Armorial du Bourbonnais
«1 'ouvrage que nous publions aujourd'hui est un |Ç Armoriai et non un Nobiliaire. Que Ton n'y cherche donc pas l'appréciation de la posi- ^ tion aristocratique des familles^ et que l'on ne s'étonne point d'y trouver des armes boui^eoises. Notre seul but a été de décrire sans distinction toutes les armoiries du Bourbonnais^ afin de donner le moyen d'attribuer les emblèmes héraldiques qui peuvent se rencontrer dans cette province.
Le blason ne peut plus être considéré comme un attentat contre les droits de l'homme et du citoyen^ ni même comme un frivole passe-temps de la vanité; cette
II I.MRODUCTlOiN.
science a maintenant sa place marquée parmi les connaissances nécessaires aux personnes qui s'occupent d'archéologie et d'histoire, aussi ne craignons-nous pas d'affirmer que des armoriaux bien faits seraient des travaux d'un grand secours dans les études qui ont le moyen-âge pour objet.
Bien pénétré de cette idée , nous avons publié dans le temps l'Armoriai du Nivernais, et nous donnons aujourd'hui celui du Bourbonnais. Loin de nous la prétention d'avoir complètement atteint le but que nous nous étions proposé, mais, si nous n'avons pas réussi, ce n'est du moins pas faute de consciencieuses études, de recherches longues et patientes.
« L'Armoriai » se compose de quatre parties : la première renferme la description des armoiries des Sires et des Ducs de Bourbon, et de celles de leurs femmes; nous avons cru devoir y joindre les blasons des maisons souveraines et princières qui, issues de nos Ducs, appartiennent au Bourbonnais par leur origine.
Dans la seconde partie , nous donnons les armes des Évéques de Moulins et celles des Communautés religieuses.
Dans la troisième, sont décrites les armes des Villes et des Corporations Isaques.
Enfin la quatrième , beaucoup plus étendue , est consacrée aux Familles nobles et bourgeoises qui ont eu un blason régulier : chaque article donnant les noms des fiefs possédés par les familles, l'indication des chàtellenies dans
INTRODUCTION. Il|
la circonscription desquelles se trouvaient ces fiefs^ et l'énumération des ouvrages et documents consultés.
A la suite de T Armoriai^ se trouve un Dictionnaire héraldique^ dont nous allons essayer de démontrer l'utilité. La plupart des armoriaux^ destinés à donner les blasons de familles connues^ sont rangés par ordre alphabétic[ue^ comme celui que nous publions aujourd'hui; les recherches dirigées dans ce but sont d'une solution trèsprompte et très-facile ; mais^ dans les études archéologiques , le problème est renversé : l'armoirie étant connue, il s'agit de retrouver la famille; il faut donc parcourir tout l'ouvrage, sans même être sûr de trouver le blason cherché, car il peut appartenir à une famille étrangère au pays. Nous avons souvent nous-méme été victime de cet inconvénient. Prenant donc pour modèle l'excellent « Dictionnaire héraldique » de M. Charles Grandmaison, nous avons résolu de faire suivre l'Armoriai d'un petit dictionnaire dans lequel les noms des Ducs, des communautés et des familles sont groupés à la suite de l'indication alphabétique des pièces de leur écu. Il nous a semblé que cet appendice faciliterait singulièrement les recherches, en restreignant le champ dans lequel elles auraient à s'exercer.
Un Dictionnaire bibliographique de tous les ouvrages , manuscrits et documents cités par nous, termine le volume; au moyen de ce supplément, nous pouvons décliner toute res[>onsabilité, renvoyant aux auteurs qui font autorité en pareille matière.
I^TIlODl■CTIO^.
INos planches sont dues au talent de M. Joanny Séon, jeune graveur de Lyon de beaucoup de mérite; elles ont été dessinées, autant que possible, d'après des types de la fin du XV" siècle ou des premières années du XVI", sans tenir aucun compte des règles posées par les héraldistes modernes, r^les dont l'introduction n'est nullement molivée par le blason ancien.
Nous avons r^retté de ne pouvoir donner place dans notre livre à quelques familles qui , établies dans le Boiu*bonnais depuis le commencement de ce siècle , y ont conquis une haute position justement méritée ; mais on comprendra qu'il nous fallait une limite fixe , et la Révolution de 1789 en était une toute naturelle. Si donc nous avons donné des armoiries de l'Empire et de la Restauration, c'est que les familles auxquelles ces armoiries ont été concédées, appartenaient déjà à la province au XVIII* siècle.
Terminons en sollicitant l'indulgence de nos lecteurs pour les erreurs et les omissions qui, on le comprendra, ne peuvent guère, malgré tout le soin possible, ne pas se trouver en assez grand nombre dans notre ouvrage.
SinES DE BOURBON.
