LES TYPES RACIAUX DE LA BRETAGNE
Sans tomber dans les excès de la typologie raciologique prémendélienne, et sans oublier que chaque individu est en fait une mosaïque de caractères hérités de tous ses ancêtres, caractères indépendants pour la plupart, et associés de manière plus ou moins quelconque, sans tomber dans ces excès, disons-nous, étant donné que la plupart des anthropologistes ont cherché À reconnaître un certain nombre de races dans les populations actuelles, on peut utiliser partie de leur langage et définir les types théoriques qu’on pourrait retrouver actuellement.
Bien entendu, ce ne sont que des types théoriques, qui ne sont réalisés que dans un pourcentage très faible des individus. Si on définit un type racial par deux ou trois caractères seulement, l’étude des corrélations, comme au chapitre précédent, montre que des proportions encore notables de la population y répondent. Si l’on atteint cinq ou six caractères, on trouve tout au plus des nombres de l’ordre d’un pour cent d’une population. Si l’on est plus exigeant pour définir une race, on trouve des. proportions infimes de personnes correspondant à la définition, pour une grande région géographique bien entendu.
Et pourtant ces types théoriques sont aussi des réalités, des réalités ayant à la fois une existence statistique pour une population importante, et ayant une existence contrôlable dans des territoires limités, sortes de « réserves » où par isolement d’une nature ou d’une autre, il y a eu moins de mélanges. IL nous semble que c’est d’ailleurs là le critère de la valabilité d’un type racial. IL doit être mis en lumière, au moins par quelques-uns de ses caractères, sur de grandes masses d'hommes où il s'affirme dans les histogrammes et les cartes de répartition des moyennes; et il doit exister à l’état effectif au moins dans quelques petits groupes témoins. Si ces deux conditions ne sont pas, ou bien c’est que l’on n’a pas affaire à une race, mais à une fiction mathématique, ou bien c’est que l’on n’a qu’une variété locale sans portée. Dans l’ordre de leur ancienneté d’arrivée dans l’Armorique pré- et protohistorique, puis dans la Bretagne, on peut distinguer :
1) Types archéomorphes
Limités en quantité, et localisés dans les régions occidentales.
1) Influence possible du type de Téviec: C.-S. Coon suppose que, dans certaines régions de l’Europe occidentale, il y aurait des descendants de cette race mésolithique. Les bases de son raisonnement sont d’ailleurs assez artificielles, et il ne propose pas d’en voir en Bretagne. A la rigueur, on pourrait voir une influence de ce vieil élément dans certaines voûtes carénées, qui semblent particulièrement fréquentes du côté de la presqu'île de Quiberon.
2) Influence des types Cro-Magnoïdes : il y a certainement, dans la moitié occidentale de la Bretagne, des reliques de cet élément autrefois important de la population. On peut y rapporter certains individus à crâne mésocéphale et face euryprosope, c’est-à-dire montrant une dysharmonie cranio-faciale.
En définitive, alors que, jusqu’à l’époque gauloise, les Archéomorphes formaient une entité toujours reconnaissable au .long des siècles, depuis ils se sont progressivement fondus dans la masse de la population environnante, et en particulier dans ia masse des Atlanto-Méditerranéens, de sorte qu’il est difficile de les retrouver autrement qu’à l’état sporadique ou atavique. Rappelons, pour éclairer les synonymies, que les auteurs américains C.-S. Coon et E.-A. Hooton, par exemple, parlent volontiers de race de Brünn, de Combe Capelle ou moins heureusement de « Galley Hill » (le type étant en réalité holocène) pour les survivances paléolithiques supposées, E.-A. Hooton y rangeant d’ailleurs aussi les Atlanto-Méditerranéens.
2) Types méditerranéens
1) Classiques ou Ibéro-insulaires: il n’y en à pas de traces spécifiques. Cependant dans l’arrondissement de Lannion, certains petits dolicho-mésocéphales pourraiént s’y rattacher.
