AVANT-PROPOS
Les armoiries, dans leur première origine, étaient des marques d'honneur composées de figures et d'émaux, c'est-à-dire de métaux et de couleurs représentés dans un écusson, pour marquer la noblesse et distinguer les fanulles. On ne les portait autrefois que sur la cotte d'armes, le bouclier, les bannières et les armes; de là est venu le nom d'armes ou d'armoiries. Les armoiries prirent naissance dans les tournois, où les chevaliers, couverts de fer, n'auraient pu se faire reconnaître sans une marque extérieure. Ceux qui se présentaient pour entrer en lice sonnaient de la trompe ou du cor pour faire savoir leur arrivée. Les hérauts, après avoir reconnu s'ils étaient gentilshommes, sonnaient aussi de leurs trompes et décrivaient les armoiries de chaque combattant. Alors on portait en cimier une ou deux trompes
Vf
dont on avait sonné auparavant et qui sont l'origine de toutes celles qu'on voit orner les timbres allemands. Lorsqu'on avait paru deux fois dans ces tournois solennels, la noblesse était suffisamment reconnue. C’est de cette cérémonie et du mot allemand blasen, qui signifie sonner du cor, qu'est venu celui de blason, qui s'entend pour la science et l’art d'expliquer nettement et en termes propres toutes sortes d'armoiries,
Cependant, l'usage des armoiries ne commença à prendre un grand développement qu'à l'époque des Croisades ; ceux qui en avaient déjà se les rendirent plus propres, ceux qui n'en avaient point en choisirent , tant pour se faire reconnaître dans les combats que pour se distinguer des autres. Les uns, pour marquer qu'ils s'étaient croisés, mirent des croix dans leurs armes; les autres, pour montrer qu'ils avaient passé la mer, prirent des merlettes, des coquilles, des besants, des lions, des léopards; d'autres formèrent leurs armoiries de la doublure de leurs manteaux, selon qu’elle était échiquetée, vairée, papelonnée, mouchetée, diaprée, ondée, fascée, pallée, gironnée, losangée. Il y en eutqui préférerent charger leur écu de quelque pièce d'armure, comme les éperons, les fers de ance, les maillets, les épées; quelques-uns prirent des figures qui avaient rapport aux surnoms ou plutôt aux sobriquets qu’on leur donnait, ou bien à leurs terres, à ce qu'elles produisaient, à la situation ou autres particularités de leurs chà-
teaux, aux charges qu'ils exerçaient; d’autres choisirent de celles qui conservaient la mémoire de quelque beau fait d'armes ou de quelque aventure singulière, enfin, 1l y en eut qui les prirent comme marques de leur inclination ou simplement suivant leur caprice.
Les armoiries au moyen-âge, et avant l'hérédité des surnoms, servaient aussi à faire reconnaître les familles, ce qui eut été bien difficile sans cela, car à part quelques princes ou quelques grands seigneurs, Raoul, fils de Robert, ou Estienne, fils de Guillaume, n'étaient connus qu’en leurs villages ou tout au plus dans le comté ou le bailliage dans le ressort duquel ils se trouvaient, ces noms étant communs à tout le monde, à tel point qu'après trois ou quatre générations, quand les enfants avaient changé de territoire pour aller demeurer soit dans les terres qui leur étaient échues, soit dans celles de leurs femmes, il ne leur restait aucun moyen pour faire reconnaître de quel lieu ils étaient sortis; mais depuis que les cadets retinrent les armes de leurs pères avec brisures, on commença à reconnaître de quelle maison ils étaient descendus et de quel lieu ils venaient.
L'usage des armoiries, qui avait été, dans le principe, le privilège exclusif de la noblesse, se répandit peu à peu dans les rangs de la bourgeoisie. Les villes, les corporations, les communautés voulurent aussi avoir leur blason.
De temps immémorial la plus grande partie de
VIH
la noblesse faisait son séjour à la campagne et les villes étaient composées de deux sortes de personnes, savoir : les gens libres, non nobles, et qui, comme on le pense, descendaient originairement pour la plupart d’affranchis, ct les serfs, gens de main-morte, comme on les appelait, c'est-à-dire qui étaient sous la puissance de leurs maitres, dont les biens ne passaient point aux enfants et qui travaillaient pour ceux auxquels ils appartenaient, comme les serfs de la campagne. Les premiers, quand ils ne demecuraient pas auprès de leurs an- ‘ciens maîtres, s'établissaient dans les villes et v achetaient le droit de bourgeoisie; ils y faisaient le commerce et quelques-uns y exerçaient divers métiers.
