Brizeux
— Père, je les sais déjà presque, dit Gunstan.
Il lut et relut des yeux les vers harmonieux du barde breton, et, fermant le livre, les déclama de mémoire.
— Charmant! dit M. de Kerpeulvan, ma mère et mon oncle seront ravis ; mais nous nous sommes oubliés, il s'agit de regagner Kerpeulvan au plus tôt.
Et, ramassant à la hâte les livres et les papiers épars sur l'herbe, il s'éloigna, suivi de près par Nola et de loin par Gunstan.
Pour retourner à Kerpeulvan ils ne prirent pas le chemin accidenté de la grève, mais une petite route bordée de buissons courts et maigres qui formaient une ligne de verdure au milieu des champs.
Dans le chemin, Gunstan reprit son allure capricieuse; mais Nola ne quitta pas son père: ils marchaient côte à côte, et, quand un obstacle les forçait à se séparer momentanément, ils s'attendaient toujours pour se rejoindre.
Le jour commençait à baisser quand ils atteignirent la barrière de Kerpeulvan, et sur le seuil de cette haute barrière ils trouvèrent madame de Kerpeulvan dont les sourcils blonds étaient terriblement rapprochés.
•— Yves, dit-elle durement, à quoi penses-tu d'emmener ces enfants aussi loin et de les garder
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aussi longtemps? On dirait que ta as oublié que nous allons demain à Sainte-Anne !
Cette admonestation faite, elle s'écarta pour laisser passer son mari et sa allé, et, saisissant Gunstan entre ses bras, elle dit :
> — Je te défends ces promenades interminables : tu ne dois pas laisser ta mère seule, entends-tu?
SADÎTB-ANNK D'AUKAY.
— Armelle, la voiture attend.
— Tu as fait atteler trop tôt.
— Ne m'avais-tu pas dit deux heures?
— Je te sens tellement pressé de partir.
— Il est bien naturel que je désire voir ma mère et mon oncle Gabriel, que nous voyons si rarement et que tu aimes particulièrement, tu me Tas dit cent fois.
— Oui, je Taime, je l'aime beaucoup; mais nos idées diffèrent tellement en tout...
Madame de Eerpeulvan prononça ces paroles d*un air sombre, et, appelant Barba qui passait par le
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SAIirrB-AMNB d'aurât 27
corridor, elle lui dit d'aller qnerir Gunstan et Gwennola. Les deux enfants arrivèrent bientôt en grande toilette et conduits par Madalen, qui les regardait avec une douce satisfaction, tant elle les trouvait beaux dans leurs habits de fête.
Madame de Eerpeulvan ne ât aucune attention à Gwennola, toute parée par la double cascade d*or qui ruisselait sur ses épaules et dont les joues étaient aussi roses que les pétales délicats des œillets sauvages qu'elle tenait à la main ; mais elle ât subir un examen minutieux à Gunstan, dont l'élégant habit faisait ressortir la beauté naturelle. Quand elle l'eut bien examiné, elle se dirigea vers la cour où se voyait un break attelé d'un ardent cheval noir.
— Tankez ^ fais trotter Bayard jusqu'ici, cria Gunstan au cocher, un homme vigoureux d'une figure ouverte et gaie; qui avait quelque trait de ressemblance avec Madalen.
Le cocher obéit; le break vint s'arrêter devant la haute porte cintrée.
— Maman, je veux aller sur le siège auprès de Yan, dit Gunstan.
— Tu viendras où je serai.
Gunstan fit un geste d'impatience.
— Je veux aller sur le banc de devant avec Yan, * Tan kez, cher Jean.
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car je veux apprendre à conduire Bayard, reprit-il.
Et sans attendre d'autre permission que la sienne, Tenfant escalada le marchepied et s'assit sur le banc de devant. M. de Kerpeulvan et Nola, qui connaissaient ce genre de scènes familières, étaient paisiblement montés dans la partie inférieure du break. Gunstan se détourna pour regarder sa mère, et, craignant sans doute qu'elle ne le fit redescendre, il s'écria en se serrant contre Yan :
— » Mère, il y a place pour toi : on est très bien
— Vous serez très mal sur ce banc, mère, dit Nola en penchant sa blonde petite tête en dehors du break.
— Non, car j'aurai le vent en face, et j'aime mieux cela, répondit madame de Kerpeulvan.
Relevant d'une main ses longues jupes, elle saisit de l'autre la tige de fer, et, montant légèrement les deux degrés du marchepied, s'assit près de Gunstan, qui s'empressa de donner le signal du départ. Bayard, stimulé par la voix et les encouragements de Gunstan, s'élança comme une flèche entr^nant la petite voiture, maison roulante où chacun des membres de la famille de Kerpeulvan continuait son existence intime.
Au fond du break, M. de Kerpeulvan et Nola causaient doucement de ceux qu'ils allaient visiter