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DU NOM DE GENÈVE

Le nom de geneva , que Jules-César mentionne dans ses Commentaires comme étant celui de noire ville, ne fut point, ainsi qu'ont paru le croire plusieurs de nos historiens, complé- ^nient abandonné durant le moyen âge. A la vérité, le mot GEBEXNA fut employé fréquemment dans les chartes et pièces Dîanuscrites latines; mais les autres variantes (I), qui même ne ^ont pas toutes authentiques, n'ont jamais été d'un usage assez 'o«g et assez général pour que l'on puisse admettre qu'elles aient entièrement remplacé le nom primitif de la cité, qui paraît ne jamais avoir été banni de la langue parlée et qui , à toutes les

(1) Scylla, Aureliana, Cenabum, Genua, Janoba, Jenuba, Januba, Jannuva, Janua^ Jenua, ou Janucnsis civilas; Genebra ou Genevra.

époques , se rciroiivc dans les monuments , ainsi que nous le prouverons par quelques exemples.

En 513, le pape Symmaque se sert du mot Geneva, et ou concile d'Ëpaone, tenu en 517, notre évéque signa: Maximus inClirisli nomme Episcopus cwitatis geneveissis (1). Des pièces d'or de l'époque mérovingienne, et dont notre Musée possède un précieux exemplaire (2) , portent tantôt sur l'avers, tantôt sur le revers le mot gêna va (3) , peu différent de Geneva. Dans la donation faite vers 934, par la comtesse Ëldegarde, au monaslère de Satigny, cette dame s'engage à donner cinq sols de cens ad canomcos S^^ Pétri genege civitdtis. Les mots Geneva et Gineva se lisent sur les monnaies épiscopales frappées à la fin du dixième siècle, et l'évêque Hugues, dans l'acte de fondation de l'abbaye de Saint-Victor, fondation qui remonte aux premières années du siècle suivant, se qualifie de Hugo GENEVENSIS Ecckstœ Prœsul (4). D'autres actes de Févéque Gui de Faucigny, qui occupa le siège épiscopal de Genève à la fin du onzième et au commencement du douzième siècle, portent en tcte, Guido deigralia geneuensis episcopus (5), orthographe que l'on retrouve sur des actes émanant de son successeur Humbert de Grammont.

Deux pièces en langue vulgaire, conservées aux archives de Genève, sont également intéressantes sous ce rapport; la pre-

(1) Charvet, Histoire de la sainte Eglise de Vienne, p. 652. GalHa christiana, t. XII, p. 121.

(2) Voy., sur ces monnaies, les Mémoires de la Société d'Hist, el d'ArcheoL de Genhve, t. I, p. 268, et t. II, p. 238.

(3) On trouve aussi Gennava, civilas Genavensiunn', urbs Genabensis et Genavensis. Genava se lit sur des marbres romains (Spon, t. II, p. 325 et 380), et se retrouve jusqu'à la fin du sixième siècle. Voy. liv. IV, ai l'article Salonius II, et les exemples rapportés par M. Ed. Mallet dans le tome I**^ des Mém. de la Soc, d'Histoire, p. 139, qui prouvent que Torlhographe Genava fut fréquente aux cinquième et sixième siècles, où elle n'exclut point cependant celle primitive.

(4} Bosson, Mémoires pour Vhist, du diockse de Genhe, etc., p. 342. (5) Bcsson, ibid., p. 350.

HOM DE GElcin. 1 87

[nière est une lellre d'Ame, comte de Savoie, adressée au sire (le Gex en 1 296 ; le nom de gbxéve y est écrit comme on le fail aujourd'hui (1). La seconde, qui est la convention dressée en 1300 entre Tévêque Martin et Thomas-Benjamin d'Ast pour la frappe de la monnaie, porte geneva.

Dans une lettre de 1408, Pierre de Lornay, chanoine de Sainl-Pierre, parle de la mort du Révèrent Père en Dieu Messire (Maume de Lornay son frère jadis Evesque de geneve ; luimême se qualifie de chanoine de genevez (2).

Ma fin du quinzième siècle on trouve geneve et genefve sor les ouvrages imprimés, sortis des presses de Genève. La première orthographe est celle employée pour l'inscription de l'kôpilal des cordonniers, fondé en 1478.

