CONCLUSION
| Ecrire cet ouvrage, cela à été en quelque sorte faire le procès des conceptions courantes et des lieux communs, dont là plupart étaient basés sur des hypothèses gratuites ou sur des mythes et «es légendes colportés et enjolivés au long des siècles par les poètes.
Il est possible que nous ayons poussé notre scrupule de critique personnelle trop loin, au point que certains lecteurs pessimistes se seront persuadés qu'il n’y à rien à tirer de nos recherches, et que de notre propre aveu, tous nos efforts sont vains. En effet, tout au long de ce travail, nous nous sommes attachés à faire une autocritique aussi serrée que possible, de manière à chercher à éviter
de tirer des conclusions sans valeur, et à éviter de donner à nos lecteurs impression que nous avions tendance à les payer de mots.
En laissant les détails purement techniques, que les spécialistes sauront toujours retrouver dans ce mémoire, ‘il est utile de dégager, à l’usage d’un public plus large, les notions les plus essentielles et les plus sûres de notre synthèse de l’anthropolôgie de la Bretagne, qui à consisté à confronter les données relatives aux Armoricains, c’est-à-dire aux anciens habitants des périodes pré- et protohistoriques, avec celles relatives aux Bretons actuels.
Parcourue pendant des dizaines de millénaires par de rares petits groupes humains, l’Armorique n’a commencé à recevoir un peuplement notable, c’est-à-dire quelques milliers d’individus, qu’il y à 4.000 ans environ. Une partis de ces hommes descendait des anciens habitants de nos régions au Paléolithique supérieur et au Mésolithique. Par leur crâne dolicho-mésocéphale, leur face large et leur stature généralement assez grande, ils correspondaient à peu près aux types Cro-Magnoïdes, avec toute leur variabilité. Une autre partie de la population, provenant de la péninsule ibérique, avait introduit en Armorique la religion mégalithique, et se rattachaïit au type Atlanto-Méditerranéen, à crâne dolichocéphale, à face allongée et à grande taille.
Pendant l’Age du Bronze, la population à pu s’accroître régulièrement. Il arriva encore quelques immigrants Méditerranéens, entre autres. Mais surtout les deux composantes principales se sont peu à peu fondues, pour donner une série continue d’un type « Méditerranoïde » assez variable. En même temps, la valeur moyenne de l'indice céphalique tend à s’élever.
Ce n’est qu’à l’Age du Fer que DEISt ONE dans l'Est de l’Armorique des brachycéphales de pe Alpin, issus du continent, et dont quelques-uns s’avancent jusqu'aux rives les plus occidentales. La fin de l’indépendance gauloise et l’occupation romaine doivent correspondre à une intensification de cet apport alpin, surtout à la base de la péninsule.
Au cours du Haut-Moyen-Age, l’Armorique devient Bretagne. Cet événement historique s’est traduit par l’infiltration dans la partie Ouest, ou Basse-Bretagne, d’immigrants venus du Sud-Ouest de la Bretagne insulaire, Cornwall et Wales. Ces immigrants, en majorité de type Atlanto-Méditerranéen, probablement moins nombreux qu’on ne l’a crü, ne différaient donc pas totalement des autochtones auxquels ils se sont mêlés, et qui ftaient d’ailleurs des cousins avec lesquels ils n’avaient cessé d’avoir des rapports au long des siècles de là protohistoire.
De sorte qu'aujourd'hui, par les enquêtes sur le vivant, on ne fait que retrouver la composition raciale du pays, à peu près fixe depuis 2.000 ans, qui nous était enseignée par l’étude des ossements. L’anthropologie de la Bretagne est toujours dominée par l’opposition entre une Haute-Bretagne,. en majorité peuplée d’Alpins brachycéphales, à face large et à relativement petite stature, et une Basse-Bretagne (non exactement calquée sur les limites linguistiques, bien entendu), peuplée par des hommes surtout mésocéphales sur les côtes, à face étroite et à taille presque grande. Maïs dans l’intérieur, Ces derniers passent par toutes les transitions entre de vrais Atlanto-Méditerranéens et des Alpins.
Dans le détail, l’étude de l’anthropologie de la Bretagne met bien en relief l’indépendance complète qui sépare les faits biologiques, soumis à des lois précises, et les faits linguistiques ou culturels, dont la transmission dépend .de facteurs variés. Le hasard des choses à voulu que les « Bretons » qui nous ont apporté la langue bretonne au Haut-Moyen-Age étaient, au fond, des celtophones d'occasion, puisqu’à l’origine, ils provenaient de l’Ouest du monde méditerranéen. Ils ont donc été les colporteurs d’une langue qu’ils avaient acquise depuis peu de siècles, et qui n’était pas plus leur propre langue que celle des cousins du pays où ils l’introduisaient.