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STATURE

La taille est le caractère somatique le plus essentiel, et a l’avan.tage d’être mesurée à l’occasion d'opérations administratives, en dehors de toute intervention anthropologique. Malheureusement ces dernières mesures sont de peu de précision. Nos propres mesures furent faites avec un anthropomètre de R. Martin.

Moyennes

} 2 Z Q £ Moyenne générale des trois départements bas-bretons, pour 5.615 sujets : 166,0, donc surmoyenne.

Département du Finistère........... 2.218 167,4

Arrondissements : RECENSE ER OMAN TE 547 167,8

à Châteaulin ....... 428 167,6 MONS KT TR 464 167,0.

Quimper 5..." 743 167,3

Département des Côtés-du-Nord..... 1.416 165,5

Arrondissements: Dinan ............ 215 165,3

: MAGUENSAMDALENS ue 326 165,5

ÉADRIOR PRE E.. 174 166,6

Louddéacs "ss 2, 236 164,3

Saint-Brieuc ..... 291 165,8

Département du Morbihan........... 1.639 164,6

Arrondissements : Lorient ........... 396 165,4

Pioermel 0... 2, 291 163,8

PONCIMV AU UE a 430 164,0

NANTES AE mL, 399 165,1

Moyenne cantonale la plus fortex Quimper, pour 79 sujets, 169,6. Moyenne cantonale ia plus faible: groupe Mauron-La Trinité-Porhoët, pour 52 sujets, 162,1. L'écart entre les moyennes extrêmes

est donc de 7,5 cm, ce qui est très sensible.

Répartition géographique Sn yennes cantonales (fig. 30). — La distribution montre une opposition nette entre les régions occidentales, de taille sur-moyenne, et ie centre continental, de stature sous-moyenne. Au point de vue des dégradés, c’est la carte la mieux groupée, et tout commentaire supplémentaire est inutile.

Sériations (fig. 31). — L'histogramme de la série entière est unimodal, culminant à 166, mais il y a un petit ressaut secondaire à 168, suggérant une dualité cachée.

Pour le Finistère, le mode est précisément sur cette valeur 168. Tandis que dans les Côtes- du-Nord et le Morbihan, il est sur la plus faible stature 166. Par conséquent, la répartition des modes dans l’espace suit celle des moyennes, et confirme une dualité.

Dans le détail des arrondissements, on à précisions et confirmations de cette juxtaposition de deux types de tailles différentes, mais les modes fluctuent autour des valeurs 166 et 168. Le mode est unique et élevé dans les arrondissements de Quimper (169), Brest (168; un mode secondaire à 164), Châteaulin (167 et 168). Il y à bimodalité dans les arrondissements de Morlaix (166; 168), Lorient (161; 166), Lannion (165; 168) et Pontivy, presque trimodal (163 ;

165 et 168). Les statures sont plus faibles à Saint-Brieuc (163 ; 165).

F1G. 30. — Carte de répartition des inoyennes cantonales pour la stature. (Classe 1946-2.)

Guingamp (161; 166), Dinan (164; 167), Vannes (161; 165) et Ploër-mel (160; 164). Enfin, à Loudéac, il y à une trimodalité marquée, le mode central ayant cependant une très grande suprématie (160- 161 ; 165; 168).

Comparaisons. — II ne faut pas oublier que les conscrits que nous avons mesurés sont des jeunes gens n’ayant pas tout à fait atteint le terme de leur croissance. C’est ainsi que les conscrits du

canton de Pont-Croix avaient une stature moyenne de 168,5 pour 61 sujets, tandis que 37 adultes du Cap Sizun, c’est-à-dire la pointe

Frnistère

Côtes dv Nord Morb'hon

145 A5C ASS 160 A65 19C es 150 155 460 165 170 175 180 185 790

Gu, ngoemep

MS 150 155 160 165 170 175 180 185 190 #5 150 155 160 170 175 180 7185 190 Lovdéac

St Brieuc Lorient

Ploërmel Pont: Vvy ones sens 145 150 155 160 165 71FO 175 180 185 190 Mes 150 155 160 165 770 175 180 185 1790 10% Vannes 5Z co

Fc. 31. — Histogrammes de la stature.

du même canton, avaient, lors de notre enquête de 1947, une taille

moyenne de 169, 6. A vrai dire, la différence est de peu d'importance.

Elle nous indique simplement que la taille moyenne des populations adultes est plutôt un peu plus élevée que celle que nous indiquons.

Ce qui jaillit tout de suite de la confrontation de nos nombres et de ceux fournis par les auteurs du siècle dernier, c’est qu’il y à eu une augmentation générale de la stature.

