COMTES DE GENEVOIS
^s modifications des armoiries de l'illustre maison de Gee (1), qui a donné un pape k l'Église, plusieurs prélats et des joeurs distingués, sont peu connues ; on croit généralement iOes ont toujours été d'or à qiuitre points équipollez d'azur; endant, les monuments nous prouvent que cette noble fale, dont les premiers membres comptèrent, dit-on, h Ronaux parmi les paladins de Cliarlemagne (2), porta, k diverses Kjues, des écussons différents de celui-là.
}) La dénomination de Genève étant celle employée par les anciens Bumenls et par les branches modernes de la famille des comtes , "w l'avons employée préférablement à celle de Gefievois, créée par * susceptibilités politiques; nous servant toutefois de là dernière dans 'sles cas où le sens aurait pu ôtre obscurci par Taulre. (^) Voici la liste traditionnelle des premiers comtes de Genevois :
291 ARHORIAL GENEVOIS.
Le comte Âmcdée l^^ obtint, an milieu du douzième siècle, du due de Zàhringen la cession des droits de souveraineté que Tempereur, en accordant à ce dernier le vicariat impérial sur les évéchés de Sion , Lausanne et Genève , lui avait conférés; en reconnaissance de celte cession , la maison de Genève pril pour armoiries souveraines les armes mêmes de Zàhringen, une bande accompagnée de deux lions. Deux actes de l'année 1252, scellés par Rodolphe et conservés dans nos archives (1), montrent qu'à cette époque l'emploi de ces armoiries était encore en usage [pi. XLI, fig. 1] à la cour de Genevois, bien que la cause de leur admission n'existât plus; puisque, dès l'année 1162 (2), l'empereur Frédéric avait annulé l'aliénation faite par le duc de Zàhringen au comte de Genevois. Le sou* venir de ces anciennes armoiries a été perpétué dans les verrières de l'église de Brou, construite dans les premières années du seizième siècle par l'infortunée épouse de Philibert; ce dernier exemple nous montre que la bande et les lions étaient d'azur sur un champ d'argent.
Postérieurement à l'époque où les comtes abandonnèrent cet ^ écusson , l'on retrouve les lions de Zàhringen employés tanlôt comme supports, tantôt comme accompagnement de l'écu, placé au centre d'un quatre-feuilles dont chaque lobe est garni d'ooe tête de lion. Un sceau d'Âmédée III , appendu à un acte de 1337 (3), est un très-bel exemple de cette disposition. Dn ] sceau du même Amédée nous montre l'écusson de Genevois accosté par deux lions assis; l'acte auquel il est joint date de 1346 (4) ; sa légende est, f s. ame conte de ieneve [fig. ♦]•
Reinier, Olivier, qui avec (rois mille soldats accompagna Charlemagnfl à Roncevaux ; un comte dont le nom est inconnu et dont le fils Franiold régnait vers 840. (Lévrier, t. I, p. 28.)
(1) Puces hist., n^' 60 et 61.
(2) im., nM8.
(3) Ibid., n^ 222.
(4) Arch. de Genève, Pièces hist., n" 246.
PL. m
MAISON DE i;KNÈVK. 295
ne sujet fut employé par le comte Pierre eu 1392 (1); figuré sur le sceau d'Aymon , frère du comte llodol[)hr itre de l'Ëglise de Genève , appendu a l'acle de 1 252 is venons de citer, a probablement la même orip[ine. ; la Carte géographique des lùals de la mnis<m de Savoie, parBorgonio en 1680, le Genevois est encore désigné écusson écartelé de Zabringen et de Genevois n)odernc. ceau de Rodolphe a pour conlrescel un écusson irianguhiqueté de douze pièces (2); cesl là la véritable origine Ils équî polies de la maison de Genève, sceaux antérieurs à l'époque où vivait Rodolphe ne pors d'armoiries ; on en possède du comte Aymon 11, qui D 1124 (3); d'Humbert, en 1201 (i); de Guillaume K s dates de 120 i (5) et 1219 (6); enfin de Guillaume IF, 10 (7). Ces divers exemples sont privés d'emblèmes bées, ils portent seulement l'image du comte armé de pied et montant un coursier au galop, ut, k ce qu'il paraît, Amédée II qui, le premier, adopta )n moderne ; un acte de 1288 (8) le présente du moins D encadrement qu'entoure la légende, s. amede cmtis ŒNS... [fig. 3 (9)]. Le sceau secret du même prince, sur un acte daté de 1289, offre ces armes entourées
Ârcb. de Genève, Pièces his t. , n** 340.
