‹ ArmideChapitre 4 sur 106 · GUN · texte numérisé non relu

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tation. Il suffit de rappeler quelques mots de cette grossière diatribe, pour vouer son auteur au mépris éternel de tous les musiciens. A l'entendre, le rôle d'Armide est presque d'un bout à l'autre une criaillerie monotone et fatigante ; la superbe phrase de l'héroïne, au début de la pièce : «Je ne triomphe pas du plus vaillant de tous », ne se distingue en rien du ramage des suivantes ; l'émouvant songe du I‘ acte est glacial; le fameux monologue qui termine le Il° acte ze produit aucune impression avec la musique de Gluck; bref, la nouvelle Armide est un beau poème et un mauvais opéra.

Douloureusement blessé de se voir vilipendé d'une manière si indigne, Gluck eut la faiblesse de mettre le public dans la confidence de son chagrin, en répondant à son féroce détracteur par une lettre ouverte, pleine d'ironies sanglantes, et que les journaux s'empressèrent de publier*, maladresse qui lui attira une réplique impertinente de la part d’un amateur (probablement un simple prête-nom de Laharpe). De plus, il se laissa entraîner, dans un moment d’affolement, à appeler Suard à la rescousse, pour le défendre contre son ennemi, comme si ses chefs-d’œuvre ne le défendaient pas surabondamment. Ce fut le point de départ d’une nouvelle polémique, où intervinrent cette fois de part et d'autre beaucoup de collaborateurs auxiliaires, et qui se prolongea jusqu'au commencement de l'année suivante‘. Pour tout musicien intelligent, qui se résout aujourd'hui à examiner les pièces du procès, il est évident que du côté des avocats de Gluck se trouvaient la compétence, les bonnes raisons et la politesse; du côté de leurs adversaires, le philistinisme, les vues étroites ou intéressées, l'intolérance sectaire. Mais à quoi bon s'étendre davantage sur ces stériles débats ? La cause est jugée sans appel depuis longtemps, et nous savons en faveur de qui. D'ailleurs, bien avant que la querelle eût pris fin dans les journaux, le grand public avait montré clairement le cas qu'il faisait des opinions de Laharpe et consorts. Les représentations d’Armide succédaient aux représentations, l’affluence restait toujours la même, et chaque jour le nouvel opéra se plaçait plus haut dans l'admiration de la foule. Aucun ouvrage de cette période n'eut un pouvoir d'attraction aussi fort ni aussi constant sur la multitude : les recettes d’Armide se maintinrent longtemps aux chiffres les plus élevés de l’époque.

Le premier opéra français de Piccinni, Roland, représenté sur la scène de l'Opéra en janvier 1778, n'eut pas un sort aussi brillant. Malgré les efforts surhumains de la coalition antigluckiste, l'œuvre du maître italien n'obtint qu’un succès de curiosité et n'attira pas le public au delà d'une douzaine de représentations. Il est juste de dire que Piccinni n'avait pu y donner la vraie mesure de son talent; chaque page de la partition témoigne de la gêne qu'il a dû éprouver, ayant à mettre en musique un texte écrit dans une langue encore presque inconnue pour lui. Plus tard, quand son grand rival eut cessé d'écrire, Piccinni fut plus heureux avec Atys (1780), et son chef-d'œuvre français Didon (1783) obtint un succès durable’. Mais chez lui, comme chez Sacchini, et plus tard chez

. Mémoires, p. 259 et suiv.

1014; p271 et suivantes.

. Îbid., p. 280-406.

. Lajarte, Biblioth. de l'Opéra, t. I, p. 281.

. Ibid, p.294.« Après la 14° représentation, les recettes baissent déjà beaucoup ; à la 20°, elles n'arrivent pas à 1.500 livres. »

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