E Bourbonnais, dont Bourbon-l'Archambaud fut d'abord la capitale, et ensuite Moulins, était borné au Nord par le Nivernais et le Berry, au Sud par l'Auvergne, à l'Est par la Bourgogne et le Forez, à l'Ouest par le
l ARMORIAL
Berry. Sous l'empire d'Honorius, il était compris pour la plus grande partie dans la première Aquitaine. Au X" siècle, il était dans la mouvance immédiate de la Couronne, et était compté pour Tune des trois principales baronnies du Royaume (1).
La Sirerie de Bourbon n'eut d'autres armes que celles de ses premiers seigneurs, que nous décrirons plus loin.
AIMAR ou ADÉMAR, fils de Dibelong ou Nivelon II, est regardé comme la tige des seigneurs de Bourbon. Il fonda 1^ prieuré de Souvigny l'an 921.
Femme : Ermengarde.
GUY, que l'on présume frère d'Aimar, s'intitule Comte d« Bourbon dans un acte du 26 mars 936.
AIMON r, fils aîné d'Aimar.
Femme : Aldesiisde.
ARCHAMBAUD P', second fils d'Aimon P' et d'Aldesinde, mentionné en 959. C'est de lui que le château de Bourbon prit son nom de Bourbon-l'Archambaud.
Femme : Rotilde.
ARCHAMBAUD II, fils d'Archambaud Y" selon quelques
[\\ « Art de vérifier les dates ». C'est d'après cet ouvrage que nous donnons la suite des sires et des ducs de Bourbon.
DC BOCIBOlSNAïa. 3
auteurs, et, selon d'autres, son petit-fils, par Eudes son père, est mentionné en 990 et 1018.
Femme : Ermengarde, fille d'Herbert, sire de Sully.
ARCHAMBAUD III, surnommé du Mo>tet (de Monticulo), fils d'Archambaud II et d'Ermengarde de Sully, mort vers 1064.
Femmes : 1* Deaurate; 2^ Agnès.
ARCHAMBAUD IV, dit Le Fort, fils d'Archambaud III et de Deaurate, mort le 16 juillet 1078.
Fenmie : Philippe, fille de Guillaume V, comte d'Auvergne.
ARCHAMBAUD V, fils aîné d'Archambaud IV et de Philippe d'Auvergne, mort en 1096.
Femme : Lccqce, qui se remaria à Alard Guillebaud, seigneur de La Roche.
AIMON II et ARCHAMBAUD VI. Aimon, surnommé Vaire- Vache, second fils d'Archambaud IV et de Philippe d'Auvergne, usurpa le Bourbonnais jusqu'en 1114 ou 1 1 15, sur son neveu, Archambaud VI, qui mourut sans enfants vers 1116. Aimon rentra alors en possession du Bourbonnais.
Femme d'Aimon II : Aldesinde, fille unique de Guillaume de Nevers, comte de Tonnerre.
ARCHAMBAUD VII, fils d'Aimon II et d'Aldesinde de Nevers, mort en 1 1 7 1 .
Femme : Agnès de Savoie (1), sœur d'Adélaïde, femme de Louis-Ie-Gros.
D'or, au lion de gueules, à Forle de huit coquilles ^azur. — PI. I.
Histoire des grands officiers de la Couronne.
Le monument le plus important et peut-être le plus ancien où ces armes se trouvent figurées, est Técu d'un personnage de la famille des sires de Bourbon, dont la statue tombale se voit encore dans Téglise de Tancienne abbaye de Bellaigue, près de Montaigu-en-Combraille. Cette statue offre la représentation d'un chevalier en costume militaire du XIII* siècle, portant un bouclier de grande dimension, chargé d'un lion, de onze coquilles en orle, et peut-être d'une bordure. Il ne nous a pas été possible de découvrir le nom de ce personnage, qui appartenait certainement à l'une des branches cadettes delà première maison de Bourbon, dont l'histoire n'est point connue, et dont nous ne parlerons point.
L'abbaye de Bellaigue, de l'ordre de Ctteaux, avait été fondée, en \\2l^ ou W^^ grâce aux libéralités des sires de Bourbon et des sires de Montaigu. (Gallia Christiana).
ARCHAMBAUD VIII, fils miique d'Archambaud VII et d'Agnès de Savoie, mort en 1200.
Femme : Alix, fille d'Eudes II, duc de Bourgogne (2). Armoiries semblables.
(\) Be gueules, à la croix d'argent. C'est dans la seconde moitié du XII* siècle que l'on commence à trouver des armoiries; mous donnerons donc, d'après « l'Histoire des grands officiers de la Couronne », les blasons des alliances de la maison de Bourbon depuis cette époque. Ces blasons ne devant point être figurés dans nos planches seront décrits dans des notes.
(2) Bandé d'or et d'azur, à la bordure de gueules.
DU BODBBONNAI8.
MÂTHILDE ou MAHAUT, fiUe unique d'Archambaud VIII, épousa d'abord Gaccheb de Vienne, sire de Salins, de la maison des comtes de Bourgogne, dont elle fut séparée par le pape Calixte III, en 1195, parce qu'ils étaient parents au quatrième degré, puis, en 1196, Guy II de Dampieire, seigneur de Saint-Just et de Saint-Dizier (1), d'une illustre famille de Champagne, qui mourut en 1215.
