‹ Armorial genevoisChapitre 32 sur 216 · I. Dea Uniforflies · texte numérisé non relu

I. Dea Uniforflies

Nous avcms eu Toccasion de signaler les rapports qui existent «utre les armoiries genevoises et les uniformes militaires ; nous résumerons ce sujet en ajoutant quelques mots sur Torganisation des milices de Genève (I).

C'est dans les abbayes , confréries ou sociétés militaires du

(1) On comprend facilement que nous ne pouvons qu'effleurer ici ce sujets qui sera traité coniplétemeni dans un travail spécial que prépare, sur ^histoire des milices genevoises, un de nos savants concitojeni, M. le lieuienant^colonel Masses qui a bien voulu nous donner connaissance de son travail et nous autoriser à en citer quelques fragments.

ARUORIAL GENEVOIS.

moyen âge quil nous faut chercher les pren>îères milices de Genève. Avec l'origine de la Commune , c'csl-b-dire avec le treizième siècle, apparaît Y Abbaye de Monsieur Saint-Pierre (i), vaste association politique et militaire qui réunissait Télite de la jeunesse genevoise sous le patronage de l'apôtre prolecteur de la cité. La Noble Confrairie des Archiers de Monsieur Sainl-Sé-' bastien^ encore existante aujourd'hui dans la Société du Jeu de l'Arc, a une origine probablement plus ancienne que la précédente. Plus tard, les confréries des Arbalestiers, des Hacquebatiers et autres nous montrent la suite de cette ancienne organisation militaire, qui dura d'une manière effective jusque dans les premières années du seizième siècle. Aux mêmes époques, li police et la garde de la ville étaient conûées h des employés armés; durant le jour c'étaient les archers du Princc-Evêque, pendantla nuit les officiers des syndics qui remplissaient ce rôle, les pouvoirs s'élanl partagé la juridiction de la cité en deux parts ; et de ce que les officiers du peuple remplissaient leur charge du soir au matin ils prirent le nom de Guets, qu'ils conservèrent tant qu'ils furent chargés de la police nocturne^

Gomme on le voit, les homnoes d'armes genevois se divisaient ^ en deux camps, la Communauté avait ses guets soklés et son Abbaye de Saint-Pierre, le Prince ses gardes et les anciennes confréries qui , sans doute, formèrent les premières troupes de Genève.

Avec le commencement du seizième siècle apparaît une organisation toute différente, chaque jour la Communauté aug* mentait ses droits aux dépens de ceux de l'Êvéque; ponr.le»

(1) Cetto abbaye^ renoaveléeen juillet 1483, malgré l'opposition de révéque, abolie en octobre do la même annéo par le Conseil, fut rétablio en 1491, le 3 février, le Conseil des Cinquante approuva ses statuts, sous la réserve de la sanction épiscopale, et donna la garde d'uoe bannière h Fabbé; ces anciens statuts ont été imprimés dans un mé* moire de M. L. Sordet, intitulé : Des Abbayes ou Sociétés laïques it Genhe, inséré au commencement du tome IV des Mémoires de le Soe. d'ilisl, et d'ArchéoL de Genève,

UNIFORMES 311UTA1RE5. i)«)

Qler encore , ses conseils imaginèrent un remaniemenl

)t du système militaire, les anciennes confrérie^ ne sont

supprionées mais leur importance est considérablement

lée par la création de corps de milices tout a fait dis^

car ils sont sous les ordres immédiats de la Com-

et formés de tous les hommes en élat de porter len

(1). Vers 1527 la ville fut, sous le rapport militaire,

3en quatre quartiers (2), formés de la réunion des dizaines

ués et placées chacune sous le commandement d'un capi-

le dizenier était h la tète de sa dizaine, et un capitaine

ii(3), ebarge ancienne dans la république, forma le pouvoir

Tous les citoyens genevois étaient tenus d'être pourvus d*armes une époque fort ancienne; ce fut vers la fin du quinzième siècle Commune s'attribua le commandeinenl des forces militaires de I. Le ^6 février 1483, le Conseil général décida qu'à l'avenir ce entre les mains des syndics que les dizeniers et les centoniers aient serment d'obéissance et de fidélité. (Exlr. des Reg.') Reg., du ^6 mars 1528. Ces quartiers étaient au nombre de six )9et 1546. Yoiici leur division el le nom dés capitaines, eiçlrpits îgisire, du 11 août 1539.

