‹ Armoricains et Bretons, étude anthropologiqueChapitre 3 sur 67 · PREMIÈRE SECTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SECTION

PALEANTHROPOLOGIE

ES GENERALITES

C2 L'Armorique n’a vraisemblablement connu un véritable peuplé- ; ment continu qu’à partir de l’arrivée des bâtisseurs de mégalithes. sans doute presque tous contemporains du premier usage des | métaux dans nos régions. En effet, ce n’est qu’à cette époque qu’on observe une densité de population appréciable, densité qui devait même être assez forte en certaines ‘régions côtières.

Les rares habitants antérieurs n’ont pu avoir que peu de des- Ée, cendants, et par conséquent que peu d’effets sur la composition raciale des périodes protohistoriques. Au Paléolithique, l’Armorique n’a dû être peuplée que par quelques groupes humains épisodiques. Au Mésolithique, par quelques petites peuplades côtières dissémi- | nées et isolées. Pas plus que celle des Hommes fossiles absents. l’étude des Hommes sub-fossiles des gisements fouillés de ces cultures tardenoisiennes, n’intéresse directement notre sujet. Elle à d’ailleurs fait l’objet de publications exhaustives auxquelles il n’y aurait rien à ajouter (134).

Du Néolithique proprement dit (Néolithique inférieur, si l’on veut considérer les premiers mégalithes comme datant du Néolithique supérieur), nous avons, à vrai dire, encore moins de traces certaines ! k

A partir du Mégalithique, nous avons des données continues. Ce que nous savons de cette anthropologie préhistorique récente et protohistorique est cependant très fragmentaire, pour différentes raisons qu’il importe de bien faire saisir.

Conditions de conservation des ossements anciens

Les « archéologues » ont trop souvent dédaigné les ossements lors des fouilles, ou n’ont recueilli que les crânes. Lors des découvertes fortuites, la plupart du temps tout a été détruit; quelquefois les os ont été envoyés au cimetière ou à l’ossuaire, les autorités ecclésiastiques allant jusqu’à les réclamer! Bien du matériel des collections privées anciennes à été égaré, et certaines collections publiques sinistrées ont éprouvé des pertes par faits de guerre.

Les conditions naturelles qui président à la conservation des ossements jouent un grand rôle dans la répartition actuelle, géooraphique et temporelle, des restes. Nous avons rappelé antérieurement (80) que les ossements se conservent mal en milieu acide, et presque uniquement les roches et milieux quelque peu calcaires sont favorables à leur préservation (débris de cuisine riches en coquillages ; sables calcaires), plus rarement les milieux organiques tamponnés (alluvions tourbeuses, coffres boisés). Comme l’Armorique est pauvre en terrains calcaires, les ossements conservés proviennent en définitive uniquement d’un liséré littoral, où les milieux favorables sont plus fréquents. Ce liséré ne comprend pratiquement que la côte sud de la presqu'île.

Répartition dans le temps

Ni nous tenons compte des âges, nous voyons que nous n’avons de l’ère mégalithique que des ossements provenant des deux centres principaux de la culture des dolmens à galerie, d’affinités plutôt ibériques : presqu'île de Quiberon (Morbihan) et Cap-Caval (Finistère). Les hommes de la culture de l’allée couverte, qui & prospéré dans tout le reste de l’Armorique, en liaison avec les régions continentales, ne nous sont malheureusement connus que par quelques individus enclavés dans les deux mêmes secteurs précédents. Il en est de même, à peu de chose près, des constructeurs de tertres tumulaires à petits coffres, sans doute contemporains des dolmens, et d’affinités culturelles plus incertaines.

Pour les époques plus tardives, les découvertes d’ossements sont tout de même plus largement réparties, maïs les deux mêmes régions restreintes continuent à fournir la majorité du matériel, et ceci parce que c’est là. qu’existent les plus importants systèmes dunaires anciens, à sables très riches en débris de coquilles et spicules calcaires.

Or, au Mégalithique, si l’on néglige le fait qu’il y à plusieurs civilisations d’affinités distinctes juxtaposées, et si l’on ne considère que la densité globale des monuments, tous types groupés, l’on constate que c’est la côte sud de l’Armorique qui devait être la plus peuplée, et que l’intérieur et l’est du pays auraient été peu densément occupés. Au contraire, par la suite, l’Armorique

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intérieure, puis l’Armorique orientale se sont peuplés à leur tour, et il est alors beaucoup plus gênant de manquer de documents pour ces régions.

