PL. V
marque d'autorité ( 1 ) A Aussi comme signe de liberté acquise (2). C'est h ces titres réunis que parait dû le choix de ce symbole kt le premier exemple se voit dans un missel conservé à la Bibliothèque publique (3) et qui parait Tune des plus anciennes autorités que Ton puisse invoquer touchant nos armoiries ; ce missel offre sur le même folio , et peinte côte ï côte avec la Clef et r\îgle, la Croix d'azur en champ de pourpre (4), en-
(i)Natalis de Wailly, Éléments de paléogr., t. II, p. 77. Voy. aussi JR^/igue d^ Antoine de la Paye à François de Sales, 1603, p. 122.
(2) Menestrier^ Le véritable Art du blason, 1671, p. 312. Voy. encore Roset, Chronique de la noble et fameuse cité de Genève, liv. I, chap. Lxxxix. /
(3) Manuscrits latins, n*» 29.
(4) Cette Croix es.t en champ de pourpre au lieu d'être en champ d'argent; mais il est très-probable que l'ancienne couleur, altérée par le temps sur les vieux écussons, a été méconnue au quinzième siècle, lors de l'exécution de la peinture du missel. Le peu de durée de la couleur argentée qui y au bout d'un certain temps, devient grise ou purpurine (a), et Torigine moderne du pourpre, dont l'existence n'est mentionnée sur aucun ancien livre d'armoiries (h), semblent le prouver d'une manière irrécusable; de plus, l'ancien écusson communal de Génère devait porter^ h son origine, une couleur secondaire et non -seulement l'argent^ image de la lune, indique, suivant les hérauts d'armes, une puissance subalterne et dépendante (r.) , mais on observe que la couleur blancbe, qui compte aujourd'hui parmi les métaux, n'était anciennement qu'un émail qui occupait l'avant-dernier rang de nota) n y a à Genève d'anciens écussons où Targent est devenu presque noir;
tels étaient ceux de Florence dans Téglise de Saint-Pierre ; le père Menestrier ôte des exemples où l'argent a pris une teinte violette. Voy. L*Art dv blason mifi, p. Al et 64.
(b) L'Arbre des bataiUst ne compte que le gueules, l'azur et le sable au i^bre des émaux héraldiques. Un manuscrit de Tan 1400, cité dans l'ouvrage de Menestrier [voy. p. 47, et cliap. m], ajoute le sinople,mtâs ne parle P<>ûit du pourpre. Le gueules était encore quelquefois qualifié de pourpre au ^-septième siècle : la croix blanche est en champ de pourpre romain, dit Hnnibert Dv Fovr, en parlant de l'écu de Savoie, dans son épître dédicatoire du ^'om du calvinisme, Chambéry, iOll.
(c) Voy. le palais de Vhonnex^r, par le père Anselme, p. 35.
26 ARMORIAlp OEI^ETOIS.
tourée d'une filière de ioble engrelée d'or [pi. V, fig. Il] (1). Quelques faits de notre histoire montrent l'usage de la Croix dans certains cas, où ceux qui s'en servaient soutenaient d'une manière toute particulière les intérêts de la Communauté. Ainsi, pendant la guerre de 1530, les Genevois, joints à leurs alliés de Berne et de Fribourg, portaient pour devise de guerre celte Croix cousue sur leurs habits et répétée sur l'estomach et derrière les épaules (2) ; antérieurement , les premiers partisans de l'alliance des Suisses avaient |)oi«r signaU ditRosel (3), vne Croix taillée à leur pourpoint , et les anciens Genevois qui, du temps de Calvin, s'opposèrent avec tant d'énergie et si peu de bonheur
blesse (a). Il y a entre les armes de Savoie, d'azur à la croix d'argent, et celles de Genève ancienne, d'argent à la croix d'azur, une similitude dont il est difficile de découvrir la véritable cause, qui peut être une protestation d'indépendance de la part de la Communauté yis-k-vis de la Savoie, ou bien un souvenir de Talliance qui, en 1291, unit, au préjudice de la souveraineté épiscopalo, les citoyens avec le comte de Savoie.
(1) Senebier est le premier qui ait entrevu, quoique d'une manière un peu vague , les rapports de la Croix du missel avec les armoiries de Genève; voici ses expressions, en parlant de cette peinture, dans son Catalogue raisonné des manuscrits de la Bibliothèque, p. 111 : c On a mis au bas de la page une grande croix bleue, dans une autre « croix pointe en couleur brune très-foncée et rapprochée du violet. Ne < serait-ce point la couleur des armoiries de la ville de Genève qu'on « s'est proposé d'y placer? *
(2) Voy. Jeanne de Jussie, Levain du calvinisme, p. 19. A la même époque, quelques soldats genevois portaient sur leur équipement la Croix de Savoie, placée de travers en manière d'insulte; car Balard nous apprend dans son journal que, le 1 5 mars 1 5219, les ambassadeurs suisses s'étant rendus h Gaillard pour prier le châtelain de cesser ses hostilités, ils ne trouvèrent que «le capitayne lequel tenant fort sa gravité et orgueil respondit quil y avoyt aucuns de ceulx de Genève lesquelz alloycnt sur leur terre portans croyx blanches en leurs abis a mode de derrision de travers laquelle chose ne voulloyent soufTrir ny endurer. 9
(3) Chroniques de Genhe, liv. I, chap. lxxxix.
