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PEIRESC

Au commencement du xvn* siècle, dans le fond de la province, la petite ville d'Aix devint en quelque sorte la métropole du monde savant, le foyer ou bouillonnaient toutes les idées, le centre d'où partaient toutes les initiatives scientifiques et littéraires.

II fut donné à un homme chétif, souffrant, et faible au point de plier sous son propre poids, de projeter sur son pays une telle gloire par la beauté de son caractère et ja puissance de ion esprit.

Cet homme était Nicolas -Claude Fabri de Peiresc (i). Il naquit à Beaugensier, en Provence, d'une ancienne famille originaire de Pise, le 1" décembre i58o, et mourut le 24 juin 1637, âgé de 56 ans.

Jamais enfant ne promit plus et ne tint davantage. Sa singulière faculté d'assimilation épouvantait ses professeurs. Il voulait tout connaître, et plus tard il connut tout : histoire, politique, législation, mathématiques, philosophie, sciences physiques et naturelles, beaux-arts, en un mot le domaine entier du savoir humain fut exploré, parcouru et augmenté par lui.

Tout jeune, une médaille antique lui tombe entre les mains : ce fut une révélation. Dès ce moment il rompt avec l'enfance : c'est un homme.

A vingt ans il est tellement connu, que les vieux docteurs le prennent pour juge dans les discussions scientifiques qui surgissent entre eux.

Possédé de cette curiosité qui est 1 "âme des découvertes, ses classes finies, il se met à voyager : il veut voir, et voir c'est avoir.

Il va dans toutes les capitales; va partout ou les sciences sont honorées, partout où l'esprit est en travail, partout ou l'homme lutte, partout où il cherche à s'élever au-dessus de son enveloppe contingente. Tous les travailleurs sont ses amis; la pensée pour

( 1 ) Nom d'une terre dans la» montagne» d u chef de la mère.

lui n'a pas de circonscription géogra phique :

Tl est concitoyen de tout homme qui pense.

Comme s'il pressentait que sa vie sera courte, désormais il ne s'arrêtera plus, plus que pour mourir.

A proprement parler, il ne produit pas, il fait produire. C'est* lui le pionnier, le mineur; c'est lui qui fouille, qui cherche et qui trouve; c'est lui qui fournit les idées; c'est lui qui excite les savants, les tient en éveil et leur souffle à chacun sur le front la passion qui l'embrase et le transforme.

Ainsi que Diderot plus tard, Peiresc collabore à tous les ouvrages, si opposés qu'ils soient par leur objet, réchauffe de sa verve brûlante les œuvres de ses amis, et l'oublie à l'instant.

C'est lui qui est le protecteur-né de la science, qui non-seulement soutient de ses propres deniers savants, écrivains, artistes, mais les aide en leur livrant à discrétion, avec oe désintéressement inné qui le caractérise, toutes ses richesses bibliographiques et tous les trésors de son immense érudition.

« Ce grand fauteur des hommes de lettres (1)0 ne voit qu'une chose : la vérité ; et il se multiplie pour la trouver. Dans ce but il n'épargne rien :

voyages, dépenses, soins, veilles, démarches, sollicitations, tous les moyens possibles sont employés; il prête ses livres ou plutôt les donne, — en fait de livres prêter c'est donner; — renouvelle à cause de cela cinq ou six fois sa bibliothèque et ne s'en plaint pas ; au contraire, il se réjouit des œuvres que

(i) Naudé, Àfascurat, p. r38.

BJBUOPHILE. 1 57

ses conseils et ses longs sacrifices ont pu faire éclore.

Que sa griffe y soit ou non, que lui importe! La vérité n'y a-t-elle pas gagné ? Voilà sa récompense : il est presque reconnaissant de ce qu'on a bien vouly accepter ses services.

Toujours sur la brèche, le jour, la nuit, sans trêve, sans repos, un certain je ne sais quoi vient-il tout à coup illuminer son large front, il l'écrira à Lyon, à Venise, à Paris, à Berlin, à Rome, à Saint-Pétersbourg, à Amsterdam, à Athènes, à Constantinople, sous des formes diverses, avec des vues particulières et se rattachant toujours entre elles dans la même unité.

L'Europe ne suffit pas à sa merveilleuse fécondité épistolaire. Il adresse ses lettres longues, serrées,, pleines de faits curieux, d'aperçus nouveaux, de réflexions profondes sur toutes sortes de sujets, dans le Levant, aux Etats ! barbaresques et jusqu'à la Mongolie.