Cappitaiene de la porte de Riue, N. Fran. Rossot.

, du Mollard> N. Eslienne Dadaz.

, St. Geruex, N. Claude Salaz.

, du Bourg de feur, N. Jo. Coquet.

» de Nostre Pâme du Pont (a), N. Eslienne Chap-i.

poauRouge.

, de la Juiry (b), N. Amy Bandicie.

, de l'arlhillierie, N. Amy Gervcx.

I L'office de capitaine-général fut supprimé en 1555 par ordre )nseil général , qui défendit, sous peine d'avoir la tê(e trancbée, oposer le rétablissement de cet office. (R^j.^ du 8 septembre.)

Ce quartier avait pris son nom d*une chapelle qui e^pstait autrefois au bas

Cité.

La Juiverie. Ce quartier comprenait les alentours de l'église de Saint-Ger- ; on voit, par les Registres du Conseil, qu'en 1-428 on obligea tous les juift retirer dai^ leur quartier ordinaire, proche la porte de Palais. Une bulle 41 nous montre également les juifs de Genève habitant la paroisse de Saint-, aio.

100 ARMORUL GENEVOIS.

supérieur du nouveau système. Besançon Hugues, qui remplissait cette charge importante, y fut confirmé par arrêté du Conseil , général en date du 15 juillet de cette année 1527. Cette confinna* tion de notre célèbre concitoyen n'est pas le seul argument qui indique la date ci-dessus comme étant celle du changement indiqué, Ton voit le même Conseil général augmenter le pouvoir des capitaines, banderets et dizeniers et imposer le port de Pépée à . tous les citoyens (1). Au mois d'août on acheta un grand nombre de piques, et en décembre plusieurs pièces d'artillerie furent , coulées ; enfin le 26 mars de Tannée suivante on délivra ani . quatre capitaines non- seulement des armes, mais encore m ^ aunes de taffetas pour chacun des drapeaux (2).

Celte nouvelle organisation ne fut pas reçue sans empêchement , de la part des Sociétés militaires, qui comprirent bien la dimi- , nution d'importance qui résulterait pour elles de l'adoption do , nouveau système; l'augmentation d'autorité donnée aux chefs, et ^ qui s'étendait jusqu'à pouvoir frapper les récalcitrants, se rap* ^ porte à cette opposition ; en 1 535 la fusion n'était point encore .. opérée , au mois d'octobre de celte année, les compagnons des Exercices firent , sans ordre donné , une escarmouche près do pont d'Ârve, ce qui donna lieu à l'ordre du jour du 10 décembre portant : que tous les citoyens doivent se retirer chacun sous son capitaine, lorsqu'on sonnera le tambour, à peine da gibet. [Reg. du Conseil.)

C'est aussi vers 1 527 que nous placerons l'origine des uniformes de nos milices bourgeoises. Tant que les hommes d'ar-*

(1) L'arrêté du Conseil présente quelques dispositions curieuses: il donne aux chefs lo pouvoir de frapper les soldats; il ordonne à chacun de fournir sa maison d'armes et de baculis defensilibus ; d*accourir ad sonum cimhali se ranger en armes sous son dizenier, à peine de trois* traits de corde^ et sous la même peine de ne point agir sans Tordre des commis du très-illustre seigneur évêque et de la cité. Les prêtres ne sont point exemptés du service et devaient, au premier coup d'alarme, se rendre armés chacun sous son dizenier.