Armoiries semblables.
ARCHAMBAUD IX, surnommé Le Grand, fils aîné de Guy de Dampierre et de Mathilde de Bourbon, succéda à sa mère à la baronie de Bourbon; il en prit le nom et les armes (1218-
Femme : Béatrix de Bourbon-Montlcçon (2) . Armoiries semblables.
{\) De gueules, à deux léopards d'or. Les sires de Bourbon issus de Guy de Dampierre, quittèrent le nom et le blason de leur famille paternelle, pour prendre ceux de la maison de Bourbon.
(2) B'ar, au lion de gueules, à Vorle de kuU coquilles d'azur.
La femme d*Archambaud IX est nommée Béatrix de Montluçon dans « THistoire des grands ofiQciers de la Couronne » et dans « TArt de vériûer les dates »; il est certain qu'elle appartenait à une branche de la maison de Bourbon, mais elle n'apporta point en dot à son mari la seigneurie de Montluçon, comme cela est rapporté dans tous les ouvrages qui ont traité de Thistoire des sires de Bourbon; M. Chazaud, archiTiste de TAllier, a bien touIu nous signaler une charte, conservée aux archives de TEmpire, qui prouve que la seigneurie de Montluçon fut donnée avec ses dépendances, en -1202, à Guy de Dampierre, par Philippe-Auguste.
6 ARMOBIAL
ARCHÂMBAUD X, dit Le Jeune, fils aîné d'Archamdaud IX et de Béatrix de Bourbon ( 1 242-1 249) .
Femme : Yolande de Ghatillon (1), qui fut héritière, après Gaucher de Châtillon son frère, mort sans enfants, par Guy comte de Saint-Paul, son père, des seigneuries de Montjay, de Thorigny et de Broigny, et par Agnès de Donzy, sa mère, des comtés de Nevers, d'Auxerre et de Tonnerre, ainsi que de la baronie de Donzy et de la seigneurie de Saint-Agnan.
Armoiries semblables.
MAHAUT, fille aînée d'Archambaud X- et d'Yolande de Châtillon, fut mariée à Eudes de Bourgogne (2), fils aîné du duc de Bourgogne Hugues lY ; elle eut trois filles dont aucune n'hérita de la sirerie de Bourbon (1 249-1 262) .
Armoiries semblables.
AGNÈS, seconde fille d'Archambaud X et d'Yolande, succéda à sa sœur; elle fut mariée deux fois : T à Jean de Bourgogne, seigneur de CharoUais (3), second fils du duc Hugues IV, mort au mois de janvier 1268; 2* à Robert II, comte d'Artois (4) (1262-1283).
Armoiries semblables.
(\ ) De gueules, à trois pals de vair, au chef d'or.
(2) Bandé d'or et d'azur, à la bordure engrelée de gueules,
(3) Bandé d'or et d'azur, à lu bordure engrelée de gueules, comme son père. (4} D'azur, semé de fleurs de lys d'or, au lambel de quatre pendants de gueules,
chaque pendant chargé de trois châteaux d'or.
Bl BOIRB0MSAI8.
BËATRIX , fille de Jean de Bourgogne et d'Agnès de Bourbon, porta la sirerie de Bourbon dans la maison de France par son mariage avec Robebt db France (1), comte de Clermont en Beauvoisis, sixième fils de Saint Louis, qu'elle épousa en 1272(1283-1310).
L'azur, semé de fleurs de lys «for, au bâton de gueules en bande brochant sur le tout.
■ L'Histoire des grands ofGcîers de la Couronne • donne à Etéalrix, hérilière de la ïirerie dit Bourbon , un écu écartelé de Bourgogne et de Bourbon; nous croyons que c'est une erreur, et que cette princesse ne porta januis que les annesde sa mère. Elle est figurée dans l'armoriai de Guillaume Revel, que nous aurons occasion de citer très-souTcut dans le cours de cet ouvrage, Têtue d'une robe rouge et or garnie d'hermioe, dont la partie inTérieuro offre MHi blason : parti d'aïur, semé de fleurs de lys d'or, au b&ton de gueules brochant SUT le tout; et d'or, au lion de gueules, à l'orle de huit coquiUes d'aïur. Cette figure a été reproduite dans > l'Ancien Bourbonnais *, mais on a omis les coquilles du blason de Bourbon-ancien qu'on voit sur le dessin original. A cAté de Béalrii, est représenté le comte de Clennont, son époux; ce prince est Têtu d'une longue robe d'aïur, semée de fleurs de lys d'or, au bAton de gueules brochant, bordée d'un riche galon orné de pierreries , et gamie d'une fourrure brune; sa tète est couTerte d'un chapeau de gueules rebrassé d'her-
\i) D'axur, semé de fleurs de lyt d'or, à la bande de gueuies brochant tur le tout.