PL XLI, fig- 2; légende, "l* secketvm . radvlfi . gfb .
Arch. de Genève, Pièces hist., n° 5.
îbid,, n° 37.
Ce sceau , relatif h un acle en faveur du prieuré de Chaînon ix
t nous devons la connaissance a M. Bonnefoi , de Snllanches ,
în légende, *j* sigill . wilesii . gebennensis .
Arch. de Genève, Pièces hist., n« 47.
Ibid.y no 53.
Ibid., no 103.
Suivant une gravure publiée dans les Sigilli de' Principi di Sa
un sceau d'Agnès de Savoie, fille d'Humbert de Savoie, et qui
aHumbert de Genève [1^20 ^ 1227], aurait porté en coniro-
de la légende, gretv . amed . comitis . gebe . (1). Dans
une transaction passée, en 1295 (2), à Lancy, entre le Chapitre cathédral de Genève et le comte, on voit, avec le sceau de 1288, celui d'Agnès son épouse, qui est de Châlons, parti de Genevois (3).
Le sceau dont se servait, en 1373 (4), Mathilde de Boulogne (5), veuve d'Auiédée III, et dans lequel on voit, à cause du veuvage de la conitesse, TécUwSson placé sur une quenouille, donne aux quatre points réunis la forme d'une croix , le point d'or central n'étant rappelé que par un vide beaucoup plus petit que les points d'angle ; c'est probablement un écusson de ce genre qui aura suggéré à Lévrier ses singulières hypothèses sur la prétendue signiGcation des armes de Genevois (6). Dans plusieurs actes datant de 1376 à 1382 (7), la même Mathilde fit usage d'un sceau parti au premier de Genevois et portant au
scel l'écu moderne de Genevois ; mais nous pelisons que cet écu, dont on ne possède qu'un fragment, portait les armes écbiquetées.
(1) Colleclion de M. Bonnefoi.
(2) Arch. de Genève, Pilces hist,, n® 134.
(3) Agnès de Ghâlons testa le 18 octobre 1350 et choisit sa sépulture dans réglise des Frères Mineurs de Genève» (Voy. Lévrier, ouvrage cité, t. I, p. 189.)
(4) Arch. de Genève, Pilces hist, n® 307.
(5) Ce fut en 1334, qu'Amédée III épousa Mathilde ou Mahaut d'Auvergne, dite de Boulogne, fille de Robert, comte d'Auvergne et de Boulogne, et de Marie de Flandre, sa seconde femme. (Voy. Lévrier, t. I, p. 209.)
(6) Dans l'ignorance de la véritable origine des armes de GeneToi» et confondant avec la croix les points équipollés et l'azur avec la pourpre. Lévrier s'efforce de voir, dans les armoiries du comté, un signe de sa dépendance de l'Église de Genève , ce qui est bien superflu vis-à-vis des arguments sans réplique que fournissent, en faveur de la souveraineté du siège épiscopal, les actes les plus authentiques, (yoj-f en particulier, les nombreux hommages des comtes aux évoques, conservés dans les archives de Genève.)
(7) Arch. de Genève, Pièces hi^L, n*» 313 et 327.
MAI80H DE GEMÈ^I. 297
second ud gonfanon à trois pointes (1). Dans le premier sceau l'écu, accompagna de deux lions « a un ange pour cimier (2); les anciens écus de Genevois proprement dits n'ont pas cet orncraenl; ce fut AmédéelII, créé prince de l'Empire par Charles IV, qui, le premier, plaça le casque et les lambrequins au-dessus de ses armes; ses monnaies (3) et les sceaux dont il fit usage (i) sont généralement pourvus de cet attribut [lig. 4]. Les écus coflronnés , tels que les donnent Guichenon et Lévrier , sont postérieurs k l'extinction du comté.
Les liens qui servent à réunir aux actes les sceaux de Gencvois sont souvent en parchemin, quelquefois en soie rouge, rouge et jaune, ou rouge, jaune et bleue ; on reconnaît dans ces trois couleurs celles de l'évêclié jointes à celles du comté. Quant aox sceaux, les plus anciens sont en matière grise ou en laque blonde; la cire d'Espagne, rouge ou verte, a été constamment employée depuis les premières années du quatorzième siècle.
Ea 1401 , le comté de Genevois, passé a la famille de Thoire deVillars (5) depuis la fin du quatorzième siècle, fut vendu à la maison de Savoie par le second titulaire, Odon de Villars (6). Dès lors, les comtes et les ducs de Savoie ajoutèrent à leurs ar>
(1) Une pierre écartelée aux armes de Boulogne et de Genevois , provenant sans doute du couvent de Rive, a été encastrée dans le raur intérieur de la maison n» 275, rue du Vieux-Collège.