(2) %., du 1ÎS juillet 1527 au 26 mars 1528,

UNIFORMES AilUTAlRKS . 101

mes élaieul bsrdés de fer ils n'eurent pas d^uniformes proprement dits, quoiqu'ils ne manquassent pas de signes de ralliement propres a prévenir les résultais de la confusion qui pouvait résulter de la variété des armures, mais lorsque ces pesantes carapaces furent abandonnées pour un équipement plus commode, l'on pensa aussi à donner aux soldats un accoutrement dont une partie au moins serait la même |)Our tous. On choisit pour être d'uniforme la saie ou casaque , espèce de surtout peu différent de nos paletots-sacs; pour les troupes de Genève ces casaques furent grises (1), plus tard on les doubla de rouge, on en retroussa les pans et le bout des manches pour en faire voir la doublure , telle fut l'origine du pourpoint , plus ou moins juste au corps, qui fut l'habit militaire en usage pour les troupes genevoises jusqu'en 1782 (2),

Les expressions qu'emploient les chroniqueurs qui écrivaient au commencement du seizième siècle, expressions dans lesquelles OD remarque l'indication de l'uniforme et un sentiment d'admiration pour l'effet qui en résulte, tendent a confirmer l'opinion que nous avons émise sur l'époque de son adoption pour les milices genevoises. Nous ne citerons à ce sujet qu'un passage de Bâtard qui écrivait peu après cette époque. « Le 5 mars 1531, dit-il dans son journal, les enfans de la cité de Geneue allèrent

(1) Dès le commencemcnl du siècle, on voit apparaître la casaque grise. cEn 1506, le duc de Savoie, Charles III, ayant guerre contre le Valais^ demanda secours à Genève et lui fut accordé cent vingt hommes de pied , auxquels fut élu, le 17 avril, pour capitaine le syndic Burdignin, auquel fut donné double gage et un saion de la devise de la ville, qui coûta vingt florins.» (Extrait des Registres du Conseil, par Noël.) Voy., sur la couleur de cette devise, le chapitre 4 du livre IIL Il ne faut pas confondre ce syndic de Burdignin avec celui du même nom, dont nous avons parlé (p. 41), et qui, en 1450, fut envoyé a» recours de la ville de Lausanne, alors en guerre avec les Fribourgeois. (Gaudy-Le Fort, Promenades historiques, p. 207.)

(2) Notice historique sur l'organisation des Milices de la République' àt Genhe, par M. le lieutenant-colonel Massé; msc.

102 4RM0RIAL GENEVOIS.

au devant des ambassadeurs des deux villes a ung quart de lieu loing tous habillez de luesmes armes soubz leurs casaques, les ung aquebutiers et les auhres lances gayes. Les faisant bon voir à chenal et à l'entré de la cité furent salués de Tartillerye. >

Vers la fin du seizième siècle on promulgua des lois importantes sur les milices genevoises. Nous extrayons les passages suivants de Pouvrage manuscrit de M. Massé, c Au mois de « septembre 1 574 fut décrétée une nouvelle organisation de^ c forces militaires soit Milices de la République, qui a subsisté c de longues années ou pour mieux dire fut la base de toutes les c lois et organisations militaires postérieures de la République c de Genève jusqu'à la fin de 1 798*

(< La classification par quartiers de la ville fut bien toujours « la base ^e celte nouvelle organisation, mais l'on adopta pour « chaque principale division une nouvelle dénomination, savoir « celle de Régiment. Ge changement fut sûrement de grande c importance et dut faire un grand effet b l'époque où il tf fut adopté; on ne peut point cependant trouver, ni dansies « histoires du temps m dan» les Registres de l'Etat, les moti£i <c qui l'amenèrent. Piobs^btement q\ie la dénomination de Ré-: <c giment avait prévalu dans les pays voisins , el qa^étant alors a de mode, on voulut la suivre également h Genève. Il parait,

< d'ailleurs, que comme il y avait déjà anciennement quatre c< capitaines particuliers , cette division resta la base des quatre « Régimenla; sans autre commentaire, on trouve au volume des «Registres d'Etat de 1574 et au mardi 21 septembre, le « tableap de Torganisallon nouvelle.

« Chaque Régiment comprenait ynç certaine ^tendue de la « ville, savoir une certaine quantité de quartiers adjacents.