Dès 1535, on trouve sans interruption geneva civilas puis ksfublica GENEVENSis sur les monnaies, et Tidiome de nos campagnes, qui parait avoir peu varié depuis fort longtemps, conserve dans le mot zeneva une fidèle tradition de l'appellation

primitive.

La composition du mot geneve, formé de gen eva, mots celtiques qui signifient sortie ou passage de l'eau, est un garant de sa haute antiquité, qui remonte probablement aux premiers jours où des hommes s'établirent dans le lieu où les eaux du

ône sortent du lac (3).

(1) Nous ne considérons point comme yarianto la forme du Y, ïionplus que l'orthographe Genesve ou Genefve, on usage aux quinzièmo et seizième siècles, non phis que Genvina, Gennina, ou autres textes évidemment fautifs. (Voy. p. 170 et 183.)

(2) Yoy. Besson, ouvrage cité, p. 442.

(3) Voici de quelle manière Senebier s'exprime au sujet de cetlo étymoMe : < Genève trouve dans son nom un titre de son antiquité ; il est évidemment celtique, et ce nom désigne assez la situation de Geïiève. Gen ou Ken signifie porto, sortie, av ou ev rivière, ce qui peint ïeliea où notre ville est bâtie, c'est-a-dire la sortie du Rhône hors ^ulac, et c'est dans ce sens qu'Orléans a été appelée Gennabum^ Ce- ^ahum, de Cen ouverture, et de abbon rivière ; aussi Orléans est bâii

188 ARMORUL GENEVOIS.

Quoique le mot Genève prenne un accent sur le second e, Tancienne orthographe du mot genevois sans accent est la seule qui soit admise aujourd'hui (1). Cette appellation a succédé à celle de genevoysans , encore en usage au seizième siècle (2).

Le mot VENGÉE est l'un des anagrammes de Genève. Fro-

dans un lieu où deux bras de la Loire se réunissent pour n'en former qu'un seul. Genève a eu peulétre aussi son uom^ comme je le pense, du mot Gen élévation^ et du mol Ev rivière; ce qui annonce une ville située^ comme Genève ancienne, sur une colline au pied de laquelle coule une rivière. Gènes, qui est aussi bâlie en amphithéâtre, a tiré son nom de cette racine celtique Je pourrais confirmer ces deux élymologies par divers exemples; je me borne à dire ici que BuUet^ dans son Dictionnaire celtique. De Bochat, Mémoires sur l'histoire ancienne de la Suisse, et Court de Gébelin, adoptent la première. » (Journal de Genlve, du 6 décembre 1788.)

Dans la même feuille, 11 avril 1789, Mallet émet des opinions analogues : « Que voulait dire Geneva dans la langue du pays? J'ouvre le livre intitulé : j^ntiquœ linguœ BritannicBy par Thomas Richards, à la lettre G, et je trouve ces mois : « Genau la bouche, au pluriel Geneva ; c'est un nom qu'on donne souvent à un passage entre deux collines.,.. Il y a plusieurs lieux de ce nom dans le pays de Galles, ete,,* et ils sont indiqués par l'auteur, dont je ne fais que traduire littéralement les expressions en français.

c Je crois que cette étjmologie^ qui est si naturelle peut dispenser d'en chercher d'autres. Cambden, savant très-versé dans les antiquités et l'ancienne langue de la Bretagne, prétend que ce mot se prononçait aussi Genev, ce qui le rapproche encore davantage du mot Geneva.

« M. De Bochat a déployé sur ce sujet une vaste érudition dans ses Mémoires critiques sur la Suisse; mais je ne vois pas qu'elle répande aucun nouveau degré de lumière sur ce sujet, excepté qu'il nous confirme qu'il y a un grand nombre de lieux dont le nom ressemble à celui de Genlve, et qui sont situés à peu pris de même que cette ville. >

(1) Yoy., sur cet accent en usage en France dès 1770, et qui, di(on, fut introduit à Genève par Soulavie, les Archives genevoises, du 4 juillet 1 827, et les Matériaux pour Vhistoire de Genève, de Galiffe» t. I, p. 3.

(2) Reg. du Conseil, au 17 novembre 1538. Au dix-septième siècle on disait encore Gcnewcaan. (Pajot, Dictionnaire, 1657.)

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