‹ Armoricains et Bretons, étude anthropologiqueChapitre 31 sur 67 · LES IDEES CLASSIQUES SUR LE PEUPLEMENT DE LA BRETAGNE · texte numérisé non relu

LES IDEES CLASSIQUES SUR LE PEUPLEMENT DE LA BRETAGNE

Lorsque les érudits eurent établi la parenté des différentes laugues celtiques, ils crurent que les hommes qui les parlaient devaient nécessairement être du même type, celui que les auteurs de l’antiquité attribuaient aux Gaulois, et que ces derniers étaient les constructeurs des monuments « druidiques » si abondants dans les pays où l’on parle celtique.

Ces affirmations eurent cours pendant de longues années, elles ne furent dénoncées que vers la fin du siècle dernier, mais elles continuent à inspirer, aussi invraisemblable An cela puisse paraître, les méditations de bien des personnes!

D'autre part, tout le monde admettait autrefois le fait de l’émigration des Bretons insulaires vers la péninsule armoricaine, du Ve au VII: siècles de notre ère, même s’il y avait quelques diver-

wences de détail sur son ampleur. Dependant, au milieu du siècle dernier, quelques historiens ont cru pouvoir mettre en doute le fait même de cette émigration, sans que ce soit une contestation sérieuse.

Les « ethnologues » ou les « ethnogénistes » de la même période romantique se contentaient d'observer, au hasard d’un voyage quelconque, les colorations ou le faciès de quelques individus qui les frappaient et les extrapolaient à toute la population. Plus souvent, ils dissertaient à perte de vue sur la toponymie ou l’onomastique des peuplades armoricaines, gauloises ou gallo-romaines (65, 95. 105, 125, 140).

1) Les travaux des anthropologistes

Lorsque P. Broca eut jeté les premières normes des recherches anthropologiques sérieuses en France, il accorda à la Bretagne une importance particulière dans nombre de ses travaux. Et pourtant il ne semble pas qu’il ait travaillé systématiquement sur le vivant dans notre région. Il commença par étudier la répartition cantonale de la taille, grâce aux statistiques des conseils de révision. Maïs pour des raisons inhérentes à la manière dont les opérations étaient conduites, il ne put utiliser la moyenne de toutes les tailles, et dut se borner à considérer le pourcentage des réformés pour défaut de taille, qui lui permettait d’avoir une idée indirecte de la stature de l’ensemble des individus. P, Broca obtint ainsi une carte restée classique, opposant la « tache noire » de l’intérieur de la Basse- Bretagne, à tailles petites dominantes, et lies régions côtières à stature plus élevée. Observons en passant que P. Broca avait ew l’occasion d’étudier quelques crânes préhistoriques de la Bretagne. qu’il trouva semblables aux dolichocéphales « primitifs » du Néolithique du Midi de la France. Cependant il considéra que les petits hommes du centre de la Bretagne actuelle étaient les descendants des premiers occupants, les Armoricains, et ressemblaient aux Auvergnats, descendants des Arvernes qui symbolisent la résistance de la Gaule celtique aux Romaïins: P. Broca appelait ce petit type, à tête arrondie, « race celtique », ce qui correspond au type alpin des auteurs modernes. Par contre, il attribua les hommes plus grands du littoral aux importateurs de la langue bretonne au Haut Moyen Age, dont il n’ignorait pas l’existence, et les assignait à sa race « kymrique », terme qui correspondait au type nordique des . contemporains. Observons combien ces dénominations sont mal choisies. Ce sont des désignations linguistiques presque équivalentes À ce point de vue (les Gallois, dans leur langue, se nomment Cymri), correspondant fort mal aux races qu’elles sont supposées définir. Dans l’ensemble, les pays parlant les langues celtiques de nos jours ne comportent pas d’Alpins et, contrairement à la confusion de beaucoup de personnes, en Bretagne, les gens de race « celtique » ne parlent presque pas le breton. Les prétendus « Kymri » parlent le plus souvent les langues germaniques, sauf au Pays de Galles, où

Page 1