Avant d'aller plus loin, disons en quelques mots ce qu'était la bourgeoisie.
Le mot de bourgeoisie, comme celui de bourgeois, d'où il dérive, et celui de bourg, d'où sont formés les deux autres, ont eu chacun plusieurs significations dont il est superflu de s'occuper ici. Néanmoins, ce qu'il importe de remarquer, c'est que dans le X° siècle, on appelait bourgs les simples villages qui n'étaient point fermés de murs, d'après le témoignage d’un écrivain de ce siècle même (1. Mais les malheurs du temps ayant forcé de clore de murailles ces habitations, celles n’en continuërent pas moins ecpendant de porter le nom de
(1) Luitprand, lib. 3. rap. 12.
bourgs (1). Enfin, peu à peu ce nom ne fut plus donné qu'aux lieux fermés de murs, et s’éloigna ainsi de sa signification primitive.
Quant au mot de bourgeois, en en laissant de côté toutes les acceptions (2), nous nous contenterons de dire qu'il fut d'abord employé pour désigner généralement les habitants des bourgs ou villages, soit ouverts, soit fermés. Plus tard, quand ces bourgs fermés prirent le titre de ville, les habitants conservèrent le nom de bourgeois, et lorsque, enfin, ces lieux obtinrent des priviléges pour leurs habitants réunis en corps, le nom de bourgeois s’appliqua aux individus de ce corps, à l'exclusion des habitants des lieux non privilégiés, ainsi que de ceux du lieu privilégié qui n'avaient pas été associés au corps auquel le privilége avait été accordé. Ainsi fut restreinte la signification première du mot bourgeois, qui avait d’abord désigné généralcment tout habitant des lieux auxquels on donnait le nom de bourg, et qui désigna dans la suite l’habitant associé aux priviléges de ces lieux.
Du mot bourgeois se forma celui de bourgeoisie, dont la signification fut très-variée, mais qui, enfin, signifia le droit accordé aux habitants d'un lieu ou à ceux qui leur étaient associés de jouir, à certaines conditions, de priviléges communs.
Au commencement de la troisiëmce race de nos
(1) Du Cange, Gloss. Lat., au mot Burgus.
(2) Du Cange. Gloss. Lat., au mot Burgus
rois, toutes les terres, en France, étaient devenues des fiefs, et dans l’état d’anarchie où était tombé le royaume, chaque seigneur d’une portion de territoire s'était persuadé que tous ses vassaux étaient ses sujets; 1l les désignait ainsi et les traitait d’une manière aussi absolue que s'ils eussent été sa propriété, de même que son territoire. L'établissement des bourgeoisies fut un des effets de cet abus de la féodalité et les premiers priviléges dont elles jouirent ne furent que la confirmation des associations formées, sous le nom de communes, par les habitants des villes, contre la tyrannie féodale ou le renouvellement d'anciens droits municipaux réclamés à la même époque pour plusieurs cités. L'établissement des bourgeoisies, de même que l'origine des communes (1) et le renouvellement des droits municipaux, ne remontent pas au-delà du douzième siècle et au règne de Louis VI. Ce sou-
(1) L'établissement des communes appartient au commencement du douzième siècle. A cette époque un grand nombre de villes cherchèrent, en formant une confédération, à se soustraire à l'état d'oppression où elles gémissaient depuis plusieurs siècles et elles réunirent leurs efforts et les mêmes moyens de défense contre l'ennemi commun. Ces moycns consistèrent, pour chacune, dans un pacte d'affranchissement consenti entre les principaux habitants, les nobles et le clergé, ou reux qui étaient à même de les diriger et de les seconder dans leur entreprise. Ces pactes furent appelés Communio ou Communia , pour exprimer l'union naturelle d'où ils tiraient leur existence, et l'association dont ils réglaient et assuraient le sort. Ces confédérations furent approuvées du souverain qui était leur premier seigneur et leur protecteur né. Il vint à leur aide, et légitima les communes par le sceau de son autorité.
verain et ses successeurs ne négligèrent rien pour multiplier dans l'Etat ces bourgeoisies. Ils ouvrirent de nouveaux asiles aux vassaux persécutés par leurs seigneurs en construisant de nouvelles villes, auxquelles ils attachèrent des droits de bourgeoisie. C’est de ces bourgeoisies multipliées que se forma dans l'Etat un nouvel ordre de sujets sous le nom de bourgeois, classe intermédiaire entre la classe infortunée de ceux qu'on appelait les vilains et les seigneurs de fiefs.
