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7. Ibid., p. 337. « Didon a été représentée 250 fois depuis le 1° décembre 1783 jusqu’au 8 février 1826.»
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Spontini, l'influence de Gluck se trahit à tous les moments pathétiques du drame.
Revenons à lArmide. Ainsi que nous l’apprennent les archives de l'Opéra, elle parut régulièrement sur l’affiche de l’Académie de Musique jusqu'au commencement des jours sanglants de la Terreur. Après cette période abominable, presque exclusivement remplie à l'Opéra par des pièces ultra-révolutionnaires, et après les deux années suivantes, vides de toute nouvelle œuvre!, le peuple inoffensif des amateurs de musique reprit peu à peu le chemin de son théâtre de prédilection. Armide, de même que les autres opéras de Gluck, recommença sa carrière interrompue et retrouva la faveur qui l'avait accueillie vingt ans auparavant. Les cinq chefs-d'œuvre du réformateur de l’opéra français continuèrent de figurer en tête du répertoire de l'Académie de Musique pendant le Consulat, l'Empire, la plus grande partie de la Restauration?, et disparurent de la scène parisienne vers 1830, éclipsés momentanément par le luxe mélodique de Rossini, plus tard par le luxe instrumental de Meyerbeer et d'Halévy. En Allemagne, ils n’ont pas cessé jusqu'à ce jour de faire partie du répertoire classique des grands théâtres musicaux.
Qu'il me soit permis de rappeler ici, en guise d’épilogue, le souvenir d’une tentative faite, il y a trente et un ans, pour rendre à la France le chef-d'œuvre de Quinault et de Gluck. Conçue et dirigée par un homme dont le nom brille dans les fastes de trois grands théâtres parisiens, cette entreprise, à laquelle j’eus l'honneur d'apporter ma modeste part de collaboration, fut arrêtée net, au moment où elle allait aboutir, par les désastres inouïs de l’année maudite. Elle n’a plus été recommencée depuis et aujourd’hui elle doit être profondément oubliée, sauf peut-être d’une demi-douzaine de personnes. Néanmoins, le lecteur de cette partition lira probablement avec quelque intérêt mon récit, car il y devinera sans peine l'origine d’une foule d'annotations scéniques qu'il n’a pas rencontrées jusqu'ici, soit dans les partitions, soit dans les livrets d’Armide.
En 1858, alers que Meyerbeer trônait sans rival à l'Académie impériale de Musique, un petit événement fit sensation parmi les dilettantes parisiens : la publication, dans la Revue contemporaine, d'une étude sur l’Armide de Gluck, signée du nom d’un des plus hauts personnages de l'Empire, le président Troplong, un des familiers de l'empereur ?. Ce travail, remarquable d’ailleurs, eut pour effet d’éveiller chez les artistes et les amateurs de musique le désir de voir revivre sur la scène le célèbre chef-d'œuvre dont la Société des Concerts leur faisait encore entendre parfois un merveilleux fragment : l’acte de la Haine. Le despote doux et rêveur qui régnait alors sur la France s’intéressait lui-même, disait-on, à ce projet. Aussi, dès cette époque, l'Opéra, géré alors aux frais de la Liste civile, inscrivit-il à son programme une reprise solennelle d’Armide. Puis, les choses
1. Jbid., t. IT, pp. 10-11. Entre la 1° représentation de Denys le Tyran de Grétry, le 23 août 1704, et celle d’Anacréon chez Polycrate, aussi de Grétry, le 17 janvier 1797, le catalogue chronologique de Lajarte ne mentionne aucun opéra ni aucun ballet nouveau.
2. La dernière grande reprise d'Armide à l'Opéra eut lieu en 1825. Depuis la révolution de juillet, il n'y eut plus que des tentatives partielles et peu heureuses (Lajarte, Biblioth. de l'Opéra, t. I, p.202).
3. Nos de novembre-décembre, pp. 709-728. L'éminent magistrat, qui cultivait la musique avec succès, était intimement lié avec Auber, lui-même un enthousiaste admirateur de Gluck. L'auteur de ces lignes a eu en plusieurs circonstances l'honneur de recevoir, à cet égard, les confidences de l’illustre compositeur français aujourd’hui si injustement dédaigné de ses compatriotes.
en restèrent là pendant une dizaine d'années, bien que le grand succès d'Orphée au Théâtre Lyrique, en 1859, fût un indice suflisant de l’action que le style musical de Gluck recommençait à exercer sur le public théâtral. Enfin Émile Perrin, devenu directeur de l'Opéra en 1862, prit le projet à cœur et se mit à l’étudier au point de vue de sa réalisation pratique. Depuis 1866, 1l m'avait appelé à la direction générale de la musique dans son théâtre. Me sachant un fervent admirateur de Gluck, dont j'avais étudié les cinq chefsd'œuvre français depuis ma jeunesse, il me demandait souvent de lui faire entendre au piano des actes entiers de la partition de Gluck. Vers 1868, il se décida à préparer la reprise, attendue depuis si longtemps, pour l'hiver de 1870-1871.