C'est dans ces lettres qu'il jette comme en passant, au courant de la plume, sans se détourner, les germes de ces grands principes que plus tard d'autres s'attribueront.

C'est là qu'il déploie toutes les ressources de son imagination et de son étonnante activité intellectuelle ; qu'il soulèvera les questions les plus heureuses et les plus fécondes, et qu'il résoudra en même temps les problèmes les plus ardus et les plus imponants.

Les hautes spéculations scientifiques, littéraires , . morales et même sociales dont il entretient le monde ne lui feront pas cependant oublier son pays.

Sans cesser sa correspondance et ses

travaux particuliers, sans nuire aux fonctions de sa charge, à bâtons rompus, comme délassement, il rassemble avec sa pénétration habituelle tous les monuments authentiques, tels que testaments, contrats de mariage, transactions, patronages, privilèges, statuts, tombeaux, épitaphes, tableaux, armoiries, médailles, cachets concernant sa chère Provence ; dresse la généalogie de toute la noblesse d'après les actes et les blasons; établit avec soin la suite des évêoues, des abbés, des hommes illustres et des troubadours; collige antiquités, lois, finances, économie générale et particulière, justice, mœurs, habitudes, langues, enfin tout ce qui peut de près ou de loin jeter un rayon de lumière sur cette antique province, si fertile d'ailleurs en souvenirs historiques.

Sa bibliothèque, malgré les prêts, malgré les dons, s'augmente toujours :

les livres sont des outils. Peiresc se procure tous les manuscrits qu'il peut, et fait transcrire pour lui et pour les autres ceux qu'il ne peut s'approprier.

Il se fait envoyer tous les ouvrages qu'émettent les imprimeries les plus célèbres de l'Europe, écréme les collections en vente, ramasse les catalogues des amateurs les plus connus et constitue ainsi une bibliothèque qui dans sa spécialité passait pour unique.

Ses livres étaient proprement et simplement reliés, a Proprement et simplement, » notez ces deux points-ci.

Quoique aimant le beau sous toutes ses manifestations, jamais en fait de livres la forme ne" l'emporta sur le fond. Peiresc lisait, et lisait beaucoup. On ne lit pas les volumes si richement habillés : on les contemple. Contempler c'est bien, mais cela ne pouvait

! lui suffire. Après le plaisir des yeux, i la glorification de l'esprit.

Moins comme embellissement que pour faire acte de possession, Peiresc timbre ses livres de son chiffre dont nous avons trouvé deux modèles f celui-ci

et celui-là

formés tous deux des lettres grecques N K 4>, initiales de ses nom et prénoms, qu'il signait ainsi sur le titre de ses volumes

NixoXa'uç KXauitoç 4>a5pbctoç

En bibliophile érudit, Peiresc couvrait littéralement de notes les marges de ses livres et recherchait avec ardeur

ceux qui contenaient les réflexions des savants auxquels ils avaient appartenu.

Un homme doué comme Tétait Peiresc ne pouvait guère rester indifférent aux magnificences de l'art (f ).

La peinture l'exalta au point qu'il eût volontiers abandonné deux doigts de sa main gauche pour que de sa main droite il pût habilement manier un pinceau (2).

Aussi son cabinet ne le cédait-il en rien à sa bibliothèque par la beauté, le choix et la rareté des sujets.

Il avait rassemblé un grand nombre de toiles, d'estampes et de gravures des meilleurs maîtres ; et soit pour entretenir ces monuments, soit pour l'aider dans ses recherches artistiques, il eut constamment près de lui pendant de longues années trois artistes à ses frais.

Le vestibule de sa maison d'Aix, le jardin et autres endroits étaient remplis de statues et de bas-reliefs.

Les appartements intérieurs renfermaient une multitude d'objets antiques, tels que médailles (3), vases, armes et bijoux de tout genre et de toute nature.

A sa mort, ces précieuses collections furent dispersées.

Sauf cent volumes à choisir, légués par Peiresc à Gassendi, son aiqi et son biographe, la bibliothèque tout entière fut acquise par le collège de Navarre à Paris.

(1) Il était à cet égard d'une sensibilité telle, qu'au dire de Gassendi , étant paralysé de la langue, il recouvra subitement l'usage de la parole, par le plaisir que lui fit éprouver l'harmonie d'une romance chantée devant lui.

(2) Requise, Vie de Peiresc.

(3) Peiresc avait dressé lui-même un Catalogue de ses médailles, qui fut perdu.

La plupart des médailles et autres pièces antiques passèrent à la Bibliothèque de Sainte-Geneviève; et le P. Dumoulinet en donna vers 1692 une description raison née.

