du Caire le corps de dromadaires de la Haule- Égypte, qui avait si inutilement poursuivi Mourad-Bey sous les ordres de l'adjudant général Pierre Boyer.
Les traditions orales rapportent que chaque dromadaire avait une selle avec étriers, encastrant la bosse, et que c'était sur 1^ panneau^ au-dessus de cette bosse, que les deux hommes se plaçaient. L'animal était conduit par le guide, lequel dirigeait, lorsqu'il était en selle, au moyen d'un licou ordinaire muni d'une
muserolle, et de deux rênes, et, lorsqu'il était à pied, au moyen d'une rêne fixée h l'anneau passé dans une narine, ainsi qu'il est en lîsage dans toute l'Egypte. Il est bien à regretter que les anciens officiers de ce corps se soient refusés à me donner les renseignements que je leur avais demandés à ce sujet.
Il serait à désirer aussi que le ministre de la guerre voulût bien donner communication des archives de son ministère rela* tives aux corps des dromadaires d'Egypte; ou y puiserait des renseignements bien utiles pour la création d'un corps semblable, qui tôt ou tard doit avoir lieu en Algérie. Il n'est pas possible que toutes ces pièces soient égarées, comme on le prétend. Les Turcs n'ont jamais pensé à une organisation définitive de cette espèce.
Emploi des dromadaires par les Turcs.
S8. Un vieillard qui était employé à la garde des dromadaires du beylick, qui a fait en cette qualité bien des expéditions, et notamment celle des Beni-Mzab en 1804, et celle de Bouiâsada en 1830^ rapporte ainsi qu'il suit Tusage que les Turcs faisaient du dromadaire dans ces deux courses :
La milice partait au point du jour^ ne portant que ses armes, et elle s'arrêtait h Va8$er (prière faite à trois heures et demie du soir); elle ne voyageait jamais qu'à pied. Les hommes malades ou blessés montaient sur les dromadaires du beylick, qui avaient chacun un conducteur requis gratuitement. Ces bêtes portaient les tentes à vingt-cinq hommes, les rations de vivres, consistant en btrouel (blé concassé) et en bu$fmt (biscuit), ainsi que des peaux de bouc remplies d'eau, dont on pouvait boire à volonté.
Les dromadaires portaient aussi de petites pièces d'artillerie sur des bâts particuliers. Je me rappelle en avoir vu en 1830 au fort Babazoun, lors de la prise d'Alger.
Emploi des dromadaires par Abd-el-Khader.
59. Abd-el-Khader,.dans la dernière guerre, a fait souvent transporter son infanterie, soit par des mulets, soit par des dromadaires, requis dans les tribus. Avant la destruction de son infanterie régulière, c'était à dos de dromadaires qu'il lui faisait traverser rapidement les Ghott, pour porter la guerre dans
. la province de Tlemcen. On sait que c'est par une marche de trente-six heures, faite de cette manière, qu'il s'est emparé de Médéah, avant le traité de 1837.
Expédition de M. le colonel Jusuf exécutée avec de l'infanterie montée*.
60. Les Français n'ont fait qu'un seul essai de ce genre; mais il doit être très-sérieusement étudié, comme point de départ des opérations nouvelles qui pourront avoir lieu dans la suite.
Au mois de juillet de Tannée 1845, on a voulu transporter rapidement un corps d'infanterie jusqu'à Tiaret; douze cents mulets furent réunis à Boghar pour monter deux bataillons d'infanterie, l'un du 35" de ligne, l'autre des zouaves. En confiant le commandement de cette colonne à M. le colonel Jusuf, on était assuré d'avance d'un succès complet; en effet, quarantcrhuit heures après notre arrivée à Boghar, nous traversions ces immenses plaines que l'on peut comparer à la mer.
L'effet produit par la seule annonce de cette colonne a été tellement prodigieux, qu'il en a été question jusqu'au delà du Djebel-Amour; et lorsque deux marches forcées nous eurent conduits jusqu'au Nar-Ouassel, à trente-six lieues en avant, il devint évident que l'on avait trouvé le véritable moyen pour faire trembler les tribus du Sahara, et pour les empêcher de prêter aucun appui à Abd-el-Khader.
Je commandais alors le bataillon d'élite du ^5% et fai fait à mon colonel^ sur cette expédition^ un rapport dont je vais extraire les détails utiles pour arriver à mon but actuel.
Il est humainement impossible de faire faire à une colonne d'infanterie à pied la course que nous avons faite étant montés ; il pourrait mème.y avoir un grand danger à le tenter. MM. les colonels Pélissier et Eynard ont aussi commandé des colonnes^ dans ce pays : les troupes^ auxquelles ils avaient communiqué leur patriotisme^ ont beaucoup souffert, soit par la chaleur, soit par le manque d'eau, tandis que nos soldats montés y ont fait un véritable voyage d'agrément.