< Chaque Régiment était composé de quatre Compagnies, fora mées des habitants des rues contiguës. Un certain nombre de (K dizaines étaient affectées à chaque compagnie. Tous les bour^ ^ g^eois en état de porter Içs armes furent aipsi répartis dspsi « ceg| quatre régiments*

c Chaque régiment était commandé par un Colonel el par un iLieotenant-Colonel , lesquels deux officiers étaient choisi^ (parmi les syndics et les membres du Petil-Conseil. Chaque «compagnie avait un Capitaine, un Lieutenant, un Enseigne, un (Lieotcoant d'enseigne, deux Sergents, quatre Caporaux e(un «nombre indéterminé de soldats. Les capitaines devaient être «pris parmi les membres du conseil des Deux-Cents. »

.Ces quatre régiments étaient répartis comme suit : Bourg- Je-Foor, Rive, porte Neuve el Saint-Gervais (1) ; jusqu'en 170i les hommes qui les composaient furent classés par corps de profession (2), ce qui donna lieu à la singulière réclamation du Sjpidic Amy Château-Neuf qui dit au Conseil, au sujet de la compagnie de son frère François : c Que les Seigneurs commis naienl inégalement distribué les hommes, lui ayant baillé SOQS loi tous les plus malotrus de la ville, assavoir tous labourears el pauvres gens , au lieu qu'on a baillé les braves aux antres capitaines (3). »

Depuis FËdit de 1574 jusqu'au commencement du dix^ lioltième siècle, il y cul p^u^ modifications dans l'oi^anisation <le la milice.

En 1589 (4) le Conseil rendit une ordonnance militaire revae en 1603 (5) et remarquable par la sévérité des prescriptions disciplinaires, dont on peut juger par les passages suivants :

Est défendu sus peine de la vie à tous soldats, tant de cbeual qwede pied, de n'abandonner leurs enseignes ny sortir de leur ^lig sans congé de leurs Capitaines.

(1) !?«^.> du 21 septembre 1574.

(2) Cette classification n'était pas nouvelle; le 19 octobre 1481, le ^nseil ordinaire arrêta que chaque métier aurait son capitaine, élu par ceux du métier. (Registre.')

(31 Voy. Extr. des Reg., cité par M. Massé.

(4) Le 21 mai 1582, une ordonnance sur la discipline militaire fut fendue par le Petit Conseil. {Reg.')

P) Ces ordonnances, rendues le 2 avril 1589 et revues le 9 mai ^^3, ont été imprimées en 1609.

ARHORIAL GENEVOIS.

Le soldat qui faudra à sa faction sans cause légitime, passera par les piques.

Item est défendu d'aller loger estant en la campagne, ou prendre autre cartier que celuy qui sera donné par le roareschal de camp à peine de la vie.

Est défendu a tout soldat de n'abandonner sa garde, à peine de la vie.

Le soldat qui aura abandonné sa sentinelle, ou esté troqué dormant en icelle, sera puny de mort et h cest effect sera amené au Capitaine pour le présenter k la Justice.

Tous violemens sont défendus sus peine de la vie.

Celuy qui aura commis paillardise, sera chastié par prison neuf iours, la seconde fois^ cbeuauchera le canon.

Doubles adultères seront punis de mort, et les simples parle collier.

Tout larcin sera puny exemplairement selon l'exigence du cas.

Est défendu de iurer sa foy, son ame , saincts, ou sainctes, ou autres iuremens profanes et déguisemens d'iceux (1).

Et de mesme celuy qui donnera soi mesme, ou autre au diable, ou qui fera imprécations : celuy aussi qui iurera le nom de Dieu, la mort, le sang, demandera aussi pardon à Dieu à la teste des compagnies.

(1) Que nul n'ait a desguiser vn blasphème, disant, mordina, saugdina , par le corpsbieu et semblables , k peine de tenir prison yingtquatre heures en pain et eau. (Art. XII de l'Ordonnance du 7 novembre 1568, revue et publiée en 1617.) — La même ordonnance prononce, pour les récidives des cas de blasphème, le baisement de la terre, l'amende pécuniaire, l'amende honorable la torche au poing, la prison au pain et à l'eau, le collier, le fouet et la mort. (Voy. les art. YIII k XIII.) Ces lois farouches étaient la conséquence du rigorisme calviniste régnant alors dans .toute sa force; celles antérieures, tout aussi morales, étaient infmiment plus douces; ainsi la peine du carcan était prononcée contre les blasphémateurs {JReg», du 14 mars 15iâ)» et celle de la prison contre ceux qui chantaient des chansons désbon-* nétes. {Reg,, du 7 août 15^6. Voy. aussi les ordounanceç sur la danse, des 11 et 18 mai 1484, et celles sur le jeu, du 11 août 1506.)