S'il est des sépultures bien datées, il en est d’autres toujours

douteuses, Pour certaines, l’âge n’a été bien établi que tout récem-

ment, et nous avons nous-même contribué à modifier la date de plusieurs gisements. A tel point qu'un travail classique, toujours utilisé par les auteurs et concernant le dénombrement des crânes « néolithiques » de la Gaule, publié par Ph. Salmon en 1897, mentionne en Bretagne 26 crânes, dont en fait 12 seulement sont réel-. lement mégalithiques, 12 de l’âge du fer et 2 douteux (si la même correction devait se faire dans d’autres provinces, la valeur réelle de cet inventaire serait bien minime).

Jusqu'à la pleine période gauloise, on ne constate sur la côte méridionale que peu de modifications, les types existant au Mégalithique persistant, de sorte que l’incertitude d’âge de certains gisements est relativement peu gênante au point de vue anthropologique. Quant à en faire abstraction, cela n’avancerait à rien, car les conclusions n’en seraient point modifiées et seraient moins valables au point de vue statistique, puisque assises sur un moindre échantillonnage.

Lacunes de notre enquête

Nous n’avons pu réétudier le matériel de certaines collections

(Musée Broca de la Société d’Anthropologie de Paris; Musée de

Rennes) momentanément inaccessibles, car remisées dans des caisses par suite de sinistre et de démolition des locaux dans lesquels elles étaient réunies. Nous n’avons pas étudié à nouveau le matériel qui avait été correctement décrit et figuré par des auteurs modernes {mésolithiques de Téviec et d’Hoëdic, sortant d’ailleurs de notre sujet, étudiés par H.-V. Vallois; gaulois de Quiberon, étudiés par H.-V. Vallois et E. Pittard; dolménique de Quiberon, étudié par R. Verneau), Une partie du matériel décrit ou mensuré sommairement autrefois est disparue (collections G. de Closmadeuc, P. du Chatellier, F. Gaillard, etc...) ou a été détruite pendant la guerre (Musée Dobrée à Nantes, Musée anatomique de l’Ecole de Médecine navale de Brest).

Le manque d’appareillage adéquat (diagraphe, dioptographe ou autre) ne nous à pas permis de faire les dessins projectifs normalisés qu’il est recommandable d'utiliser en anthropologie. A usage personnel, nous avons fait des dessins à la chambre claire, et surtout une abondante collection de clichés photographiques, d’après lesquels nous publions quelques dessins de types caractéristiques.

De même le défaut d’instrumentation suffisante nous à empéché de prendre certaines mensurations qui auraient pu être utiles au but que nous poursuivions. De toute façon, parmi les centaines de mesures possibles, il fallait faire un choix, et nous avons sim-

plement sélectionné les plus classiques, susceptibles de donner de ni

enseignements par comparaison avec les séries publiées. Nous espérons nous être conformés presque toujours aux techniques ostéométriques standardisées ou préconisées par les meilleurs auteurs modernes.

La précision dans ces recherches, même sur le squelette, est loin d’être ce qu’attendrait un physicien! Au début de nos travaux, nous étions assez ennuyés de constater que si nous mesurions après un certain intervalle le même os, nous trouvions des écarts inattendus. Nous avons été tout à fait rassurés quand nous nous sommes aperçus que les meilleurs auteurs montraient entre eux des écarts au moins aussi considérables quand ils s’occupaient du même matériel. D’ailleurs les conditions de travail dans certaines collections, où souvent on ne trouve pas même un éclairage convenable, sont fort différentes des conditions théoriques du laboratoire. Pour certains crânes déformés, ou dont la reconstitution a été pénible, il est bien évident qu’on ne peut donner que des mensurations tout à fait approximatives, quand elles ne sont pas estimées à Vue; nous avons évité autant que possible d’utiliser les indications les plus douteuses. D’autre part, le même os ou le même crâne, sortant de fouille, et sec (ayant perdu son «eau de carrière » pour employer une expression de géologue) donne des mesures sensiblement différentes, comme nous nous en sommes persuadés lors de l’étude du matériel provenant de nos propres fouilles.