(2) L'acte de 1376 émane de Pierre, qui le termine ainsi : * Datum snissy sub sigillo dne et matris me in abscnlia sigilli nro. >
(3) Yoy., sur les monnaies des comtes de Genevois, une lettre de M. F. Soret, insérée dans le 2* vol. des Mém, de la Soc, d'Hist, et ^ÂrchéoL de Genève, p. 400, et sur celles de Clément VIÏ, le A* 'ol. delà Revue numismatique, p. 264. Humbert de Villars, successeur des comtes, usa aussi du droit de battre monnaie. {^Chronol. dea comtes de Genevois^ t. I, p. 267.)
(4) Arch. de Genève, Pièces hist., n*» 246 et 284.
(5) Humbert de Villars, qui hérita du comté, était fils de Marie do ^«nève, sœur de Clément VII.
(6) Les armoiries des sires de Thoire-Villars sont, bandé d'or et
moiries la partition dor à quatre points d'azur. La famille de Genevois s'est éteinte en 1394, dans la personne de Robert, né en 1342, élevé au pontificat en 1378 et connu dans l'Histoire sous le nom de Cléraenl VIL Des faniilles issues de cette maison, celle de Genève-Boringe existe encore; celle de Genève- Lullin s'est éteinte en 1663, dans la personne d' Albert-Eugène de Genevois, marquis de Lullin et de Pontcalier, chevalier de Tordre de l'Annonciade et revêtu des charges les plus importantes à la cour de Savoie (1).
Sires de Cre^K.
Vers le milieu du douzième siècle, le pays de Gex (2) passa dans la maison de Genève par le mariage de Mathilde de Gex avec le comte Amédée I"; en 1155, ce dernier le donna en apanage a Amédée son fils, dont les descendants portèrent le titre de Sires de Gex, et conservèrent la souveraineté de celle contrée jusqu'au quatorzième siècle, époque où elle passa aai barons de Faucigny, qui en étaient suzerains (3) , puis de ces derniers aux comtes de Savoie.
L'étude des divers sceaux employés par les seigneurs de ce pays est assez intéressante; le plus ancien que nous possédions,
de gueules de six pihces; supports, deux sauvages tenant en main b bannière de Villars ; cimier, un taureau ailé d'or : cri, Villars.
(1) Les armes des maisons de Boringe et de Lullin sont celles d6 Genevois; la dernière prenait pour cimier une tête de bnfilo au naturel accolée et emmuselée d'or, avec la devise, apte non arête.
(2) Jaz, Jayz, Jay, Jaiz, Jais, Jez, Gais, Gaies, Ges, Gez, Gels, sont les diverses orthographes qui ont précédé celle actuelle.
(3) En 1278, Lionetle de Gex fit pour la terre de Gex reconnaissance de fief envers Béalrix de Faucigny, fille de Pierre de Savoie. Suivant Grille 1, la terre de Gex passa aux barons de Faucigny en sailô du mariage d'Éléonore de Faucigny avec Simon de Joinville-Gex.
PL. XUÏ.
81RB8 DB GEX. 29!)
ui de Simon de Joinville (1), qui, vers lâ50, épousa Liolle, fille d'Amédée H, seigneur de Gex, el qui fui le clief do maison de Joinville-Gex, est a[)|)on(lu sur des actes de 1201 1282(2); ce sceau [pi. XLII, lig. 1], (|ui porte en légende iinols, s siMONis : de ioirvile . dm de iay : re|)résenlc
seigneur armé de toutes pièces et chevauchant sur une monre caparaçonnée aux armes de Joinville, (|ui sont d'azur à mmorailles d'or (3) , au chef d'argent charyé d'un lion nais- ^i de gueules (4), couronné, lampaasé et armé d*or.
Ces armes, qui sont répétées sur le houclier du cavalier, furent felors celles de la seigneurie de Gex. Le contresccl de Simon, ui paraît être une intaille antique, figure un cheval, pcut-tMre iteléà un hige, et qu'un homme s'efforce de retenir; il porte 0 légende ces dqoIs, f sigillvm secreti mef.
Les sceaux de Lionelte (5) sont très-variés; l'un des plus
0)Juinville, Joynvile, Joiovillo ou Jonvillo; cetlo famille, l'une fisplus nobles de France, joua un rôle brillant a la cour dos anciens omtes de Champagne , pays d'où elle était originaire. Simon était fèredeJeau, sire de Joinville, sénéchal do Champagne, qui accom- ^gna saint Louis dans son expédition et qui on écrivit l'histoiie.