Celuy qui aura proféré blasphèmes cxccrabics, renoncé, iDocqué ou maugréé Dieu ou sa parole, cheuauchera le canon poor la première fois : pour la seconde, sera puny exemplairement : et s'il récidiue, sera puny plus outre arbitrairement.

ËD 1613 les sujets de la Seigneurie furent requis de monter la garde en ville, avec les compagnies bourgeoises, ils formaient alors des corps séparés, mais en 1621 on les incorpora aux compagnies de la ville (1).

Deux ans après, le Petit-Conseil créa une compagnie d*élite soQsle nom de Ct^mpcignie Garnies et dont les hommes devaient ê(rebicD armés (2), et porter entre autres la pique et le pistolet eo écharpe ; la place d'armes de cette compagnie était devant l'Hélel-de- Ville. {Rég. du Conseil, du 20 février 1615.)

Lorsque nos alliés suisses demandaient du secours a Genève, les compagnies envoyées ne se prenaient ni dans la garnison ni dans les milices bourgeoises, on les composait par enrôlement voloDtaii*e; il en fut ainsi pour les troupes envoyées a Berne ou î^Zurichen 1610, 1651 et 1655. Voici le tableau des soldes <|De la République payait dans ces occasions.

Aux capitaines, par mois, 20 ducatons.

lieutenants,

enseignes.

sergents.

caporaux,

Tf

soldats.

» ser^euts, » o x>

(1) Reg., du 8 mai.

(2) Au milieu du dix-hui(iëme siècle il y avait, dans les quatre régiments, bon nombre d'hommes qui n'avaient point encore de fusils, oiais seulement des billebardes ; le corps des piquiers^ dont la lance était l'arme principale, existait encore h la fin du dix-septième siècle. %. l'Exercice militaiH de l'infanlerie povr le maniement du movs^ 9tt«l, de la picqve et autres Evolutions, imprimé on 1686. Cet opus- <^Ie contient la théorie du maniement de la pique suivant l'usage du temps.

(3) Reg. du Conseil, du 23 octobre 1619.

Nous avons dit quelques mots sur les élendards des troupes de Genève à la bataille de Villmergen. Les secours envoyés par Genève se composaient d'abord de trois compagnies de cent hommes chacune , prises dans la garnison, au mois de juillet, Berne et Zurich demandèrent un nouveau secours, trois cenls hommes levés par enrôlement parmi les citoyens, habitants, sujets et même étrangers partirent; cette seconde troupe n'eût pas lieu de combattre, et revint le 23 du mois d'août.

L'uniforme adopté pour les hommes envoyés au secours dos Suisses fut celui de la garnison, l'habit bleu à parements rouges, les bas rouges , et le chapeau bordé de blanc avec la cocarde noire. Les barques sur lesquelles les troupes s'embarquèrent portaient des flammes orange et rouge, couleurs de la ville^ suivant le registre original du Conseil, duquel ces détails sont extraits.

L'habit gris^brun était en usage pour l'uniforme depuis le commencement du dix-huitième siècle, mais a cet habit se bor-; nait, à ce qu'il parait, l'uniformité du vêtement. En 1728 l'aur torité prit à cœur l'adoption de mesures sérieuses a cet égard. Nous empruntons encore quelques lignes au manuscrit de M^ Massé : a Le 1 1 mai de cette année, le Svndic de la Garde « assembla les officiers des compagnies bourgeoises pour con- « venirtous ensemble d'un uniforme commun. Le but de cette assem- « blée etlarésolution qu'on doity prendre, ^st-^ildit dans leRegislre, « est d'engager la Bourgeoisie à s'habiller de la même couleur, a pour paraître dans les exercices et s'approcher autant que possible « des troupes réglées.

« Dans cette assemblée, et en suite de la délibération qui eût « lieu , on résolut de prendre l'uniforme gris, mais moins brun « que celui du régiment de M. l'ancien premier syndic Sartoris. « On convint aussi, que les officiers des grenadiers s'y confor- « meraient lorsque les habits qu'ils avaient seraient hors d'étal « d'être portés.

