‹ Armorial du Canada françaisChapitre 4 sur 78 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

de tous leurs biens et patrimoines seigneuriaux, mais les malheurs des guerres, les banqueroutes des maisons de commerce de France, ajoutés à des persécutions incessantes, contribuèrent à appauvrir notre noblesse et à la miner (1),

Plusieurs familles ne purent se perpétuer par défaut de rejetons mâles. Les titres s'effacèrent peu à peu et les noms mêmes se modifièrent à mesure que la démocratie gagna du terrain sur l'ancienne classe privilégiée. Enfin, en 1854, le Parlement canadien donna le coup de grâce au régime de féodalité.

Mais voilià que de nos jours un réveil patriotique remet en homieur plus d'un nom que l'on croyait à jamais disparu. L'étude de nos origines, de nos vieilles familles, de nos seigneuries et de nos paroisses, rappelle les souvenirs de nos plus pures gloires nationales. Il est impossible d'écrire ces monographies sans rendre à la noblesse canadienne le témoignage de gratitude auquel elle a droit. Tout ce qui touche à la mémoire de nos braves gentilhommes est donc d'un intérêt palpitant. C'est pourquoi MM. Massicotte et Eoy ont pensé rendre service aux futurs historiens en réunissant dans un ouvrage spécial les armoiries de nos personnages historiques.

Nous espérons que le public accueillera avec faveur ce premier volume de l'armoriai de la noblesse de la Nouvelle-France. Avec le temps, de nouveaux matériaux permettront de le compléter.

On imaginera difficilement la somme de travail qu'il a coûté, car il a fallu à ses auteurs compulser nos archives, nos histoires et la plupart des ouvrages spéciaux parus en France sur ce sujet.

On ne pouvait baser un travail sérieux sur la liste des armoiries publiées par l'abbé Daniel. Plusieurs des familles qu'elle mentionne portent des noms identiques, il est vrai, à ceux de nos familles canadiennes ; mais, comme il ne s'y trouve aucune indication pour prouver leur parenté avec les nôtres, cette liste perd beaucoup de sa valeur.

(1) Histoire des Seigneurs de la Rivière du Sud, pp. 320 à 344.

INTEODUCTIOX XI

La similitude des noms ne signifie rien, car, ainsi que le remarque d'Hozier, il se rencontre parfois des familles qui portent les mêmes noms et les mêmes armes et qui pourtant ne sont nullement apparentées. Bien plus, dans une même famille on voit diverses branches porter des armes complètement différentes. De là une grande difficulté.

Un mot, en terminant, sur les titres.

La qualification de très haut et très puissant seigneur n'appartient qu'aux princes royaux et aux gentilshommes dont les maisons eurent des alliances avec le sang royal.

Celle de haut et puissant seigneur était réservée aux nobles dont les titres remontaient au moins aux dix premières années du XVe siècle, et qui s'étaient illustrés par de grandes alliances, des services considérables et des emplois importants. Le titre de noble homme, d'après la coutume de Hainaut, était supérieur au titre d'écuyer. La taxe qu'elle attribuait au noble homme pour ses journées était plus forte que celle accordée à l'écuyer. " Le premier, dit LaEoque, a été de toute ancienneté beaucoup " plus considéré que l'autre . . . ".

D'après Loyseau, les plus honnêtes habitants des villes ayant pris le qualificatif de noble homme, ceux d'épée ont méprisé ce titre et ont préféré prendre celui d'écuyer.

Ce dernier titre appartenait à toute la noblesse. Cette appellation tenait son origine du fait que les nobles autrefois avaient l'habitude de porter dans les combats des écus marqués de leurs armes.

Le titre de chevalier s'accordait par lettres. La promotion à cette dignité donnait lieu à des solennités imposantes. Les nobles seuls pouvaient être chevaliers.

Le simple titre d'écuyer exemptait de la taille ou des impôts. Il donnait également droit au titulaire de prendre des armoiries.

Il y eut de tout temps des fonctions qui ne pouvaient s'allier

XII INTEODUCTION

à la noblesse. D'autres pouvaient s'exercer sans dérogeance ; telles : les professions libérales et même la culture de la terre; dans ce dernier cas le gentilhomme devait, cependant, travailler pour son propre compte et pour son utilité personnelle.

Par un édit du mois d'août 1667, le commerce maritime fut permis à la noblesse et le commerce de gros par un autre édit de l'année 1701.

Une étude impartiale de la noblesse servirait à dissiper bien des nuages sur les siècles déjà loin où elle fleurissait. Des historiens ont exalté les beautés du régime féodal, d'autres l'ont attaqué avec fureur. Si les premiers ont donné des louanges parfois exagérées à la féodalité, les seconds, ceux du XVIIe siècle principalement ont popularisé contre elle les calomnies les plus absurdes. La féodalité était un système politique, une forme de gouvernement. Comme toutes les constitutions, elle avait du bon et du mauvais ... Ce système avait ses abus. Quel est celui qui n'en a pas ? " Les peuples comme les individus ont les défauts de leur âge. Eu grandissant ils changent, mais ils ne s'en dépouillent jamais. . .(1)."

Abbé A. CouiLLARD Després,

(1) L'Ahhé Darras.

OUYKAGES CONSULTES XIIT

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