‹ Armelle TrahecChapitre 35 sur 38 · LB LENDEMAIN · texte numérisé non relu

LB LENDEMAIN

Le lendemain, i'abbé de Kerpeulvan arpentait la cour en lisant paisiblement son bréviaire, quand l'équipage du manoir apparut dans le chemin.

Nola, pâle, inquiète, descendit rapidement de f oiture et accourut vers son oncle. La physionomie

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sereine de celai-d loi causa involontairement un immense soulagement.

«— Ma fille, dit doucement le prêtre en rentrai* nant à récart, il s*est passé un miracle de conversion cette nuit. Ta mère a enfin compris le sens divin de ses épreuves. Un grand mal a produit un grand bien, et ce que le temps, mes prières, les révoltes de son fils, n*avaient pu faire, une touche de la grâce Ta fait en un instant. Elle pardonne & sa beUe-mère et consent au mariage de Gunstan.

— Est-ce possible ?

— Tout est possible à Dieu.

— n s'agit maintenant de retrouver Ounstan, qui n*a paru ni au Ouilvin ni chez nous.

— Nous le retrouverons. Qu'est-ce que cette lettre?

Nola tendit une lettre à son oncle.

— On est venu deux fois vous chercher de Kertan, et ce matin Texprès a remis ce billet pour vous.

L'abbé Gabriel ouvrit la lettre et ne put retenir une exclamation de surprise.

— S'agit-il de Gunstan^ mon oncle? s'écria Nola.

— Non. Oh! les jugements de Dieu sont insondables.MadameWindham est trèsmal et me demande : Je n'ai pas une minute à perdre. Nola, va voir si je puis parler à ta mère, qui a déjeuné seule dans çon

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appartement. Ne lui £ais pas de question sur sa santé : la soirée d'hier a été terrible. Va vite...

Nola disparut et revint presque aussitôt annoncer à son oncle que sa mère l'attendait. L'abbé monta dans la chambre de madame de Eerpeulvan. Elle était d'une pâleur effrayante ; mais l'expression de son visage était étrangement paisible.

Quand le vieillard lui tendit la main, par un geste plein de paternelle tendresse, elle se courba et déposa sur cette main un humble baiser.

— Vous savez que Gunstan n'est pas chez vous, mon oncle ? murmura-t-elle.

— Oui, mais qu'importe où il soit? Dieu le garde, nous le retrouverons. J'ai une autre nouvelle à fannoncer. Ma fille, je pars pour Kertan... Madame Trahec se meurt.

Le pâle visage de madame de Kerpeulvan s'empourpra soudain.

— Oh! 8*écria-t-elle, ne lui dites.,.

Elle s'arrêta, baissa la tête et ajouta d'une voix profonde :

— • Dites-lui tout.

— Tu ne veux pas venir lui porter son pardon? — • Dois-je y aller?

— Ce serait généreux.

— Alors emmenez-moi. Hier mon orgueil,qui était ma vie, s'est brisé, et mon âme éperdue s'attache à

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VOUS. Soutenez-la, conduisez-la vers Dieu. Je ne comprends rien encore, je ne sais rien, je ne sais qu'une chose, c'est que mon cœur veut un amour indéfectible.

L'abbé, par un mouvement irrésistible, lui saisit les deux mains.

— Ma fille, murmura-t-il, le jour n'est pas éloigné où tu comprendras qu'il y a un joug qui est doux et un fardeau qui est léger.

Il la quitta sur ces paroles, et alla tout préparer pour le départ.

La mer étant très calme et le trajet par mer étant beaucoup plus court, il choisit d'aller en bateau. Yan prépara l'embarcation à la hâte, et Madalen, ayant reçu les instructions de Nola, précéda sa maîtresse.

En traversant la plate-forme, madame de Kerpeulvan fut obligée de s'arrêter un instant, tant son émotion était vive. Prenant le bras de sa fille, elle lui recommanda tout bas de bien soigner Barba, qui n'avait pu se lever et qui paraissait gravement malade.

La mer, la terrible mer de la veille, était d'une placidité parfaite, et la traversée fut aussi rapide que le désirait l'abbé.

La barque stoppa contre la jetée la plus voisine

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du château, et les visiteurs se trouvèrent iminédiatement au cœur du domaine.

Plusieurs domestiques, de mine très effarée, traversaient la grande cour sablée ; mais aucun d'eux ne s'arrêta en les voyant.

L'abbé marcha vers le. premier arceau, ouvrit une porte et se trouva dans un petit salon très élégant. Une personne, que le lourd rideau de damas vert dissimulait, était assise dans l'embrasure de la fenêtre.

Au bruit que fit la porte en s'ouvrant, le rideau s'écarta et l'abbé se trouva en présence de Gunstari,

En apercevant son fils, madame de Kerpeulvan ne put retenir un cri d'amour ; mais le jeune homme, se levant brusquement :

— Vous ici! s'écria-t-il, venez-vous me... ?

L'abbé lui posa la main sur le bras par un geste

si plein d'autorité, que la phrase de Gunstan demeura suspendue à ses lèvres.

— Armelle, dit-il, explique-toi avec ton fils, je te ferai chercher, quand il sera temps.

Puis, se penchant à l'oreille de Gunstan, qui demeurait debout, défiant et irrité :

— Gunstan, dit-il d'un accent plein d'âme, ne parle à ta mère qu'à genoux.

Il sortit sur ces paroles, et, saisissant un dômes-

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tique au passage, se fit conduire à rapplu:iement de madame '^ndham.

Dans une anticliambre il trouva Georgina, qui ne le connaissait pas, mais auquel son costume révéla sur-le-champ sa qualité et son nom.

— Vous êtes monsieur Fabbé de Eerpeulvanf ditelle en marchant précipitamment vers luL

— Oui, mademoiselle; comment va madame votre sœurt

— Tris mal, monsieur.

— Cette maladie a été bien prompte.

-^ Tout à fidt soudaine. Ma sœur, qui se préparait à partir pour Londres, a voulu absolument reconduire M. de EerpeulvanJusqu-àAuray.La mer était afRreuse, Delphine a été saisie par le froid, ses vomissements de sang ont reparu ; nous avons débarqué et nous Pavons déposée dans une petite auberge. Heureusement, M. de Eerpeulvan ne nous a pas quittées; il s*est occupé de faire venir le médecin, puis de la transporter ici. Elle a bien supporté le voyage ; mais, les mêmes accidents s'étant reproduits, j'ai dû l'avertir de la gravité de son état. Elle consent à recevoir les derniers sacrements, mais seulement de votre main. Cest pourquoi je vous ai ùit immédiatement chercher.

— Est-elle vraiment en danger?

— Hélas I oui ; le médecin ne me donne aucune

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