(2) Arch. de Genève, Pihes hist., n^» 71 el 94.
(3) Les morailles de Gex sont d'or, suivant le Blason des armoiries, feBara, 1581, p. ^8, et le Mercure héraldique, p. 407. Voy. aussi t^clionnairc généaL , herald,, etc., t. I, p. 341. Suivant quelques ^i^leurs, les morailles seraient liées d'argent; un livre do Reconnais- ^ncesde Tabbaye de Bonmont, daté do 1487 et conservé aux archives ^6 Lausanne, prouve que les morailles étaient d'or et liées d'or; c'est ^ même monument qui nous a fourni les détails particuliers du lion '6 Gex. On retrouve encore l'écusson de Gex sur la carte de Borgo- '^^l plus tard la tradition s'en perdit. Dans les verrières de l'église '®Brou, les armes de Gex sont surmontées do la couronne do baron.
(4) Vov. les verrières de l'église do Brou, lo Blason des armoiries, '^Bara, 1581, p- ^38, el le Dictionnaire généaL, herald., etc., au ^^i Joinville, etc.
(5) Lionèto, Liono, F^éonèlo ou Lconolto.
300 AAMORIAL GENEVOIS.
anciens, qui se voit b un acte de 1261 (1), figure deux médaillons circulaires, offrant, l'un un lion, l'autre un geai, allusioû aux noms de la noble dame qui avait apporté la baronnie pour dot à son époux ; ce sceau [fig. 2] porte en légende, f s a
DAME LIGNE DAME DE lAYZ.
Sur un acte de 1265 (2), Lionette a remplacé ce sceau par un autre que l'on retrouve en 1282 (3) ; sur ce dernier elle est figurée en pied, un geai sur le poing et tenant les armoiries seigneuriales; un second écusson, posé à sa droite, représente deui bars ou poissons adossés : ce sont très-probablement les armoiries de Bar-sur-»Aube, ancienne ville du Vallage, voisine de Joinville, et sur laquelle les seigneurs de ce dernier lieu avaient sans doute des droits : ce sceau , bien qu'il porte dans une légende très-lisible les mots, -J- sigillvm leonette domine de iay [fig. 3], est donné dans Y Histoire de Genève, de Spon, comme étant celui de Béatrix de Baugé, épouse d'Amédée II et mère de Lionette. La figure de cette dernière nous montre quel était, dans nos contrées, au milieu du treizième siècle, le costume des dames de qualité; le vêtement se compose d'une robe justaucorps, dont la grande longueur ne laisse apercevoir que l'extrémité de la chaussure, qui se termine en pointe ; et d'un riche surcot armorié à l'intérieur et couvrant les épaules ; la tête est coiffée d'une sorte de toque à laquelle est attaché un grand voile.
Le sceau de Pierre est tout à fait semblable à celui de Simon son père, seulement il porte en contrescel l'écusson ordinaire entouré d'une légende malheureusement si effacée que le mol lAis y est seul lisible (4).
A Pierre, quatrième seigneur, succéda Guillaume son frère,
(1) Arclî. de Genève, Pièces hisl., n" 71.
(2) Jbid., n° 77.
(3 et 4) Ihid., n'' 94.
SUIS DB GBX. 301
qui passa divers actes depuis J289 jusqu'à 1314 (1) ; le sceau de ce dernier [fig. 4] est appeudu à un acte en langue vulgaire passé le jour de la fête de Sainl-Clêinent, l'an 1293 (2) : il re« présente les armes de Gex, avec ces mots en légende, cest
MOVN SECBET.
Dans SOD Dictionnaire historique du Mont-Blanc et du Lémon (3), Grillet donne Simon de Joinville comme dernier seigneur de Gex ; c'est une grave erreur : non-seulement sa veuve et ses fils Pierre et Guillaume lui succédèrent, mais nous voyons de 1340 à 1345 (4), Hugard de Joinville, seigneur de Gex, passer de nombreux actes en cette qualité, et en 1352 Ëléonore de Joioville-Gex régnait encore. Il est probable que ce fut vers celte époque que la baronnie retourna h la maison de Faucigoj, mais ce fut pour peu de temps; car en 1354, les comtes de Savoie acquirent le pays de Gex sous la réserve de Tliommage !i la France, hommage dont ils se libérèrent par le traité de 1415, qui, par suite d'échange, leur en valut la souveraineté e&lière (5).