2) Atlanto-Méditerranéens ou « Mégalithiques » (type littoral de J. Deniker) : des sujets très typiques se rencontrent dans les cantons où la taille est grande, l’indice céphalique mésocéphale, la face allongée: Cap Sizun, presqu'île de Crozon, arrondissement de Lannion par exemple. Nous les avons particulièrement étudiés dans le Cap Sizun, en 1947.
Ils correspondent à des individus à têtes longues, souvent de plus de 200 mm de diamètre antéro-postérieur, à dla face bien allongée, tant en général que ses éléments, au chromatisme Éoncé et à la grande taille. Le sujet représenté fig. 36, L K., habitant Esquibien, né à Primelin, père né à Cléden, Cap Sizun, mère née à Goulien, en est un exemple assez typique. 26 ans au moment des mesures.
Cheveux brun noir, yeux moyens foncés.
Taïlle 176 cm. Diamètre antéro-postérieur 202, transverse 153, bizygomatique F1c. 36. — L. K., sujet ori- 135, nasio-mentonnier 121, naso-buccal uen T1, du nez 32, hauteur du nez 49. Indice céphalique 75,6 dolichocéphale ; indice facial morphologique 89,5, leptoprosope ; indice facial supérieur 52,6, mésène; indice nasal 65,1, leptorhinien ; indice transverso-zygomatique 88,2, micropside.
Type Atlanto-Méditerranéen.
Il est à noter que dans les régions où l’on peut estimer que ce type « mégalithique » sinon domine, du moins est très largement présent, la majorité de la population à cependant les yeux clairs, et en particulier bien des sujets par ailleurs tout à fait caractérisés (l'exemple ci-dessus n’avait que les yeux moyens d’ailleurs). On pourrait parler alors du type Nord-occidental de J. Deniker, ou « Keltic » de E.-A. Hooton. Maïs nous pensons que tout cela n’est qu’une décoloration des « Mégalithiques » par un phénomène ressemblant à celui qui affecte presque toutes les races dans les pays sep-. tentrionaux.
Certains auteurs avaient nié l’existence de la race atlantoméditerranéenne, Ainsi A.-C. Haddon, qui pensait qu’elle avait été inventée sur des moyennes. Il n’en est rien, elle existe bel et bien, et est répandue sur de multiples points des côtes de Bretagne. Notre monographie du Cap Sizun nous en a convaincu tout particulièrement. De même elle nous à mise en garde contre la tendance à
EOPER GERS
3 — 181 — prendre ces « Mégalithiques » pour une forme archéomorphe, comme le pensent divers auteurs. Ils sont nettement à morphologie craniofaciale harmonique, ce ne sont donc pas des « hommes de Cro- Magnon », et ils s'opposent à ces Archéomorphes, qui existent plus rarement, nettement disharmoniques,.
3) Méditerranoïdes: sous ce nom, on peut désigner, par similitude avec la dénomination adoptée dans la première partie, tous les métis entre Archéomorphes, Méditerranéens et « Mégalithiques » (avec une influence limitée possible d’autres éléments) et qui forment une certaine proportion de la population de la Bretagne occidentale.
3) Types alpins
1) Les brachycéphales de la Bretagne se rattachent tous à la race alpine. Nous n’avons jamais rencontré d'individus présentant de caractères franchement dinariques. C’est créer de la confusion que d’employer dans nos régions des termes tels que « sub-dinariques », € sub-adriatiques » ou autres, comme l’ont fait certains auteurs (dont J. Deniker et G. Montandon) pour ceux des brachycéphales qui ne répondent pas tout à fait aux Alpins les plus classiques. dé
Les Alpins les plus caractérisés ont un indice céphalique atteignant presque l’hyperbrachycéphalie généralisée. On doit penser que dans les régions de Haute-Bretagne de ce genre, les Alpins sont aussi € purs », aussi peu mêlés que dans les régions les plus célèbres du Massif Central français ou des Alpes. Au crâne rond s’associent une face assez large et une taille sous-moyenne.
