INTRODUCTION IX
de comté de Saint-Laurent, et la baronnie des Islets, qui devint comté d'Orsainville, en faveur de Jean Talon.
Xous devons ajouter que le Canada reçut un grand nombre de barons, de comtes et de marquis, lesquels, pour n'avoir pas obtenu de fiefs de dignité, n'ont pas moins contribué à rehausser l'éclat de la noblesse par la gloire attachée à leurs noms (1).
La noblesse canadienne exerça une influence considérable 'Sur notre pays. Les familles qui la composaient étaient nombreuses. Plusieurs de leurs membres furent officiers dans nos troupes ou fonctionnaires publics. Ces hommes ont rendu d'éminents services, mais le plus important fut, sans contredit, celui de la colonisation. Ils ne rougissaient pas de prendre dans leurs mains les instruments du laboureur. De bonne heure on apprenait aux fils de nobles familles à conduire la charrue; et ils s'acquittaient de cette tâche avec une dextérité égale à celle qu'ils montraient sur les champs de bataille en maniant le sabre ou le fusil.
Xos gentilhommes étaient tour à tour laboureurs et soldats. Ils ne ménagèrent pas leur sang ; aux heures du danger, ils défendirent avec un héroïsme sublime la patrie canadienne.
La prise du Canada par l'Angleterre porta un coup terrible à la noblesse. Les fonctionnaires, gouverneurs, intendants et autres, repassèrent en France ainsi que leurs familles.
En 1763, une nouvelle émigration affaiblit encore le groupe de la noblesse. Il resta cependant au Canada plus de cent vingt familles nobles. L'émigration ne fut donc pas aussi considérable qu'on l'a cru d'abord. Nous avons indiqué ailleurs les noms de ces familles qui résidaient au pays en 1767 (2).
Après le traité de paix, la noblesse canadienne perdit beaucoup de son prestige. Les coutumes françaises avaient été garanties aux vaincus ainsi que la libre jouissance, par les nobles,
( 1 ) La première marquise canadienne fut Délie Geneviève Macard, fille de Nicolas Macard et de Marguerite Couillard. Elle épousa Charles d'Aloigny, marquis de la Grois.
(2) Histoire des Seigneurs de la Rivière du Sud, p. 294 et suivantes.