Profondément pénétré de la responsabilité qu'assume celui qui entreprend de produire devant le public moderne une œuvre jadis acclamée, mais étrangère au goût actuel, il ne voulait tenter la partie sinon avec toutes les chances de succès. « On n’a le « droit d'exposer les merveilles artistiques aux regards de la foule », disait-il, « que pour « les faire admirer. » Il s'appliqua à examiner dans tous ses détails le machinisme extrêmement compliqué de cet opéra, à imaginer et dessiner des décors, à régler l'emploi de son personnel chantant. Il s’assura le concours du renommé maître de ballet Saint-Léon, depuis longtemps attaché à l'Opéra impérial de Pétersbourg, musicien de talent, et le seul homme capable, selon lui, de donner un aspect caractéristique aux cinq intermèdes de danse encadrés dans la tragédie musicale de Quinault !. Pour l'exécution vocale de la partition, il voulut naturellement mettre à profit tous les talents que réunissait à cette époque l’Académie impériale de Musique. Les rôles des personnages faisant partie de l’action proprement dite, comprise dans les trois premiers actes et le dernier, furent confiés aux premiers sujets qui avaient pour attribution spéciale le répertoire courant (Meyerbeer, Rossini, Halévy). Voici quelle fut la distribution arrêtée :
ARMIDE. . . Mn° Sasse.
Es Eine Ne Gueymard:
RenauD . . Villaret.
HIDRAOT . . Devoyod.
SIDONIE -. Me Levieilli.
PHÉNICE MI Hamakers.
Restait à déterminer la distribution du IV* acte. Dès l’origine, Perrin avait reconnu là le point dangereux de l’entreprise. « Présenter au public, vers la fin de la soirée, un acte « entier chanté par des artistes secondaires, c'est courir à un insuccès certain », me dit-il un jour. « D'un autre côté, couper les trois quarts de l'acte, comme on l’a fait à la plupart des « reprises d’Armide, c'est discréditer d'avance l’œuvre que l’on prétend honorer. Eh bien! « je ferai chanter ce [V° acte, qui est un véritable intermède musical, par les étoiles de la « troupe, par les artistes qui, actuellement, exercent le plus d’action sur le public. Faure
chantera Ubalde, M'° Nilsson fera Lucinde, la fantastique fiañcée danoise (tous deux
« fanatisaient à ce moment le public dans Hamlet); M" Carvalho prendra le rôle de
1. Il arriva, en effet, dans les premiers jours de juillet 1870 et mourut inopinément au Divan de l'Opéra (dans le passage), le jour même où Paris apprenait l'entrée des Allemands en France. J'ai connu cet homme sympathique pendant quelques jours seulement, mais assez pour apprécier ses hautes capacités dans toutes les parties de son art, L
Mélisse, et Colin (jeune ténor qui venait de chanter avec grand succès le Raoul des
« Huguenots) jouera le rôle du Chevalier danois. Comme cet acte se détache presque com- « plètement du reste de la pièce, nous le ferons répéter séparément, quant les autres actes « seront sus. »
Les choses étant ainsi réglées, la musique d’Armide (sauf les rôles du IV® acte) fut distribuée aux acteurs dans les premiers mois de 1870. Les études individuelles et collectives se trouvèrent suffisamment avancées vers le 10 juillet, pour que l’on pût fixer une grande répétition musicale au foyer des artistes, à laquelle furent convoqués les acteurs employés dans la pièce et le personnel choral en entier. Tout marcha parfaitement. La semaine suivante, on devait monter au théâtre pour commencer à mettre la pièce en scène. Mais deux ou trois jours après la susdite répétition, la funeste guerre était déclarée, et Armide rentra dans les cartons... Après les événements, Perrin ne retourna”plus à l'Opéra. Quant à moi, j'étais définitivement fixé dans mon pays.
Depuis cette époque, déjà si lointaine, il a été souvent question, à Paris, de remettre le chef-d'œuvre de Gluck au théâtre, mais l’entreprise est demeurée à l’état de projet, et peut-être n'y a-t-il pas trop lieu de le regretter. En 1901, bien des choses sont devenues autres. Les deux grandes scènes musicales du Paris de 1870 ont été détruites par le feu, et les édifices qui les ont remplacées ne semblent pas être construits de manière à produire l’Armide dans les meilleures conditions. La scène et la salle du nouvel Opéra sont bien vastes, et il est douteux que l'orchestre de Gluck puisse trouver dans un aussi grand local tout son éclat et toute sa force. D'autre part, la scène de l'Opéra-Comique, déjà trop étroite et trop peu profonde avant l'incendie, est aujourd’hui d’une exiguité qui rendrait extrèmement difficile, sinon impossible, la réalisation des effets scéniques, si raombreux et si compliqués dans cet ouvrage.
Notre réduction au piano suit strictement l’ancienne partition d'orchestre reproduite dans l'édition Pelletan-Damcke-Saint-Saëns. Quant aux indications, qui ne figurent ni dans les livrets très anciens, n1 dans ceux d’une époque plus récente, — tous sont, à cet égard, plus que sobres, — elles ont été puisées dans mes conversations quotidiennes avec Perrin, à l'époque que je viens de remémorer. Ceux qui ont travaillé avec cet éminent homme de théâtre savent avec quel amour, avec quel soin minutieux il s’attachait à élaborer toutes les parties de la représentation dramatique. A ce titre, nos annotations ne peuvent manquer d'intéresser les directeurs de théâtre qui auraient l'intention de ressusciter pour le grand public l'œuvre de Pimmortel réformateur du drame musical. C’est aussi en vue de l'usage pratique de la partition, soit au théâtre, soit au concert, que nous avons consigné dans l'Appendice quelques changements et transpositions qui nous paraissent pleinement acceptables.