En quarante-huit heures, l'infanterie s'est assez familiarisée avec les chevaux et les mulets pour pouvoir s'en servir dans une course lointaine et rester sur ces animaux pendant dix-huit heures sans se blesser. On a manœuvré; nos pelotons étaient aligiïés comme ceux de la cavalerie, et on a plusieurs fois défilé devant des goums de 2,000 cavaliers avec un ordre admirable ; il y a eu très-peu d'accidents. Les hommes ont eu le plus grand soin de leurs bêtes et ne pensaient à leur propre sulh sistance qu'après avoir pourvu, par des corvées souvent pénibles, à la nourriture des animaux.
Le mulet a fait un bon service dans cette expédition.
61. Les chevaux et les juments, et surtout ces dernières, ne conviennent point à ce genre de transport; nous les avons rendus à leurs propriétaires dans un état déplorable. Le bataillon du 55" aperdu> dans la course de vingt jours, 10 chevaux sur 110, et 14 juments sur 150; les pelotons composés de ces dernières bêtes marchaient fort mal, la ration de 2 kilog. . d'orge qui était allouée* ne pouvant leur suffire.
Les mulets, au contraire, ne dépérissent pas sensiblement avec cette ration; nous en avons blessé fort peu dans cette
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longue course^ et somme toute^ lorsque nous les avons rendus^ Us étaient en bon état. Les pelotons de mulets ont toujours fait le meilleur service; leur perte n'a été que de deux dans le bataillon du !13«.
Une expédition semblable ne peut avoir lieu que dans des circonstances extraordinaires.
62. M. le colonel Jusuf avait tout prévu : contrôles^ numé*rotage des bètes^ manœuvres devant l'ennemij» harnachement, paquetage^ campement; il a réussi dans son entreprise^ mais mon idée n'a pas changé^ et je le dis à présent^ comme dans mon premier rapport^ cet essai n'aura plus lieu dans le sud de la province d'AIgeri à moins de circonstanees urgentes. Il faut abandonner l'idée du transport de l'infanterie à dos dé mu^ lets; c'est impraticable pour plusieurs raisons : 1» le mulet est très^rare dans le sud de la province d'Alger, et on n'en trouve presque plus au delà de Boghar. Ainsi,' dans la province deTittery, sur 13,000 bêtes qui ont servi de base à la répartition de l'impôt en 1843, il y a plus de 1,000 dromadaires; et, à cette époque, les Ouled-Nayl, qui n'ont que des dromadaires, et qui en ont par milliers, n'avaient pas encore fait leur soumission à M. le colonel Jusuf; 2^ il faut pour le mulet un approvisionnement d'orge ; 3"* il feut que cet animal boive tous les jours, et souvent il est impossible, dans le Sahara, d'abreuver les hommes; 4^ avant un mois de course, le mulet est hors de service; S* le prix du loyer des 1,200 botes, à 4 fr, par jour, est de, • . 4,800 fr.
Loyer de 800 dromadaires à 6 fr. par jour pour le transport de l'orge destinée aux 1,200 •mulets et à 500 chevaux . * • • • • • 4,000
Total par jour . . 8,800
— la- Etparmèis. . . . . ... . 264,000 fr.
Perte à raison de 10 pour 100 ou de 120 bêtes au prix de 200 fr 24,000
Total général. . / ■ 288,000
Il faut donc se servir de dromadaires, dans le sud de la province d'Alger, si Ton veut monter Tinfanterie de manière qu'elle puisse se porter rapidement à de grandes distances, soit pour atteindre les tribus en fuite, soit pour porter secours à des tribus amies, soit pour le recouvrement des contributions et des amendes.
Proposition de monter Tinfanterie à dromadeire.
63. Ces considérations avaient aussi frappé depuis longtemps l'esprit observateur du général Marey-Mongç, lorsqu'il prit.possession du commandement de la province de Tiltery, en juillet 1843 : il vous proposa, Monsieur le Maréchal, un pouvel essai de monter l'infanterie à dromadaire ; et dès^qu'il eut connu, par votre lettre du 19 octobre 1843, qu'il rendrait au pays un grand et véritable service en organisant une colonne de 600 dromadaires^ portant 1,200 hommes avec leurs vivres pour douze jours, il entreprit hardiment une tâche aussi difficile»
Bientôt, ainsi que je l'ai fait connaître à la seconde partie de ce rapport, la question des convois par des Français seuls fut résolue affirmativement. Il ne restait dono plus qu'à s'occuper de eeUe du transport des troupes.
Cent hommes d'infaoterie pris dans le 33^ de ligne et dans 1^ 3*" bataillon dQ chasseurs d'Orléans, oommandés par M. le capitaine Janod, par las lieutenants Même et Esmieu et le sous* lieutenant Simonet, furent chargés du dressage de ôent dromadaires, réunissons mes ordres ji la Maison*Garrée. G^est à ces
officiers^ plans de zèle et de dévouement, qu'eât due la réussite de l'expérience actuelle.