Il est à remarquer d’abord que, même dans ces pôles de grande brachycéphalie, la majorité des sujets à les cheveux châtains. Ceci n’a rien de très étonnant, car on admet le plus souvent que le type alpin correspond à des cheveux foncés ou moyens. Par contre, la majorité des mêmes individus à les yeux clairs, plus souvent bleus que gris, au lieu des yeux foncés des définitions. Beaucoup ont aussi les yeux intermédiaires. Nous avons discuté de cette question plus haut, et exclu l’idée d’un métissage avec une race claire pour celle d’une décoloration régionale. En effet dans les pôles de la brachycéphalie, où il, n’y à pas place pour une autre composante, il est impossible de faire appel au métissage. Et pourtant les yeux clairs y existent en proportions aussi notables. C’est donc le fait d’une variation régionale.
2) Alpinoïides: par symétrie avec les « Méditerranoïdes », on peut employer ce qualificatif pour la majorité des individus qui ne sont pas tout à fait des Alpins, mais sy rattachent plutôt qu’à autre chose.
3) Les Bigouden, exemple de problème légendaire. Après bien d’autres (59, 60, 61, 112, 137), il nous il est arrivé (84) de chercher
à convaincre, probablement sans grand succès, le public cultivé de la normalité des caractères des Bigouden des cantons de Plogastel-
Saint-Germain et de Pont-l’Abbé. Leur appartenance raciale fait,
depuis près d’un siècle, l’objet d’interprétations romantiques rele: vant plus de la littérature d'imagination que de toute autre chose. Malheureusement, trop de lecteurs sont sans défense contre les hydres de Lerne de ce genre, ils ont tendance à gober toutes les” fables un peu alléchantes qu’on peut leur présenter. Ce n’est pas en tout cas le lieu de gaspiller les pages d’un mémoire scientifique sérieux à réfuter des opinions futiles (3, 10, 34, 35, 64, 97, 99, 107, 109: %É19,1123).
On peut simplement constater que les Alpins de la Basse-Bretagne, tant dans le pays bigouden que dans les régions accidentées des Montagnes Noires, des Monts d’Arrée ou du Menez Bré, sont parfois restés isolés de leurs voisins, se sont beaucoup mariés entre cousins et ont vu ainsi une accentuation de EN aspects secondaïres de leur morphologie.
La possibilité d’une fréquence anormale de la luxation congénitale de la hanche est en quelque sorte un caractère spécifique de la race alpine sur toute son aire.d’expansion. Des foyers de luxation existent ainsi en Laponie comme en Europe centrale, ou en Bretagne. En confrontant les résultats d’une enquête de G. et $. Desse . sur la fréquence des luxations et subluxations de la hanche dans le Finistère chez les enfants d’âge scolaire, on constate qu’il y à possibilité de quasi superposition entre la répartition de l’indice céphalique et de ces luxations, qui culminent en pays bigouden, comme l’indice (48, 56).
4) Nordiques
On rencontre en Basse-Bretagne surtout un certain nombre d'individus ayant des caractères nordiques ou tout au moins nordichoïdes. A vrai dire, la seule note spécifique est la nuance claire, blonde, des cheveux, voire le teint. D’autres faits, stature, leptoprosopie, mésocéphalie, etc., sont communs avec les « Mégalithiques », et les yeux bleus existent chez tous les Bretons indifféremment. Il semble y avoir quelques îlots de blondisme dans quelques. localités (Scaër, vallée de l’Ellé et de la Laïta), mais la fréquence des cheveux clairs n’est jamais très marquée pour autant. Au point de vue morphologique, on peut dire qu’on ne rencontre pour ainsi dire jamais des sujets rappelant le Nord de l’Europe, comme on en voit souvent en Normandie ou dans les Flandres, par exemple. On n’a guère affaire qu’à de lointains métis, ou à des sujets mal définis, que l’on pourrait aussi bien considérer comme de simples variétés décolorées des types raciaux précédemment décrits. Maïs cette interprétation serait peut-être par trop paradoxale.