Parmi les bourgeoisies , il y en avait de royales et de seigneuriales; les premières accordées par le souverain, qui cherchait ainsi à accroître sa puissance en offrant aux vassaux opprimés des asiles contre les vexations de leurs seigneurs; les secondes accordées par les seigneurs, qui, pour conserver ces mêmes vassaux, leur offraient de semblables concessions. Mais tandis que le seigneur ne pouvait communiquer qu'aux hommes de son fief les bourgeoisies qu'il accordait, le roi, au contraire, comme souverain et suzerain, étendant son pouvoir sur tous les fiefs, communiquait les bourgeoisies aux vassaux des seigneurs lorsque ces vassaux se réfugiaient dans ses villes. D'où il résultait que le seigneur ne pouvait réclamer ses hommes devenus bourgeois du roi, et que le roi pouvait réclamer les siens s'ils avaient cherché à devenir bourgeois d’un seigneur quelconque.
À partir du règne de Louis VII, le roi regardait comme siennes les villes de communes; en 1918 il
fut déclaré qu’il ne pourrait y avoir de communes sans lettres du roi, et trente ans après, que le roi seul pouvait établir des communes. C’est ainsi que les rois ressaisirent peu à peu tous les droits qui avaient rapport à la législation, attribut essentiel de leur souveraineté. |
Dans le principe, le noble, de même que le roturier, fut susceptible de la bourgeoisie, et l’on voit, dans un très-grand nombre de chartes, de hauts personnages prenant la qualification de bourgeots. . La Roque, dans son Traité de la noblesse, déclare que le titre de bourgeois ne déroge nullement à la noblesse , car le mot de civis ou citoyen, dit-il, ne signifie que l'habitation, et les noms de citoyen et de bourgeois sont synonymes, et cette qualité de bourgeois, ajoute-t-il, est si considérable, que ceux des plus grandes maisons et les ecclésiastiques mêmes ne l'ont pas dédaignée. Il cite deux chartes de l’an 1284 où les gentilshommes prenaient le titre de noble et de citoyen ensemble et quelquefois celui de citoyen seul.
Pierre de Hangest, chevalier, baiïlli de Rouen, de Gisors et de Verneuil, qui mourut au Pont-del'Arche, en 1309, est qualifié bourgeois de Montdidier, en Picardie.
Guillaume d’Arpajon de la Cauletra est qualifié bourgeois de Orillac, dans un registre de l'an 1326, intitulé : Les fiefs et les services dus au Roien Auvergne, à cause des mêmes fiefs.
Le même auteur s'étend très-longuement sur ce
sujet et’fait un très-grand nombre de citations. Et d’ailleurs l'histoire est là pour témoigner que, de tout temps, les principaux bourgeois des villes ont été employés dans le gouvernement de l'Etat.
Nous le voyons par l'ordonnance du roi Charles V, dit le Sage, du mois d'octobre 1374, qui nomme plusieurs notables bourgeois de Paris pour prendre part à la régence pendant la minorité du roi, son successeur.
Dans un arrêt de l’échiquier de Normandie, tenu à Rouen, en date du mois d'avril 1478, il est fait mention de Guillaume du Bosc, écuyer, marchand et bourgeois de Rouen. Et ce qui prouve que la qualité de bourgeois ne dérogeait point à la noblesse, c’est que le roi Henri III, par son ordonnance de l'an 4579, permit aux bourgeois des villes franches de prendre à l'avenir la qualité de noble. On voit à la tête d’une requête présentée au roi par les bourgeois de Béziers, vers l’an 1260, le nom d’un bourgeois issu d’un père qui portait le titre de chevalier {{).
Un acte de notoriété, de 1298, atteste que, dans toute la Provence et dans la sénéchaussée de Beaucaire, les bourgeois avaient le droit d'être armés chevalier, sans être tenus d'en obtenir la permission du prince; de porter et d’user des prérogatives de la chevalerie (2).
(1) D. Vaissette, Hist. de Langued., tom. 3, pr. col. 547. (2) Id. Ibid., pag 607.
La bourgeoisie n’a pas été fort considérée seulement en France, elle le fut encore plus en Allemagne et en Italie. Je n’en citerai qu'un exemple pour ce dernier pays : Egelli, In sua Italia sacra, dit qu'en l'année 1338, Guy de Mandelloet Cabriolo, de Tuto Bonello, ne prenaient point d'autre qualité que celle de citoyens de Milan, quoiqu'ils fussent des plus nobles du pays.