Des expérieBGes faites pour monter le soldat d'infanterie k dromadaire. — 4<» Dressage desbétes.
64. Mais il faut entrer dans le cœur de la question, décrire les expériences qui ont eu lieu, les résultats qui en ont été la suite, leur application, de manière à prouver la possibilité de cette entreprise; et d'abord on ne doit pas perdre de vue que nous avons opéré sur des bêtes de rebut, presque toutes du sexe féminin; et si le résultat n'a pas été douteux, e' est que l'idée ne présente, en effet, aucune difficulté d'exécution insurmontable. Commençons par le dressage des bêtes.
La patience est nécessaire.
^ 66. Un soldat fut affecté à chaque dromadaire pour le dresser; il a commencé par les battre à tel point, que deux de ces animaux ont perdu un œil, et, malgré ces mauvais traitements, il a dû renoncer à s'en faire obéir; alors, et de lui-même, ayant essayé les moyens de douceur, il a été tout étonné de l'extrême docilité de cet animal, que maintenant il se garde bien de battre, et qu'il lie désigne plus que comme un animal bienfaisant ou domestique.
Du dressage.
66. Toutes les peines prises pour conduire en ordre ces animaux avec une baguette ayant été en pure perte, on a pensé à essayer, non une bride qui serait impraticable, mais un simple licou« Après bien des essais, le licou à nœud coulant sur le nez fut adopté comme rendant le dromadaire l'esclave du soldat. Muni de ce licou, te soldat s'est appliqué à faire coucher l'animal, à le faire lever "et enfin à s'en faire suivre dans toutes
les directions. Pour cela^ il marchait devant lui et le conduisait'^vec les rênes ; dans les premiers jours y Tanimal est devenu furieux; mais ensuite il a pris Thabitude d'obéir^ et maintenant il ne laisse plus rien à désirer à ce sujet. Lorsque nous aurons de nouveaux dromadaires, leur dressage pourra nécessiter l'emploi de quatre jours au plus.
De ratUche.
67. Tous les matins, lorsqu'il fallait mettre le licou, on perdait du temps, et cette difficulté, en expédition, serait devenue sérieuse. On a essayé : 1® d'attacher l'animal pendant la nuit à un anneau par le licou ; 2<> de l'entraver à des cordes de bivouac, comme les chevaux ou mulets. Ces moyens ont réussi, et ils l'ont tellement habitué au soldat qu'il a presque cessé à son approche ces cris plaintifs qui proviennent de sa peur de l'homme.
Des entraves de jambes.
68. Gomme le dromadaire ne reçoit pas de rations et qu'il doit paître pendant au moins deux heures (1S) chaque jour, il eût été difficile à saisir aji premier signal. On a obvié à ce défaut, comme le font les Arabes, par le moyen d'une corde qui, liant les deux jambes du même côté, porte légèrement en arrière la jambe de devant, et empêche ainsi l'animal de se sauver.
Des entraves du genoa.
69. Dans des moments difficiles, soit de jour pendapt l'heure du pâturage, soit de nuit, on devait s'assurer que le dromadaire ne serait ni enlevé par un coup de main, ni mis en fuite piu* une terreur panique. Il a été prouvé qu'en Tentravant mx deux genoux de devant lorsqu'il est accroupi, aucune forcç humain^
— M — ne peut le faire échap^er^ et que cela Ae Teropèche ni de chercher sa nourriture à quelques pas de lui^ en marchant sur ses genoux^ ni de dormir. Chaque soldat porte donc sur son dro madaire des entraves en corde préparées k oe fiujet : les rênes du licol peuvent en tenir lieu au besoin.
Des étriers.
70. Les Arabes^ pour monter à dromadaire^ le font accroupir ; nous n'avons pu faire le même mouvement qu'avec désordre jusqu'à présent, à cause de quelques soldats peu adroits. On a obvié à cet inconvénient par un long étrier à deux échelons^ et maintenant on monte à dromadaire comme à cheval ; pour descendre, on ne fait pas accroupir, mais on saute lestement à terre sur le côté.
Fin du dressage.
71 . Lorsque le soldat a pu répondre de la docilité de sa bète, on lui a donné celle d^un de ses camarades, et lorsque toutes ont été reconnues dressées , alors ont commencé les exeroiceB.
L'école de peloton a été faite à pied. L'animal a suivi son maître sans bruit et sans peine i il a montré la même docilité dans tous les mouvements de l'école de bataillon. Dans les carrés^ après avoir été entravé aux deux genoux, il a servi de rempart pour le feu de deux rangs, sans s'effrayer de la fusillade.
Déroute des Espagnols sur la plage de Babasoun. — Ordre du jour de l'armée dd 8 juin 4830.
72. L'histoire de ce payi parait dire vrai lorsqu'elle rapporte que les Espagnols, dans lôur débarquement à Babasoun ^ ont été attaqués par des Arabes qui, chassaiit devant eux une mui-
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