Quant aux manuscrits, que la propre nièce de Peiresc détruisit en partie (1), on en trouve : à la Bibliothèque Nationale, quatorze vol. in-fol., dont dix de correspondance ; à Aix, quatorze vol., dont la table a été donnée par M. Giraud dans sa Notice sur Fabrot ; à Montpellier, deux vol. in-fol. ; à Nîmes, à Avignon, un certain nombre parmi ceux de Sé^uier et de Calvet; à Carpentras, quatre-vingt-six vol. infol., dont dix de correspondance. Le British Muséum possède, fonds Hans Sloane , n° 767 , un catalogue de 700 manuscrits environ ayant appartenu à Peiresc (2).

Plusieurs de ces manuscrits ont été publiés soit séparément, soit dans des publications périodiques, savoir :

i° Quarante-huit lettres en italien de i6o5 à 1623 adressées à Paul et J.-B. Gualdo, insérées dans les Lettere (Tuomini illustri. Venise^ 1744, in-8.

20 Quelques-unes mêlées parmi celles de Cambden. Londres, 1691, in-4.

3° Deux lettres sur le Pentateuque samaritain dans les Antiquités de l'Eglise orientale de Richard Simon.

40 Lettre oU Peiresc rend compte à" son frère de la visite que lui fait le car-

(1) Elle avait deux chambres pleines des lettres de son oncle. Ménagère économe, elle les employait en guise de combustible. Menagiana, 1762, t. I, p. 1,2.

(2) La liste des manuscrits de Peiresc a été dressée par Desmolets dans le t. II de sa Btbliothëque des manuscrits.

IÔO AkMORIAL DU

dinal Barberïni, in-8, i3 p. On y trouve une idée des richesses de son cabinet.

5° Huit lettres à Scaliger suivies d'une lettre latine de Brutius sur la colonne Trajane, 36 p.

69 Lettres au prieur Borelli, possesseur d'un beau cabinet à Aix, 23 p.

7* Correspondance de Peiresc avec Th. d'Arcos, comprise fcn deux recueils séparés, l'un de 56 p., l'autre de 21 1 (i).

8° Lettres d' Holstenius publiées par Boissonadeen 1817.

90 Correspondance de Peiresc avec Aléandre dans les Annales encyclopédiques et tirée à part à 100 exempl.

Paris, 1819, in-8, 116 p.

io° Lettres de Malherbe, par l'éditeur Biaise, en 1822, in-8.

1 1° Enfin celles de Rubens, par Gachard. Bruxelles, 1839, in-8.

Les plus importants manuscrits de Peiresc sont :

i° Une Histoire de la Gaule Narbonnaise.

2° Mémoires sur l'origine des familles nobles de Provence.

3° Des Matériaux pour l'histoire générale du temps et des documents pour l'histoire générale de la France.

40 Un Traité des œuvres bizarres de la nature.

5° Un Recueil des auteurs grecs et latins sur les poids et mesures.

6° Des Inscriptions anciennes et nouvelles; des Eloges et des Epi taphes. 7P Un Recueil de Nummis Grasco-

(x) Les numéros 4-7 ont été publiés eu 1816 par Fauris de Saint- Vincens, après avoir paru dans le Magasin encyclopédique.

rum, Romanorum et Judaeoium ; Tractatus de monetis, etc. (1).

8° Des Remarques et un Index des livres sur les langues orientales»

Peiresc est sans contredit Tune des plus belles intelligences dont puisse s'enorgueillir un pays, et restera en même temps le type le plus pur et le plus élevé du savant, du lettré et du bibliophile.

Son extérieur n'avait rien de bien remarquable. La longue courbure de son nez d'aigle et sa barbe hirsute lai donnaient une certaine gravité maladive que tempérait toutefois la douceur infinie de son œil d'azur. L'ensemble de sa personne, pleine de simplicité et d'abandon, respirait ce calme, cette sérénité intime de l'homme qui comprend et pratique ses devoirs.

« Toutes les vertus des temps héa roïques, dit Balzac, s'étoient reti- « rées en cette belle âme. La corrup- « tion universelle ne pouvoit rien sur « sa bonne constitution, et le mal qui « le touchoit ne le souilloit pas. Sa « générosité n'a été ni bornée par la a mer, ni enfermée en deçà des Alpes : « elle a semé ses faveurs et ses cource toisies de tous côtés ; elle a reçu des « remercîments des extrémités de la a Syrie, et du sommet même du Lia ban. Dans une fortune médiocre il « avoit les pensées d'un grand sei- <t gneur, et, sans l'amitié d'Auguste, « il ne laissait pas d'être Mécène (2). »

Suivant l'usage académique, Balzac

(1) Ce manuscrit, en deux volumes in-foJ., a passé successivement du cabinet de Boze (n« 2193) à celui de Cotte (n° 2258), et de la bibliothèque de Van Oamme (n* 1286) dans celle de M. le baron de Westreenen de Tiellandt, où il était en 1818.

