III. ORNEMENTS EXTÉRIEURS DE L’ÉCU
Les ornements, qui ne font pas partie intégrante de l’écu, puisqu’ils peuvent être supprimés, par exemple sur de petites matrices, méritent toutefois qu’il soit donné sur la plupart d’entre eux des explications techniques, archéologiques, héraldiques ou historiques. En blasonnant les armes d’un prélat, nous n’indiquerons que rarement la disposition de ces ornements extérieurs qui, nous le répétons, ne constituent pas ses armes proprement dites. Ils peuvent en effet varier à l’infini, suivant, non pas toujours le goût du possesseur (souvent non consulté), mais l’usage de l’époque. Il faut bien se dire, quand
ORNEMENTS EXTÉRIEURS
on a à énoncer ou à reproduire l'armoirie d’un dignitaire de l'Eglise, qu'il est inutile de décrire ou de copier servilement certains de ces ornements extérieurs. 11 est toutefois des règles que l’on ne peut enfreindre, comme par exemple de diminuer ou d'augmenter les glands du chapeau, de donner une crosse à un cardinal non évêque ou à un protonotaire. Les paragraphes suivants feront connaître ces règles.
La forme de l'écu est absolument facultative. On peut conseiller d’employer le plus possible celle dite à la française, écu droit allongé ou carré long, le bas en forme d’accolade. La forme bouclier ou moyen âge « triangle équilatéral avec les côtés incurvés » (i) est gracieuse, mais elle nuit au placement des emblèmes posés en pointe. L'habitude de placer en sautoir sous l’écusson des branches de chêne, d’olivier ou de laurier ne fut qu’une mode chez les graveurs des deux premiers tiers du xix e siècle; on trouve cependant ces branches sous des écus prélatices dès 1640. Ils se copiaient les uns les autres, ayant au début voulu figurer par ces rameaux l’emblème de la force et de la paix, ce qui n'est pas l’apanage seulement de l'épiscopat.
§ 1. Couronne, Toque, Casque
Couronne. — On s’accorde généralement à dire que les évêques français sont les seuls à timbrer leur écu d’une couronne (a). Qui timbraient serait plus exact, car depuis quelques années il y a tendance à la supprimer. Nos évêques des missions Tont rarement prise.
Cet usage, qui ne date, croyons-nous, que du xvn® siècle, vient de ce qu’avant la Révolution la plupart des évêques étaient seigneurs temporels de fiefs plus ou moins importants (des duchés-pairies étaient attachés à de certains sièges); d’autres étaient princes, comtes ou barons. On comprend qu’ils aient posé sur leur écu des couronnes. Mais pourquoi leurs successeurs les ont-ils conservées après la Révolution, ou, pour parler plus exactement, les ont-ils reprises à la Restauration, car sous l’Empire ils ne le sommaient que des toques afférentes à leur dignité ? Usage simplement, répond-oji, et que n’excuse pas le titre de comte romain, accordé à quelques-uns d’entre eux (3). Du reste, c’est presque toujours la couronne ducale qui est usitée, à défaut de celle timbrant les armoiries paternelles des prélats s’ils en possèdent et que généralement ils conservent. Je ne connais qu’un exemple du tortil baronnial: il est posé sur l'écusson de Mgr Mando, évêque d'Angoulême. Serait-ce parce que les évêques de cette cité étaient jadis barons de la Paine, fief sis en la ville d’Angoulême ? Le blason de ce prélat représentant le Bon Pasteur, il ne devait pas avoir d’armoiries de famille.
i. Le Blason héraldique , Manuel nouveau , p. ao, par B. P. Gheusi (Norb. Lorédan), Paris, Firmin- Didot, 189a.
a. Les prince t»évéques de Trente, de Salzbourg, les évêques-coftites de Suse prennent la couronne, et à bon droit.
3. Il sortirait de notre cadre d’expliquer ces titres de comte romain , assistant au trône pontifical etc., accordés par le Saint-Siège k des évêques.