Enfin, il est à remarquer que tant que le nom de bourgeois ne fut usité que comme titre de distinction et de privilége, il fut généralement recherché, mais lorsqu'il fut employé pour désigner une classe de citoyens subordonnés, il commença alors à être dédaigné.
Il serait trop long de détailler ici tous les priviléges et les droits dont jouissait la bourgeoisie, disons seulement que c'était toujours dans ses rangs qu'étaient choisis ceux que la faveur de nos rois élevait à la noblesse. Ainsi, nous voyons le roi Réné d'Anjou, comte de Provence, ennoblir par lettrespatentes données à Marseille, le 7 août 1474, Pierre Melin, marchand de la ville d'Aix (1), et il lui donne
les armes suivantes : De gueulles a ungt lon dor rampant arme et lengue dargent a une fesse de mesmes sur le tout et timbre de mesmes (de gueules, à un lion d’or armé et lampassé d'argent, à une fasce de même brochant sur le tout, et un timbre de même!.
(1) Cour des comptes de Provence, registre 16, Gallus, armoire A. fol. 58, verso.
Le même roi, par autres lettres données à Aix, le 26 mars 1478, confère la noblesse à Didier du Han, valet de sa garde-robe et concierge de son manoir de Gardanne (1), avec ces armoiries : De gueulles a ung giron darget et chef (de gueules, à un giron d'argent mouvant du chef). Il ennoblit encore par autres lettres-patentes données à Aix, le 6 septembre 1479, Thomassin de Thomassin, marchand de la ville d'Aix (2), et lui donne pour armoiries : De sable seme de faulx dor et deux paulx dargent et pour timbre ung griffon party en fesse de sable et dargent tenant une faulx dor (de sable, semé de faulx d'or, adextré et senestré d'argent, et pour timbre un griffon parti en fasce de sable et d'argent tenant une faulx d’or); et le 27 avril 4480, Jean Thomas, de la ville de Thoulon, rational et archivaire (3), par lettres-patentes données dans sa bastide, près d'Aix, et pour armes : Ex asuro cum uno crescente aureo in medio existente (d'azur, au croissant d'or).
Charles IX, par lettres-patentes données à Mouhas, le 40 janvier 1566, permit aux gentilshommes de Marseille de faire le négoce; le commerce en détail leur était seul interdit. Les professions de notaire, d'avocat, de médecin ne dérogeaient point,
(1) Cour des comptes de Provence, registre 17, Aquila, armoire À, fol. 61.
(2) Cour des comptes de Provence, registre 17, Aquila, armoire A. fol. 194.
(3; Cour des comptes de Provence, registre 17, Aquila, armoire À , fol. 209, verso.
suivant un grand nombre d'auteurs. La charge de notaire était très-anciennement considérée en Provence, où nous voyons ces emplois occupés par un grand nombre de familles nobles, telles que les Lauris, les Matheron, les Guiramand, les Tressemanes, les Rosseto, etc. |
Mais revenons à notre sujet et disons que l'usage des armoiries, qui fut dans l’origine un privilége réservé à la noblesse de chevalerie, se répandit peu à peu dans les familles bourgeoises, qui formaient la classe des notables après celle des nobles proprement dits. Toutefois, 1l n’était permis qu'aux personnes nobles de timbrer leurs armes et cette faveur ne fut accordée qu'aux bourgeois seuls de Paris, par lettres patentes du roi Charles V, du 9 août 1371. (1) |
Les armoiries devenues marque de noblesse héréditaire durent nécessairement tenter la vanité de beaucoup de personnes; aussi, les rois de France furent-ils obligés, à plusieurs reprises, de lancer des édits contre les usurpateurs, et afin d'empêcher l’usurpation destitreset des armoiries, ils créèrentdes rois d'armesdont les placesétaient alors très-impor-
(1) Il ne faudrait point s'imaginer que toute personne qui a des armoiries est noble. Les armoiries étaient une marque de distinction, mais n'impliquaient nullement la noblesse, qui ne pouvait s’obtenir que par des lettres patentes du roi ou par l’exercicede certaines charges, et encore pour ces dernières fallait-il remplir toutes les conditions exigées par les édits et arrêts du souverain. Le livre que je publie aujourd'hui n’est donc point un nobiliaire mais un armorial.