(2) Lettres, édit. de Hollande, p. 48.

AltUORIAL DU BIBLIOPHILE.

ne manque pas de comparer Peiresc à Mécène : c'était de rigueur.

Il y a loin pourtant de ■ cet abyme de sawir (i) » à ce sceptique insouciant et léger, de ce philosophe sévère à cet épicurien couronné des roses de Sybaris, du citoyen moral et chaste à cet élégant débauché, de cette âme rière à ce complaisant servile, de cet esprit mâle à ce caractère tout trempé des mollesses ioniennes.

Et puis l'austère Provençal ne relevait que de sa conscience, l'Etrusque voluptueux agissait sous l'oeil du maître.

« Rien que pour arrondir sa phrase, dit Courier, Plutarque aurait fait gagner la bataille de Pharsale à Pompée!»

iJSous ce rapport, les académiciens sont un peu comme Plutarque.

PET AU (Paul), conseiller au Parlement de Paris, né en 1 568, mort en i6i3.

Ecartelé : au Ji et 4, à"a%ur, à 3 roses d'argent, au chef d'or chargé d'une aigle issante éployée de sait) Naudi-, MatOavt, p. i38

ble-, au 2 et 3, d'argent, à la croix pattée de gueules.

Devise: Non est mortalequod opto.

Chiffre

formé des lettres P. E. T. A. V.

Paul Pétau commença cette bibliothèque, si estimée des savants contemporains. On y trouvait plus de mille ( 1 manuscrits français et latins, dont la majeure partie provenait des précieux cabinets de Claude Fauchet, de Pierre Daniel et de Saint-André.

Cet amateur avait aussi formé un riche cabinet de médailles que Peiresc, en 1 6o5 , avec sa générosité habituelle, augmenta encore d'un grand nombre de pièces concernant nos rois de la r" et de la 2«race(a).

Paul laissa tous ses trésors bibliographiques et numismatiques à son Sis Alexandre

(ij Riqum, fiist. de tarie de Peirtsc, p. 83.

(3) Ibid.

l6î AHMOHIAL PU

PÉTAU, qui lui succéda dans sa charge de conseiller a la même cour et dans ses goûts de curieux et d'amateur.

Celui-ci entretint la bibliothèque paternelle avec autant de zèle que de savoir, et l'enrichit encore de productions importantes et rares.

A sa mort, les manuscrits furent acquis par la reine Christine, qui les légua au Vatican (i).

Quant aux imprimés, aussi très-remarquables, oh les vendît à La Haye, en 1722, avec ceux de François Mansard. '

Beaucoup d'ouvrages de la collection Pétau sont entrés depuis dans les diverses Bibliothèques de Paris, et notamment dans la Bibliothèque Nationale.

Alexandre portait comme Paul et conserva le même chiffre.

Bibliotheca Petaviana et Mansartiana, ou Catalogue des bibliothèques de feu MM. Alexandre Pétau, conseiller au Parlement de Paris, et François Mansart, intendant des bâtiments de France, auxquelles on a joint le cabinet considérable de manuscrits du fameux Justus Lipsius. — La Haye, A. de Hondt, 1722, in-8.

PETIT DE VILLENEUVE (l'abbé Joseph - François), mort conseiller clerc au Parlementde Paris en 171 1.

Devise : Moribus antiquis.

Par cette devise l'on distingue les volumes du père de ceux du fils.

(1} lis n'y entrèrent cependant pas tous, car nous trouvons :

1° Dans la Bibl. Roy. de Copenhague :

Chronique de France. Manuscrit în-fol. sur t& in, avec cette mention : Pa. Pttau, Cont.

Paie d'argent et d a\ur de 6 pièces, au chevron d'or chargé en cime d'un écusson d'azur à lajleur de lys

PHÉLYPEAUX (Louis), seigneur de la Vrillièrej conseiller d'État. Il avait été nommé prévôt, commandeur et grand-maître des ordres du

1* Dans la Bibl. Roy. de Slockolm : Jura et inttittita Nortnanniir. Manuscrit du un' siècle, iccom pagne" de cette note : Alexanier, Failli fiHus, Petavius senator Pariimuis.

An 00 1647.

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