« On proposa que l'uniforme fut comme suit : Habit gris avec « doublure et parements rouges, veste, culotte et bas rouges»

Boulons d'argent. Veste galonnée en argenl, et chapeau bordé également.

c Après déVibération on arrêta que Tuniforme serait ainsi qu'il avait élé proposé, seulement on décida que la veste, la culolte et les bas seraient gris au lieu d être rouges.

«Deux ans plus tard on revint sur cette dernière décision et X on arrêta que pour les officiers, les vestes, culottes et bas « seraient naaintenus rouges.

I Cet uniforme s'est conservé longtenjps : il fut appelé VUni- ^ forme Brecaillon » (1).

Oo fit en même temps de nouvelles bannières, dont le drap élail découpé en soleil flamboyant [pi. VI, fig. 6] rouge et jaune, au centre duquel sont les armes de Genève; nous aurons lieu de reparler des armoiries peintes sur celui de ces drapeaux qui a élé conservé [pi. XXIII, n«4, et Arsenal, n° 37],

En 1760, les manœuvres prussiennes furent introduites dans les mifices genevoises, puis adoptées complètement après une grande revue qui eut lieu le 5 juin 1761, afin de les mettre en regard avec Tancienne théorie (2).

€aiiOiiAiei*H« — La première artillerie genevoise en fonte te du milieu du quinzième siècle (3), auparavant la ville était

date

(1) Yoici Vunifonne en usage dans la dernière moitié du siècle. HofiUfisbleu, parements, collets et retroussis rouges, boulons blancs; colottes grises ; guêtres longues , noires ou blanches ; chapeau h trois cornes, bordé de blanc; cocarde noire.

(î) Voy. Reg., du 24 mai 1760; 19 mai et 11 sept. 1761. Lettre • M. J.-J. Rousseau, par J.-L, Mollet, sur la fête donnée à Genève

le 5 juin 1761.

(3) Voy. de curieux renseignements sur les premières bouches k feu teGenëve, dans V Essai sur les fortifications do celle ville, par J,-E. Massé, lieutenant-colonel d artillerie, p. 88 et suiv. Les premiers gros canons qu'ail possédés la ville de Genève furent ceux du prieur de SaiBt-\ictor, que le Conseil acheta en 1514; ils étaient au nombre ^e quatre et pesaient ensemble q»iarante-nenf quintaux; un grand

108 ARmoRlAL GENEVOIS.

pourvue de machines de jet bien plus puissantes, mais qui exigeaient le concours d'un grand nombre d'hommes (1).

Jusqu'en 1705 il n'y eut pas de compagnie d'artillerie proprement dite, le service des batteries se faisait par des hommes pris dans les compagnies bourgeoises uniquement pour faire la manœuvre du canon, lorsque le cas le requérait. A cette époqne, on résolut de réunir ces Canonniers, et d'en faire un corps séparé. L'arrêté du Deux-Cents qui ratifia cette décision est du 19 août; une commission fut formée, et le l®*" juillet 1708 un règlement touchant le nouveau corps fut promulgué. On voit dans ce règlement que la compagnie de canonniers, formée de cinquante hommes poinleurs et chargeurs et de dix capitaines de batterie, était sous le commandement du général d'artillerie et de trois lieutenants. On y voit encore que les hommes nécessaires au service des pièces ne faisaient pas partie de la compagnie.

En 1718, une école d'artillerie fondée h l'instar de celles qui existaient dans les villes suisses, fut créée à Genève.

En 1742, le corps des Canonniers se composait de 200 hommes environ, répartis en trois départements, un à Sainl- Gervais et deux sur l'autre rive du Rhône.

L'uniforme des Canonniers était noir et rouge, ils portaient un couteau de chasse et une poire k poudre.

noinbro de pièces [urenl foudues dans le courant du seizième siècle, et rarlillerie genevoise se compléta par la prise des grandes coulevrines de Versoix (1 589) , par les quatre canons du fort de Sainle- Catherine, donnés en 1600 par Henri IV, et par ceux pris au fort des Allinges Tannée suivante.