(a) Arbre dês batailles, § cxxxiii.
QX prétentions politiques de leur nouveau chef« portaient cnore pour signe de ralliement Tancienne Croix de Genève (1). En 1557, le 13 octobre, on publia dans les carrefours de la elle une ordonnance du Petit-Conseil , portant tque la devise le Genève est la croix blanche, comme les Suisses, que TécWpe sera noire et les croisons blancs dessus. » Il y avait, daos cet arrêté, et liaison avec nos combourgeois suisses et tra« JilioD de Vancienne armoirie de Genève.
Depuis l'adoption de la Clef et l'Aigle, la Croix servit de con- Irescel au nouvel écusson ; c'est pourquoi on la trouve an revers de la plupart des monnaies frappées depuis la Réformalion jusqu'à la fin du dix-builième siècle ; ce sont ces monnaies qui DOQS fournissent Texemple le plus fréquent du complément de nos armoiries , qui déjà avait place sur celles frappées par les érèques de Genève (2).
En 1536, une belle pièce, probablement un quart ou trois deniers [pi. XIII, fig. 6] , présente une Croix feuilles avec le monogramme de Jésus en cœur, symbolique image de la crucifixion; les mots, MIHI • SESE • FLECTET- OMNE • GNV- (Tmd genou se fléchira devant moi) sont écrits autour de cette Croix, qui est l'un des monuments les plus intéressants des premères années de la Réforme genevoise (3). Cette empreinte est unique , on retrouve, à la vérité, la Croix
(i) Roset^ Chroniques de Genhe, lir. V, chap. xix.
(2) Ce fait est remarquable si od le rapproche de la participation âes citoyens à la frappe des monnaies de Genève avant la Réforme. Quelques épîscopales sont gravées dans l'Histoire de Genève de Spon, ÙilioQ in-4% 1 730, 1. 1, p. 2164, et dans la Revue numismatique de ^U\, p. 394. Malheureusemenl ces figures laissent beaucoup h dési- ^r; en parlant des monnaies de nos évêques (tiv. lY, chap. ii), nous donnerons les plus intéressantes.
(3) On peut juger des modifications apportées h la Réforme par ^ivin en comparant le monument de 1536 avec les expressions des ïiommes do son école, qui ne craignaient point de qualifier l'imago dm ^ Croix do reste de l'idolâtrie papistique.
28 ARMORIAL GEKEYOIS.
feuiiiée soit dans un denier d'une époque contemporaine [pi. XIII, fig. 5] (1), soit sur quelques trois- quarts du dixbuitième siècle (2) , mais le passage important de 1536 ne fut jamais reproduit.
La Croix à fourchette [pi. V, fig. 1-5] se trouve , avec plusieurs variantes , sur les testons , les demis et quarts de testons. On la rencontre également sur de nombreuses pièces frappées jusqu'au dix-septième siècle, telles que les sols et les gringallets [fig. 1 et 5] ; en parlant du Soleil , nous avons étudié une variante de son rayonnement qui l'assimile en quelque sorte à la Croix dont nous nous occupons (3). Quelques petites pièces de billon, probablement des mailles ou forts [pi. XIII, fig. 2] , reproduisent la Croix |)a^^e des monnaies épiscopales. On retrouve cette Croix , mais svelte et traversant la légende , sur la plupart des parpaillots [pi. V, fig. 6] ; sur les mêmes pièces , au millésime de 1678 , elle est restreinte dans le champ ; sur un neufdeniers de 1708 elle est plus courte encore; cet exemple [fig. 7] présente la Croix vidée et cernée par le quatre feuilles de la figure précédente. La Croix à balustre est celle dont l'emploi a persisté le plus longtemps , car les trois-sols de 1791 [fig. 12], qui furent les dernières pièces croisées, la présentent ainsi (4).
En examinant nos monnaies , on est frappé de cette variété
(1) Médailler de M. le docteur Ch. Coindet.
(2) Ces trois- quarts ou neuf-deniers portent la Croix feuiiiée et wdée, chargée en cœur du nom de Jésus [pi. V, fig. 13]. Un sol six deniers de 1766 présente une croix à fleurons^ dont la forme est fort altérée et qui peut être classée avec la Croix vidée. [Voy. fig. 10.]