De toute manière, tous ces écarts, même dans les plus mauvais Cas, ne provoquent guère d’erreurs notables dans l’appréciation des caractéristiques raciales d’un individu. Pour un ensemble dé population considéré globalement, comme dans cet ouvrage, on peut estimer que beaucoup d’erreurs se compensent, de sorte que les valeurs moyennes sont très acceptables.

Groupement en paliers chronologiques

Pour étudier l’évolution des caractères et la variation des caractéristiques raciales, étant donné que les différentes époques sont représentées de manière très inégale, il sera nécessaire de fusionner les matériaux en trois ensembles, formant trois paliers temporels, et donnant des quantités suffisantes pour avoir un commencement de valeur statistique :

I. Néolithique, Mégalithique (Enéolithique ou Chalcolithique), Bronze I, II, III. Correspond en gros au deuxième millénaire, et à ce qui peut précéder.

II. Bronze IV, prolongements tardifs du Bronze, débuts du Fer (équivalents latéraux du Hallstattien), Va de 1000 à 450 environ. soit en gros correspond à la première moitié du premier millénaire. Nous y joindrons les rares restes humains dont la date est discutée,

variant selon les auteurs du Néolithique au Gaulois. C’est d’ail-

leurs, dans la plupart des cas, leur date la plus probable; ils ne Semblent pas dépareiller le reste de la série, et il vaut mieux les

utiliser en les mettant quelque part

III. La Tène (les Gaulois), allant de 450 à l’invasion romaine, et auxquels nous joindrons les quelques Gallo-Romaïns. D’ailleurs certaines populations gauloises à mobilier de La Tène III semblent dater en fait de la période romaine, de même que, par ailleurs, les Armoricains de La Tène I sont à certains points de vue des Hallstattiens attardés.

Le troisième groupe sera toujours abondamment fourni en données utilisables. Pour certaines indications, les deux premiers

groupes seront aussi fournis l’un que l’autre, et leur importance

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équivaudra à la moitié du dernier. Mais, dans l’ensemble, nous

déplorons la rareté des renseignements sur le premier groupe. La possibilité de l’étude des crânes du Musée Broca comblerait un peu cette lacune, mais il reste surtout à espérer que des gisements mégalithiques importants soient découverts et convenablement fouillés.

Remarquons que la nécropole de Saint-Urnel en Plomeur foui-nit actuellement à elle seule le tiers du matériel, et qu’elle est loin d’être épuisée. D'ailleurs d’autres nécropoles gauloises en milieu sableux’ (par exemple Lostmarc’h en Crozon, Kerné en Quiberon) sont peut-être susceptibles de donner encore un très abondant matériel si l’on entreprenait de les exploiter à nouveau.

Nomenclature et inventaire des gisements (fig. 1)

Nous ne pouvons tirer parti pour les déterminations raciologiques que des adultes ou des adolescents (de grands enfants à l’extrême rigueur); il faut que des portions suffisamment intéressantes en soient conservées (ou si elles sont perdues, aient été décrites correctement). Il y à lieu de dresser surtout la liste de ce qui peut livrer des renseignements anthropologiques. Nous allons don-

ner, par gisements classés géographiquement en suivant le littoral

breton du Nord au Sud, quelques indications essentielles, dans l’ordre suivant :

— Age (à notre avis).,

— Auteur de la fouille.

— Lieu de conservation.

.— Nature du matériel: nombre de cranium (crâne complet). de calvarium (crâne sans mandibule), de calvaria (boîte crânienne sans face), de calva (calotte crânienne), de squelettes post-céphaliques (lorsque nous dirons, pour plus de brièveté, squelette,. il est entendu que nous ne tenons pas compte de l’absence où du mauvais état des os fragiles, tels que côtes, vertèbres, sternums, bassins, omoplates, petits os du carpe et du tarse, phalanges, etc... ces éléments étant d'intérêt ethnique très secondaire).

- Auteur d’une étude ou mesure anthropologique. Une astérisque (*) précède le matériel que nous n’avons pas pu étudier nousmême.

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