ARMORIAL DBS PRÉLATS
La Congrégation du Cérémonial avait décidé que le chapeau rouge devait être posé seul sur les écussons des cardinaux, parce que la dignité cardinalice prime toutes les autres. Innocent X, dans un bref de décembre 1644, a eu beau insister sur cette décision, conforme au serment que les cardinaux prêtent « juro... super expunctione coronarum a gentilitiis cardinalium insigniis seu armis », il n’en est pas toujours tenu compte (0. g. les cardinaux Morlot, de Croy, Régnier, de La Tour d’Auvergne, de Talleyrand, de Bonnechose. Pour ce dernier, le maître des cérémonies apostoliques fit effacer la couronne au panonceau placé sur son église cardinalice à Rome).
Toqjjb. — Sous l’Empire, les comtes-archevêques avaient leur écu surmonté € d’uno toque de velours noir, retroussée de contre-hermine, avec porteaigrette d’or et d’argent surmonté de cinq plumes et accompagné de quatre lambrequins, deux à dextre, deux à sénestre, les supérieurs d’or,' les autres d’argent. » Pour les barons-évêques « la toque de velours noir retroussée de contre-vair avec porte-aigrette en argent, surmonté de trois plumes et accompagné de deux lambrequins d’argent. » (1).
Les armoiries épiscopales de cette époque sont généralement si mal gravées que nous n'avons pu en donner de bonnes reproductions, où l’on aurait vu ce qui en était de ces toques couronnant l'écu.
Casque. — Quelques prélats ont conservé le heaume ou casque. Sur les armes de Mgr Croizier, évêque de Rodez, il y a un casque, posé de profil, cresté d’une couronne comtale. Mgr Sallot de Brobèque timbre d’un casque cresti d'une couronne d’où émerge une mitre.
§ 2. Cimier
Le cimier est un attribut héraldique posé en dessus de l’écu, soit directement, soit sur un bourrelet aux émaux et métaux des armes (usage anglais), soit émergeant du heaume ou de la couronne. Sur le heaume, il le crête ou creste\ ou bien il le somme , si c’est une figure d’animal. Mgr Cruice, évêque de Marseille, a comme cimier un oiseau (grue?) Les abbés cisterciens réformés mettent souvent entre l’écu et le chapeau, en sorte de cimier, une couronne d’épines, le Cardinal Perraud la porte ; les vicaires apostoliques des Missions- Etrangères, le mouogramme de leur société. Le cimier des armes de Mgr Garrelon n’est autre que celui des Carmes, un dextrochère tenant une épée flamboyante. On remarquera celui du Cardinal Boyer, une croix dans une couronne ; celui de Mgr Scott, vrai crest anglais.
§ 3. Chapeau
Si de petits cachets de prélats portent parfois simplement un écu posé sur
z. Armorial du Premier Empire , par le vicomte Révérend, 1, xxvi.
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une croix, leur écusson, reproduit en impression, pourra ne pas être accompagné soit de la croix, soit de la crosse, soit de la devise, etc., mais le chapeau est obligatoire. Le chapeau, on le sait, est une marque d’honneur, un symbole de liberté et de franchise ; on imposait le chapeau aux esclaves en les affranchissant. Grand honneur c'était de se couvrir devant les rois de France et d'Espagne. Il parait donc utile d’entrer dans quelques détails à ce sujet, ajoutons même dans quelques discussions.
L’usage de timbrer les armoiries prélatices du chapeau date à peine de trois siècles Ces chapeaux prélatices ont de chaque côté des rangées de glands ou houppes, de différentes couleurs suivant les dignités, tombant alternativement en nombre impair et pair, et croissant d’un, à partir du haut. Comme on ne voit pas toujours coloriées les armoiries des prélats, il est bon, à la seule inspection du nombre des houppes du chapeau sur une empreinte unicolore, ou sur une sculpture, de comprendre à quelle catégorie ils appartiennent. Ces chapeaux sônt — si nous pouvons nous exprimer ainsi — des chapeaux d’honneur. On les a, mais on ne les porte que très rarement, par exemple sur la cappa et lors de l’intronisation. Ceux dont on se sert sont noirs, avec cordon, souvent terminés derrière par une rangée de petites houppes non tombantes et dont le nombre varie, le tout aux couleurs exigées.
Il ne nous paraît pas très régulier de timbrer un écusson d’abbaye d’un chapeau, comme le sont, par exemple, les armoiries de la Trappe de Bellefontaine ou de l’abbaye de Beauchêne.