(1) L'ancienne artillerie, placée sur les murailles de Genève, se composait de batistes, catapultes, scorpions et autres engins, où 1a torsion des cables jouait un grand rôle comme moteur. C'est au jeu de pièces de ce genre qu'il faut rapporter l'origine de l'expression debe»date artilleriam, fréquemnieiit employée dans les registres pour tinf du canon. < Debendata fuit artilieria in porta Baudet (^ décembre 15^). 9 II s'agit, dans ce passage, de coups de canon tirés en signe de réjouissance et, par conséquent, d'artillerie à feu.

UNIFORIES MILITAIRES. 109

I 1746 ils porlèreni la vcsle, la culoUc cl les bas aïs on chaDgea alors cette partie de réquipenieiil, pouvait h la fois trop chère et trop salissante autour . On leur fit adopter plus tard de grandes guêtres L'ancien drapeau des Canonniers est conservé li Tarjenève (n^ 27), c'est un grand étendard découpé en boyani, au milieu duquel on voit la Clef et l'Aigle poi trophée guerrier, dans lequel on remarque tous les les troupes genevoises de Fépoque.

souvent fait mention dans les anciens registres de la Maître d'artillerie, c'était un oflicier élu par les syndics [6 juillet 1482) pour avoir soin de Tai^senal, des mules tours de défense de la ville.

bi^pdleni^ artificiers et mlneurii. — ^I^a

e connue sous ce titre, et dont la création date de composait de quatre-vingts hommes environ, divisés en es, trois de Bombardiers, une d'Artificiers, et deux de elle était sous le commandement du Grand-Maitre ou d'artillerie. L'uniforme était le même que pour les s, seulement au lieu d'une poire à poudre, en bandouillineurs portaient un pistolet.

u — En 1602, un corps de Cuirassiers fut a place d'armes était devant la maison-de-ville; en 1 garnison portait encore la cuirasse, car on voit, dans très <lu Conseil de cette époque, qu'il est enjoint aux s et soldats de porter leur cuirasse au corps de garde et i seront en sentinelle (1).

Miailioi^* •— En 1 686, un corps de Grenadiers fut moyen d'un choix de huit à dix hommes d'élite pris

Ixtrait des Registres du Conseil^ par Flou mois.

dans chaque compagnie ; ce fut k la même époque et de la même manière qu'eut lieu rélaUissemenl du corps des Grenadiers de la garnison; Les anciens Grenadiers, qu'on avait surnommé les Janissaires de la république, se conduisaient avec une arrogance telle, que le Sénat dut leur interdire toute réunion en corps sans autorisation expresse (1). En 1749 (2), ils portaient le bonnet h poil, la culotte et les bas rouges, et Thabit gris ï parements et revers rouges ; en 1 778 les bas rouges furent abam donnés pour de longues guêtres noires (3);

Dragons. — Cette compagnie était formée de soixante* dix maîtres commandés par quatre officiers, elle devait faire le service à cheval ou à pied, selon le besoin, sa place d'armes était à la Taconnerie. Vers 1771 (4) les Dragons ^ armés du sabre et du pistolet, portaient les guêtres noires à boutons d*or, la culotte et veste chamois, l'habit rouge, dont le collet, les re« vers et retroussis étaient de velours noir, les cheveux en bourse avec un chapeau noir bordé d'or.

6ariiteoii« — Le guet soldé, dont ûous avons Vu rétablis^ sèment au commencement de ce chapitre, peut être considéré comme l'origine de la Garnison; en 1 546 le Petit-Conseil arrêta la formation d'une compagnie de 120 hommes faisant un service continuel, cette ordonnance est du 7 janvier, le 25 elle fut modifiée en ce sens que la compagnie ne fut plus formée que de 50 hommes^ un autre arrêt de 1551 la réduit à 36 hommes, recevant une solde de 5 sols par jour (5). En 1577 la Garniso»

(1) Gaiidy-Le Fort, Esquisses genevoises, p. 171.

(2) Album de M. Rigaud-de Constant.

(3) Ibid. Voy. p. 106, pour l'uniforme imposé en t728 aux offieierî lies Grenadiers.

