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Arnaud de Villeneuve, médecin-alchimiste

Nous avons démontré, dans la Statistique du Var (1), qu'aux divers points de vue de la douceur du climat, de la fécondité du sol et de la variété des produits, le Var était un des plus beaux départements de France.

Notre but, aujourd'hui , en publiant l'histoire de se? hommes illustres, est de faire connaître que, sous ce nouveau point de vue, le département du Yar ne mérite pas moins d'être classé parmi les plus favorisés.

Il est, en effet, peu de célébrités plus légitimes et plus pures que celles qui

(1) DrRguignan, 1855. — Garcin, éditeur.

Arnaud de Villeneuve, ce célèbre chimiste, •ce savant illustre, dont la réputation fut immense et de qui on a pu dire : « Qu'on ne » vit, dans son siècle, aucun esprit ni plus » vaste ni plus pénétrant et dont les con- » naissances fussent plus universelles (1), » naquit dans le département du Var, à Villeneuve-Loubftt, près Vence.

Le fait est posititif, mais il est peu connu,

(1) Bayle. — Encyclopédie de sciences médicales, page 131. Paris, 1842.

et nous devons en fournir la preuve; car il est généralement admis, de par les dictionnaires historiques ou biographique';, anciens et modernes, que le lieu de la naissance d'Arnaud de Villeneuve est incertain.

lisent tous reproduit successivement (1), et avec une fidélité d'imitation qui rappelle les moulons de Panurge , la phrase suivante extraite, à peu près textuellement, du Dictionnaire de Moren :

« Arnaud de Villeneuve fut ainsi appelé » parce qu'il vint au monde dans un village » de ce nom ; mais comme on en trouve » dans la Catalogne , dans le Languedoc et

(1) Dictionnaire historique de Moreri. — 1673.

Dictionnaire historique par une société de gens de lettres. — Lyon, 1789.

Dictionnaire universel. Douillet. — Paris, 1847.

Biographie universelle. Michaud. — Paris, 1811

Itiographie universelle. Firmin-Didot. — Paris,

Encyclopédie des sciensesnaédicales.— Paris, 1842.

Encyclodédie catholique. — Paris, 1840.

Bouche, dit qu'Arnaud était Provençal. — Papon- Achard et l'auteur de l'Almanach du Var, font naître Arnaud à Villeneuve près Vence.

» en Provence (et en Italie, ajoute la nouvelle ); Biographie de Firmin-Diclot) on est en T> peine de décider en quel pays il a pris » naissance, »

D'autres écrivains ont tranché la question, mais un peu au hasard et sans produire aucune preuve à l'appui de leur opinion; ils ne sont même pas d'accord entr'eux. Ainsi : Crévier, dans son Histoire de l'Université de Paris, dit qu'Arnaud était clerc du diocèse de Valence, en Espagne, et Aslruc, auteur des Mémoires pour servir à rhistoire de la Faculté de Montpellier, prétend qu'il naquit dans un bourg appelé Villeneuve, à deux lieues de Montpellier.

Voici ce qui a pu donner lieu à ces différentes opinions :

Arnaud de Villeneuve , qui demeura pendant longues années en Espagne, eut l'honneur d'être le médecin de don Pedre , roi d'Aragon et celui de Jacques II, son successeur; les historiens espagnols en conclurent, par erreur ou par orgueil national, qu'il était espagnol, ei propagèrent celte erreur.

Mais on savait, d'un autre côlé, par ses propres écrits et par ceux de ses contemporains qu'il avait étudié la philosophie à Aix et la médecine à Montpellier. Les Provençaux et les Languedociens étaient donc au moins aussi fondés que les Espagnols à le revendiquer comme leur compatriote. C'est ce qu'ils firent en effet.

Il n'en fallait pas davantage pour rendre circonspects les écrivains qui eurent , plus lard, à parler d'Arnaud et de ses œuvres. Aussi ne voulurent-ils pas se prononcer sur celte question délicate ; ils déclarèrent , à l'unanimité, que le lieu de sa naissance de ce savant était inconnu.

Vinrent ensuite les auteurs des Dictionnaires historiques ou biographiques qui, ne pouvant se livrer à de grandes recherches pour chaque individualité , et remarquant d'ailleurs qu'il existait des villages du nom de Villeneuve tant en Provence, qu'en Languedoc et en Espagne, jugèrent prudent d'imiter leurs devanciers.

Cependant il eut été facile à ces auteurs

de s'éclairer sur ce point essentiel ; cai', la plupart d'entr'eux mentionnent , dans leurs notices les deux histoires de la vie d'Arnaud de Villeneuve, qui ont été publiées, l'une en 1620, à Lyon, par Symphorien Champier, et l'autre, en 1719, à Aix , par Joseph de Hai(ze(l). S'ils avaient consulté l'un ou l'autre de ces ouvrages, ils y auraient facilement puisé une conviction.

Joseph de Hailze , historien provençal , connu par divers ouvrages très-appréciés , professait pour son illustre compatriote une profonde admiration.

Ce sentiment dont il était peu-être trop pénétré, est exprimé d'une manière originale dans une dédicace qui nous a paru mériter d'être reproduite • la voici dans toute sa naïveté :

(1) Nous avons été assez heureux pour nous procurer la seconde de ces deux biographies, devenues très-rares. Nous devons cette bonne fortune à l'obligeance de M. Denis, d'Hyères , dont la bibliothèque renferme une raagniQque collection d'ouvrages relatifs à la Provence.

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