Chapeau des Cardinaux. — Il est tout rouge, avec cinq rangs de houppes, dont les glands sont posés un, deux, trois, quatre, cinq, ce qui fait quinze de chaque côté. (Quand on énumère les glands de chapeaux prélatices, on ne compte que ceux d’un côté.) Ce nombre est irrévocablement fixé depuis un décret de la Cérémoniale du 9 février (aliàs 14 avril) 1832, confirmant l’usage établi depuis Pie VII.
Auparavant le nombre était indéterminé. C’est ainsi que sur le tombeau du cardinal d’Albret, mort en 1470, placé dans Ara-Cœli à Rome, j’ai vu dernièrement dix glands à son chapeau, et le même nombre sur une autre tombe dans l’église de Saint-Pierre-in-Vincoli. Celui de Mgr Gualterio, évêque d’Imola en 1727, en avait vingt et un (6 rangs de houppes). Comme on est loin du cardinal Bulcano-Marino, mort en 1403, ne portant qu’un gland ; du cardinal d’Eston, inhumé en 1397, en ayant trois sur un seul rang 1 Ainsi que le dit Mgr Battandier ( Annuaire pontifical de 1902), dans un curieux article avec figures sur les armoiries ecclésiastiques : « l’immense majorité des cardinaux se contentait (autrefois) des trois glands, disposés un et trois ». Aujourd’hui de simples camériers en habit violet en veulent six I
Chapeau des Archevêques. — Les archevêques ont le chapeau et les houppes de couleur verte, celles-ci en quatre rangées avec un, deux, trois, quatre ; au total, dix glands. Il y a trois sortes de chapeaux pour les archevêques et les évêques. Je me permets d’avancer la chose, car elle ressort de plusieurs ou*
vrages que j’ai consultés. i° Le chapeau ci-dessus décrit; a 0 celui cité dans le Cérémonial des Evêques : feutre noir, dessous vert, cordon et glands verts et or ; 3° le chapeau usuel noir avec cordon terminé derrière par de petites houppes, le tout vert et or.
D’après Mgr Barbier, les primats et les patriarches, dont le chapeau est semblable à ceux des archevêques, n’ont droit, comme eux, qu’à dix glands. Cependant on remarquera, au cours de notre ouvrage, plusieurs écussons de métropolitains timbrés du chapeau aux quinze glands cardinalices. Les archevêques de Toulouse disent qu’ils agissent ainsi vu leur qualité de primats de la Gaule narbonnaise. On devrait faire connaître les décrets de la Congrégation du Cérémonial sanctionnant cet usage.
Mais quelle raison pouvaient bien invoquer pour mettre quinze glands à leur chapeau NN. SS. Sibour et Darboy, archevêques de Paris ? Celle de sénateurs? — Et Mgr Mélizan, simple archevêque à Ceylan ? — Et Mgr Bernadou, de Sens, avant d’être cardinal? Celle de primât? (Titre très contesté). — Et Mgr Lacroix d'Azolette, archevêque d’Auch, t Mgr Guilloux, archevêque de Port-au-Prince, et d’autres encore ?
Chapeau des Évêques. — Chez les évêques l’usurpation est encore plus fréquente. Leurs chapeaux sont semblables à ceux des archevêques, sauf que leur chapeau de ville ne doit pas avoir d’or mêlé au cordon vert (i), sauf aussi qu ils n'ont droit qu’à six glands, sur trois rangs, un, deux et trois. Il serait trop long de citer tous ceux qui d’eux-mêmes ont pris, ou se sont laissé donner, les dix glands archiépiscopaux. Au hasard notons : NN. SS. Guillemin, évêque titulaire de Cybista, simple préfet apostolique de Canton ; Foulquier, évêque de Mende ; Tanoux, évêque nommé de la Martinique ; Dabert, évêque de Périgueux (parce qu’il eut le pallium réservé de droit aux archevêques ?).