(A) Voy. le portrait en pied de lord Stanhope, représenté en costume de dragon , à l'hôtel du Jeu do l'Arc. (5) Reg., du 13 août.

UNlFOnMES MlUTAIRES. 111

î se montait encore qu'à 73 hommes, a qui l'on donnait 4 écus armots; mais la guerre, qui semblait se préparer du eôlé de la m\e, porta le Conseil a la reconstituer, la formant de 300 à M sujets de Berne (1). Lors des guerres de la tin du seizième iède, les troupes soldées par la République s'élevaient k près fun millier d^hommes, dont Tentretien était si onéreux et si \n en proportion avec ses moyens |)écuniaires que, malgré itt charges qu'elle s'imposa (2) et les secours des princes et des églises protestantes, elle se trouva, en 1604, avec une dette de 12S,000 écus, somme considérable pour le temps. Cette Garnison» composée de soldats de Zurich, Berne et Soleure, avait élé formée en 1 586 (27 août) , sur la demande expresse du roi de France qui se préparait ii la guerre contre la Savoie, et qni s'engagea k livrer annuellement 72,000 livres pour son entretien (3). Cette somme fut d'abord payée assez régulièrement; mais bientôt les retards se succédèrent, la dette s*accrut ; toutes les démarches d'Anjorrant, député à Paris, n'aboutirent qu'à un a compte de 60,000 livres (4), et en 1630 la couronne de France ne devait pas moins de 300,000 écus à la République ponrses payements arriérés (5).

Dans les années qui suivirent immédiatement l'Escalade, et pendant lesquelles on redoutait toujours de nouvelles surprises, 'a Garnison de Genève se composait de 300 à 500 hommes,

(1) Registres de 1578 et 1579. A diverses reprises Genève eut des garnisons lemporaires assez fortes. Il en fui ainsi en 1567, 76, 77, ^,89, et a d'autres époques plus rapprochées.

(%) Le ^8 mai 1 589, le Deux-Cents établit une cotisation d*environ Mngi écus par mois sur les particuliers, pour l'entretien des troupes étrangères alors a Genève.

(3) Cette allocation était due en conséquence du traite passé h Soleure en août 1579.

(4) Rtg., du 19 mai et du 6 juin 1618. Les soldats de la Garnison re- ^^Yaient alors 3 ducatons do solde, les appointés 3*/, et les sergents 4.

(^) Rcy., du 20 janvier.

t 12 AllMOKIAL GENEVUli».

«livisés en neuf eompaguies (1). En 1615, le Petit Conseil <léci(Ja qn'elle serait formée ù\m tiers d'habitants et de deux tiers d'élrangers. (Jiég,, du 27 février.)

En 1704, les capitaines de la Garnison furent autorisés a faire prendre à leurs soldais l'uniforme bleu (2). D'après un dessin de 1745 (3) Tuniforme se composait comme suit, du moins pour les sergents : habit bleu à parements rouges ; culotte el veste ronges ; guêtres noires et chapeau noir, bordé de blanc. Après les troubles politiques de 1707, la Garnison fut portée à 720 hommes rëpurlis en douze compagnies. L'État employait alors a l'entretien de cette Garnison une somme annuelle de 76,000 livres courantes.

Tels furent, jusqu'en 1782, lesdivei^ corps milîtarres de Genève. i\près l'Acte de Médiation, les patriciens sentant combien ils s'étaient aliénés les sentiments populaires, mirent en usage tous les njojens dont ils purent disposer pour gouverner par la force, toutes les milices bourgeoises furent abolies, de mêuie que les Exercices militaires.

UneGarnison, forte de douze cents hommes, fut créée (i)pour

(1) Reg., du 2 février <3t du 15 mai 161 1.

(2) Reg., du 25 mars. Le 22 mars 1664, les capriaines de la Garnison demandèrent a ce qu'il leur soit permis de porter des passeinenls d'or ot d'argent sur leurs habits; ce qui leur fut refusé, vu les ordonnances sompluaires. (^Registres du Conseil.')

(3) Ce dessin nous a été communiqué par M. Coutau.

(/i) Ln proclamalion colportée à l'étranger, en 1783, pour la formation de celte Garnison, était conçue en ces ternies :

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