(3) La Croix à fourchette flamboyante , formée par la réunion des rayons du soleil en quatre gerbes, expliquerait fort bien, à elle seule, la présence des diverses Croix sur nos monnaies, si Ton n'avait pas, soit par le missel que nous avons cité, soit par d'autres monuments, la preuve que la Croix fait partie intégrante des armoiries de Genève.
(4) La Croix h balustre, anglée de flammes, se voit sur les dix-huitdeniers ou six-quarts du dix-septième siècle.
de formes dans la Croix , et Ton est tenté de se demander si celle Croix est véritablement one annoirie, mais nous rappelleroDsqoe Ton attachait peu d'importance anciennement à certains détails dans les meubles des écussons et que, pour des mpnnaies soQTent de grandeur et de poids trop semblables pour l'usage ordinaire , on fut conduit à varier les empreintes autant qu'on poQvaât le faire ; ainsi la Croix , entourée d'un quatre feuilles poorles traU-sols [voy. pi. V, fig. 8 et 10], et cercelée [voy. % 15] pour les sûr-so/s, était simple pour les petites pièces: debillon et pour celles d'ai^ent qui ne pouvaient pas être confondues avec ces dernières.
n est k remarquer que , par suite de la disposition adoptée poorles légendes des monnaies, c'est toujours sur la face où la Croix se trouve que se lit la devise , Post tenebras lux.
De ce que nous avons dit touchant les monnaies, il ne faudrait pas conclure que les croix des revers soient toujours des annoiries (1); ce serait s'exposer à de grandes méprises; nous avons seulement voulu constater sur celles de notre ville l'emploi de la Croix de Genève , dont Tusage ne se borna point h ce de monuments , car les anciens drapeaux de la Républioffrent aussi cet insigne ; dans ceux que Ton conserve à l'Arsenal il en est dont le drap, tantôt rouge, tantôt flammé de sable et de gueules [pi. VI, n^4 et 3] porte une Croix d'or; l'étendard de la Remasse, dont nous avons parlé, offre aussi une croix, de même qu'nne bannière faite pendant que Pierre Van* W était capitaine-général, c'est-à-dire de 1535 à 1537. Ce fcpeau est semblable au n® 4, à cette différence près que, dans chacQD des cantons de la Croix on voit un van à vanner le blé, ÎDslrument qui rappelle les armoiries de la famille Vandel ou Vandelys, qui avait pour armes* un van et trois /7eur5 de lys (2).
(1) Depuis Cbarlemagne les princes chrétiens ont presque tous empreint la croix au revers de leurs monnaies. (^) Il est possible que la disposition en croix ait quelquefois été tdop-
AU dix-septième siècle, l'usage de la Croix cessa sur les bannières ; celles de Villmergen présentent la Clef et l'Aigle dans un soleil placé sur une bande d'azur. Ces derniers drapeaux, dont l'un porte en devise, PATRIiE ET AMICIS (1), et l'autre, VTROQ. POTIOR (2), sont ceux des troupes genevoises qui, en 1712, combattirent si bien k Villmergen que le général Frisching, qui avait assisté à la bataille, écrivait : Ceux de Genève ont combattu en lions ; on leur doit la gloire de la journée, peu s'en faut, tout entière (3).
A leur retour, les compagnies furent passées en revue à Plainpalais, et leurs glorieux drapeaux appendus dans l'Arsenal. Quelque temps après , des médailles commémorât ives en or et en argent furent distribuées aux chefs qui avaient fait partie de cette expédition (4).
tée pour les drapeaux^ en souvenir du labarum de Constantin ; cependant, si cela a eu lieu, les exemples en sont rares. Voy. Wappen desi heiligen Rômischen Reichs ; les bannières représentées dans cet ouvrage ne sont jamais disposées en croix , lorsque colle-ci ne se trouve pas dans récusson.
(1) A la Patrie et aux Amis.
(2) Préférable à Tun et h Tautro.
(3) On trouve diverses pièces relatives à l'affaire de Villmergen dans les Fragments historiques de M. le baron de Grenus, t. II, p. 241 c Illustres et Magnifiques Seigneurs, écrivait à cette occasion le bailli de Morges aux syndics, j'ai l'honneur de féliciter Vos Seigneuries de la gloire immortelle quo leurs troupes ont acquise, tant h. l'affaire du pont de Seiss, qu'en la fameuse journée de Vilmergue, où les officiers
.et les soldats ont fait des actions de héros, qui ont mémo rejailli jusque sur le chef qui a eu le bonheur de les avoir sous son commande^ ment. 9
(4) On rencontre de ces médailles qui furent envoyées par la vill) de Berne dans plusieurs collections. D'un côté elles représentent un ours tenant dans ses pattes une épée avec deux couronnes de laurier, une corne d'abondance et cette devise, strenuis kilitibus, et de l'autre côté un trophée d'armes avec une pyramide entourée de lauriers, Técu de Berne, les armoiries des villes conquises et ces mots, victor. ^^