tantes, et sous leur autorité des hérauts et poursuivants d'armes pour les provinces dont ils prenaient le nom. Ces officiers étaient chargés de tenir chacun des registres de toutes les familles nobles et de leurs armoiries blasonnées, et ils faisaient de temps en temps dans les provinces des visites quiles mettaient à même de renouveler et d'augmenter leurs registres. EL
Charles VIII, dans le but d'établir un meilleur ordre, créa par lettres patentes du 17 juin 1487, un maréchal d'armes et nomma à cette emploi Gilbert Chauveau, dit Bourbon, héraut d'armes du duc de Bourbonnais et d'Auvergne, connétable de France, à qui il donna le pouvoir de faire peindre les armoiries de tous les princes, ducs, comtes, barons, châtelains, seigneurs et autres nobles du royaume, et de mettre leurs noms en forme de catalogue, chacun selon son degré et sa prééminence. Ces catalogues, quelqu'imparfaits qu'ils fussent, ne laissèrent pas d'avoir leur utilité et furent généralement en usage jusqu'au règne de Henri III. C’est à dater de cette époque que commencèrent les premiers désordres (1).
(1)Si la manie nobiliaire a été grande aux siècles passés, on peut dire sans crainte aussi qu'elle n’a pas diminué de nos jours. Ce composé de deux lettres que l'onappelle particule, a fait tourner bien destêtes, a fait faire bien des sottises, a rendu bien des gens malades. Triste maladie qui n'est pas prête à disparaître et qui durera sans doute aussi longtemps que le monde. C'est à qui se fera appeler Monsieur de ci où Monsieur de là ; on allonge son nom, et pour peu que l'on sache une famille noble avant la même dénomination que soi, ce qui eat très-
La guerre civile amène la licence, la noblesse est confondue avec le peuple. Henri III, périt au milieu des troubles. Henri IV, qui lui succède, meurt aussi au moment où 1l allait rendre peut-être la monarchie plus glorieuse que jamais. De ce moment le désordre ne fit que s’accroître.
commun pour un grand nombre denoms, on se dit descendant de cette famille. Mon parent le marquis ou le comte un tel. On fait faire sa généalogie, ce qui n’est point difficile, le nombre des fabricants en est assez considérable aujourd'hui. Ce n'est qu'une affaire d'argent, on vous en mettra plus ou moins suivant que vous voudrez plus ou moins dépenser : ces Messieurs sont très-accommodants. L'un se fait descendre impunément de Marcus Valerius Corvinus et fait signer sa généalogie par un soi disant baron de B°* ; un autre veut avoir pour ancêtres les anciens comtes de Flandres et ies empereurs de Constantinople. C'est à qui remontera le plus loin, à qui mentira avec le plus d’audace; et au milieu de tout cela combien en trouvez-vous qui puissent vous montrer le moindre titre? Ils sont plus pauvres que Job; ils parlent beaucoup de leur noblesse et ils ne peuvent d'aucune manière la prouver, et quand on pense combien de ces gens-là sont si dépourvus de sentiments nobles, on ne peut se lasser de gémir sur tant d'aberrations. Quelle sotte manie de ne se croire jamais assez noble ! Si l'on voulait bien réfléchir un tant soit peu au dernier épisode de la vie, on serait beaucoup moins fier , on se conduirait un peu mieux et l'on acquerrait ainsi la première detoutes les noblesses, celle des sentiments. Vous vous dites gentilhomme, Monsieur de Petit Jean? Tout doux ! Allez moins vite, et ne profanez pas ainsi un titre qui n'appartient qu'à l’ancienne noblesse et que nos rois eux-mêmes étaient fiers de porter.
Le siècle est malade, très-malade ; à tout prix il faut des titres et des décorations. On veut être chevalier d’un ordre quelconque. J'en connais qui se sont fait recevoir chevalier de Saint-Jean de Jérusalem et qui ne pourraient prouver un seul quartier de noblesse.
Mais puisque nous avons parlé de quartier, supposons qu'on veuille remonter toujours en arrière, comme le nombre des aïeux se double à chaque génération, en commençant par ceux du père et de la mère
Ce ne fut qu'en 1614, qu'ons’occupa sérieusement à en arrêter les progrès. Le corps de la noblesse assemblé à Paris pour la tenue des Etats généraux, réprésentaentre autres choses, au roi Louis XIII (4), « que les armoiries étant une distinction attachée » aux familles nobles et dont le légitime usage ne » peut venir que de la naissance ou de la permis- » sion du souverain, les usurpations qu’en faisaient chaque jour les roturiers devaient être réprimées; » et il supplia Sa Majesté, « de créer en titre d'office un. juge d'armes qui dressât un re-