Dans Y Annuaire pontifical de 1902, à la page 378, Mgr Battandier raconte, à propos des dix glands au chapeau des évêques de Marseille, une assez suggestive histoire. Le chapeau sur les armoiries épiscopales est, avons-nous dit, d’usage relativement récent, puisque c’est seulement au commencement du xvn® siècle que les évêques de France et d’Europe se mirent à l’unisson des cardinaux, en timbrant, comme eux, leur écu du chaipeau à trois rangs de houppes. Ceux de Marseille agirent de même. Mais en 1680, Mgr d’Etampes, sans raison plausible, prit quatre rangées de houppes, en même temps quê la couronne ducale ; ses successeurs firent de même. Et voilà comment « cette
modification va faire loi pour le diocèse de Marseille Un prélat prend tel
ou tel insigne, auquel il n’avait pas droit ; son successeur l’imite, puis l’usage
1. A dire vrai, cette question de couleur et d'or aux chapeaux épiscopaux n’est pas très clairement établie. Il n'y a pas d’unité. Ce qui est incontestable c'est que le chapeau avec scs glands, qui surmonte les armoiries, ne doit pas avoir d'or. Voici du reste ce que nous a écrit Mgr Battandier : « Le chapeau vert des évêques sans or est relui de cérémonie qui se met sur la cappa ; c'est dans le Cérémonial des évêques . Celui qu'ils portent en ville est noir avec cordons verts, et pour les archevêques, verts et or. Sur leurs armes le vert ne doit pas être mêlé d’or, ce à quoi on manque souvent. »
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s’établit, et, la coutume venant brocher sur le tout, ce qui a été au commencement une vraie usurpation est défendu avec acharnement comme un droit. C’est ainsi que se font ce qu’on appelle les privilèges du siège. » Très juste !
Chapeau des Abbés, des Prélats divers. — On verra, dans la seconde partie, la classification hiérarchique de ces dignitaires.
Les Abbés y dits mitris y ont l.e chapeau noir et les glands pareils. Autrefois. ils ne portaient que deux rangs de houppes, c’est-à-dire trois glands, 2 et 1. Ils devraient bien conserver cet usage, d’après l’avis de Mgr Barbier de Montault, auquel je me rangerais volontiers pour les raisons exposées plus bas, si Rome n’était d’une [opinion contraire. Cependant le Di\ionario / ecclesiastico illustrato , par Cecaroni (1897), donne, page 483, tout italien qu’il soit, raison à l’usage français. Les Abbés portent donc maintenant six glands. Ne voit-on pas du reste, en 1743, Domde Benoit, abbé bénédictin de Lérins, avoir trois rangs de houppes à son chapeau?
Les Protonotaires ad instar (les seuls dont nous ayons à nous occuper) ont le chapeau violet et six glands roses, qui d’après la coutume romaine sont rouges. (11 n’est plus d'usage de relier les glands entre eux par de petits cordons violets.) Ce qui le distingue aussi de celui des cardinaux, c’est qu’il ne peut avoir de l’or.
Nos traités de blason anciens et modernes n’accordent que trois glands aux protonotaires, la couleur de la houppe suffisant à les distinguer des autres prélats. Mais l’usage de Rome doit primer celui de France. On objecte du reste que, comme les Abbés, ils sont prélats di mantelletta (expression expliquée dans la seconde partie). Dans cette dernière catégorie rentrent les prélats appelés Auditeurs de Rote , Référendaires , Clercs de la Chambre , domestiques de S. S. etc. Le chapeau qui timbre leurs armes est violet avec six glands pareils (de chaque côté toujours). Autrefois eux aussi se contentaient de trois glands. Leur chapeau pontifical est en drap noir doublé de soie violette avec cordon de même.
Quant aux Camériers secrets et Camériers d'honneur (prélats di mantellonè ), leur chapeau est semblable au précédent, mais avec trois glands seulement. Mgr Battandier (qui rectifie quelques erreurs de Mgr Barbier) dit bien « qu’il leur est défendu de porter au chapeau un gland, cordon ou tout autre insigne violet » (1), mais il ajoute qu’on leur tolère cette couleur dans leur blason. D’autres auteurs vont plus loin, mais c’est une erreur, quand ils disent qu’en dehors de Rome, bas, cordons et boutons violets leur sont permis (2).
Je notais plus haut, à propos des évêques, une sorte de chapeau porté, dans l’habitude de la vie, par les prélats. Comme il ne timbre pas leurs armoiries, je n’entre pas dans des détails à son sujet, renvoyant ceux que cela peut intéresser à Y Annuaire pontifical de 1904, page 232, non sans faire observer que j’ai connu des évêques et des abbés mitrés ayant le galon vert et or. Je ne parle pas non