Les premiers auteurs avaient beaucoup employé la méthode qui

consiste à étudier la répartition du pourcentage d’exemptés pour défaut de taille. Autrement dit, ils considéraient la répartition des plus petites tailles, et en trouvaient des proportions notables dans les fameuses « taches noires ». Si avec les données actuelles, on construit des cartes basées sur les mêmes catégories, on constate que les taches noires, qui commençaient à se rétracter du temps de R: Collignon et de A. Chassagne, ont presque disparu. Il est inutile d’insister sur les détails, car de toutes manières ce n’est pas une bonne méthode de travail que de considérer uniquement les valeurs extrêmes d’une série. Ce n’était qu’un pis-aller pour des auteurs qui ne pouvaient utiliser des moyennes.

Les données que l’on peut confronter sont de la fin du siècle dernier: mensurations générales pas très nombreuses de R. Collignon, étude détaillée des Côtes-du-Nord par le même auteur, étude détaillée de la stature dans le Finistère par A. Chassagne. L’augmentation moyenne des Côtes-du-Nord est de 3 cm 5. Si l’on considère les arrondissements, on voit qu’il y a relativement une augmentation plus forte dans les régions où la stature était autrefois la plus faible; surtout dans l'Ouest du pays:

Côtes-du-Nord .... 1889 162,2 1946 165,5 + 3,3

AT. Dinant 163,2 165,3 2,1 Guingamp ... 161,6 165,5 3,9 Lannion RIGIT 166,6 4,9 Loudéac ..... 161,4 164,3 2,9 St-Brieuc .... 163,1 165,8 ZT.

R. Collignon avait d’ailleurs cru démontrer que déjà à son époque la stature se relevait aux environs de la voie ferrée, introductrice de meilleures conditions de vie. Il est évident que sa carte de répartition a.une allure différente de la nôtre.

Il en est de même de celle de A. Chassagne. Cet auteur n’a

malheureusement publié que les tailles moyennes pour chaque cauton finistérien séparé, et pas pour les unités administratives plus grandes. Il faut donc se rabattre sur les petites séries générales de R. Collignon :

Hinistôre 4,2... 14R OMIS 1946 167,4 + 2,9 Morbihgneat: #4 163,9 164,6 0,7

I1 semble y avoir confirmation du fait que les différences sont plus importantes à l’Occident qu’à l’Orient. Or l’évolution écono-

mique de la Bretagne occidentale à été beaucoup plus poussée. Cette augmentation est d’ailleurs particulièrement sensible dans les villes ou les agglomérations à genre de vie rappelant les conditions urbaines. Pour ne prendre que l'exemple de Quimper, én trois quarts

de siècle, la stature moyenne y a crû de 6,4 em, ce qui est considérable.

On sait que cette croissance est un fait général dans toutes nations importantes ayant subi les effets des révolutions économiques. C’est incontestablement un résultat de la civilisation moderne, et tous les auteurs y voient une action des conditions mésologiques. Mais jusqu’à récemment l’accord n’était pas fait pour savoir si la cause en est à un mieux-être, tel qu’une amélioration de l’alimentation, l’effet des sports, ete., ou à une sélection inversée, c’est-à-dire à un manque de sélection des éléments malingres, par suite des meilleures conditions hygiéniques, la diminution de la mortalité infantile, le progrès médical. Cependant des travaux récents ont montré que l’élévation apparente de la stature des jeunes gens de 20 ans est due surtout à un changement dans le mode de croissance, qui à subi une accélération progressive. La: grande poussée en hauteur, qui caractérise l’apparition de la maturité sexuelle à lieu plus tôt qu’autrefois. Et actuellement cette poussée aurait lieu plus tard à la campagne qu’à la ville. Ceci explique les statures plus grandes que nous avons observées dans les agglomé-

rations urbaines, et la différence entre Haute et Basse-Bretagne,

la composition raciale étant mise à part, serait accentuée par l’inégalité du développement économique: dans l’ensemble, le Finistère est beaucoup plus modernisé. ;

L’augmentation apparente de la taille est donc plus forte sur les conscrits que sur les hommes faits. L’accord n’est pas réalisé pour savoir si l’augmentation de stature nette, qui est plus petite, mais incontestable, est « progressive » ou « dégénérative ». Elle contredit en tous cas nettement les illusions trop répandues des personnes qui croient qu'il y à une « dégénérescence de la race » (expression qui ne signifie rien au surplus), et que nos contemporains sont plus petits que leurs ancêtres. Les Bretons, comme tous les Européens, voient leur taille moyenne croître. C’est un fait. Mais il laisse entier le problème posé autrefois par E. Pittard: ne serait-ce pas une «erreur biologique » qui serait en défaveur de ceux qui la subissent ?

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