‹ Arnaud de Villeneuve, médecin-alchimisteChapitre 3 sur 3 · SI · texte numérisé non relu

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lout le loisir que le gouvernement de ses Etats pouvait lui permettre. Certes on pouvait dire, alors, que comme Robert ne vaquait à ces savantes occupations que pour la seule vue de se rendre plus vertueux, de même Arnaud ne tâchait de seconder une si noble, une si louable passion, que pour l'unique but d'enrichir son esprit par de nouvelles connaissances dans la culture des sciences.^ En effet, ce travail ne le rendit ni plus riche, ni plus avancé en honneurs, non pas par le défaut du prince, avec qui il était en société d'étude, qui aurait été très-disposé à le combler de ses bienfaits, et de lui faire ressentir toute sa royale bienveillance , mais à cause de sa propre indifférence pour les biens de la fortune. »

• Dans son essai sur l'histoire de la littérature d'Aix, M. Rouard donne quelques détails intéressants sur cette protection éclairée que le roi Robert accordait aux savants de son époque, et sur son goût pour les lettres; nous en extrayons le passage suivant où il est question de notre alchimiste :

» Robert se fil couronner roi de Naples dans Avignon qui lui appartenait , et où le pape Clément V venait de transférer le Saint- Siège. iMais la Provence ne jouit pas longteoips de la présence de ce prince habile et prudent, qui protégea les lettres avec tant d'éclat, et les cultiva lui-même avec passion. Aussi, disait-il, selon Pétrarque dont il fut l'admirateur et l'ami , ainsi que de Bocace et d'Arnaud de Villeneuve , que les lettres lui étaient beaucoup plus douces et plus chères que le trône : Ego juro duldores et muUo cariores miU litteras esse quàm regmm (1). Il avait laissé à Aix un souvenir bien conforme à ses goûts. Dans le jardin de son palais, qui était au même endroit où depuis fut bâti l'ancien collège , il avait fait élever un monument sur lequel on lisait cette inscription digne d'un sage : Deo et Musis, à Dieu et aux Muses.

» C'est là qu'il réunissait les doctes de son

(1) Petrac opéra, Rer. mem. lib. 11 , Basil. 1554. Page 467.

temps, dont la conversation lui était si chère, et pour qui ces jardins était une nouvelle académie.

» Ce prince protégea contre les moines Arnaud de Villeneuve, qui fil à Aix une parlie de ses éludes de philosophie , et qui eut tant de renommée comme médecin , comme théologien, et surtout comme alchimiste. — Le même Arnaud de Villeneuve paraît être l'auteur du Livre des Termes, (Traité de l'ar- j, pentage et de la plantation des Termes), com- | posé par ordre du roi Robert , et dont un manuscrit curieux, en vieux provençal, existe aux archives de la ville (l). »

Arnaud aurait pu vivre heureux à la cour deNaples. Mais rien ne pouvait fixer celle nature ardente, cet esprit insatiable de sience. Les charges qu'il occupait absorbant une partie de son temps, il ne lui était plus loisible de se livrer aussi exclusivement aux

(1) Notice sur la Bibliotlifcque d'Aix, précédé d'un ^ essai sur l'iiisloirc littéraire de celle ville . par ■ Rouard. Biblioth., page 38. — Aix, 1831. |

expériences alchimiques. C'était là un sacrifice au-dessus de ses forces; il voulait, en outre, publier divers ouvrages, et Paris lui paraissait le lieu le plus convenable pour celle publication.

Renonçant aux avantages qu'il avait trouvés auprès du roi Robert, et qu'il' eut lieu de regretter dans la suite, il quitta l'Italie pour se rendre à Paris.

En revenant en France il s'arrêta quelques jours à Avignon, où résidait alors le pape , qui vo jlut se l'attacher en qualité de premier médecin, mais ni ce titre, ni les émoluments considérables qu'il lui offrit ne le séduisirent : il poursuivit sa routevers Paris.

Ce fait raconté par Achard, dans son dictionnaire des hommes illustres de la Provence et par divers autres auteurs, semble indiquer que jusqu'alors, il ne s'était pas exposé aux censures de l'Eglise. Cependant l'auteur de l'article Arnaud de Villenetive, dans la nouvelle biographie Firmin Didot , dit que ce savant chimiste, qui avait été appelé à la cour d'Aragon, pour donner ses soins au Roi Don Pedre

III, dûl abandonner bientôt ses fonctions, pour échapper aux effets de l'excommunication, prononcée contre lui par l'archevêque de Tarragone.

Mais s'il avait encouru l'excommunication dès cette époque, les souverains d'Italie et d'Espagne n'auraient évidemment pas désiré l'avoir auprès d'eux, et Clément V lui-même, ne lui aurait pas offert le litre de premier médecin de la cour papale.

Tout fait supposer, au contraire, que ce n'est qu'à son retour à Paris, après la publication de ses œuvres, que commencèrent les persécutions qui, d'ailleurs, n'allèrent jamais jusqu'à l'excommunication.

En 1308 , c'est-à-dire cinq ans avant sa mort, il était encore consulté par le Pape Clément V dans une question intéressant la Faculté de médecine de Montpellier. — On lit, en effet, dans un recueil intitulé : Privilèges de V Université de médecine de Monlpellier, déposé dans les archives de la Préfecture de l'Hérault, une bulle en date du 8 septembre 1308, par laquelle Clément V ordonne, « sur

ctf^t «^'fi4^ Uriçwf^y S ^Atclui jrf^tiiA.

« Vavis d'Arnaud de Vilhnenve , de Jean » d'Alais et de Guillaume Mazères, anciens » régenls de médecine de Monipellier , que » personne ne puisse être promu désormais à » la licence, qu'après en avoir été proclamé » digne par les deux tiers de la Faculté au » moins. »

Fendant le second séjour qu'il fil à Paris, Arnaud enseigna la médecine, la chimie et les sciences hermétiques.

« Ses leçons, dit son historien de Haiize, furent si fort goûtées, et lui firent une si grande • réputation , qu'elles attirèrent en France , tout ce qu'il y avait de curieux dans les pays étrangers. Cela fit que, comme avant lui on allait hors de ce royaume pour rechercher ceux qui montraient les sciences non communes; depuis, les étrangers furent invités de venir en France, pour y apprendre ces mêmes dogmes de doctrine. C'était , en effet , une chose curieuse de voir en la personne d'Arnaud, un maître dans toutes les langues savantes, Latine, Grecque, Hébraïque et Arabesque; et ce qui était encore plus rare,

d'entendre un docteur qui ne cessait luimême d'apprendre , bien qu'il apprit les autres. »

Arnaud ne borna pas ses éludes à la médecine et aux sciences hermétiques — il s'occupa aussi de théologie, de nécromantie et d'astrologie judiciaire. — Ge fut alors que son esprit ébloui se laissa entraîner dans une ■voie dangereuse. Tantôt il voulait réformer certaines pratiques religieuses, tantôt il croyait pouvoir lire dans l'avenir. C'est ainsi qu'il prédit la fin du monde pour l'année 1335, —se fondant sur la conjonction de trois planètes supérieures, qui devait se faire dans ce tempslà, dans le signe du verseau. Il se ravisa ensuite et renvoya le terrible événement à l'an 1464, époque, où la conjonction de Saturne et de Jupiter devait avoir lieu dans le signe des poissons.

On peut s'imaginer la sensation profonde que dut produire celte prédiction, faite par le savant le plus illuslre de son temps, en se rappelant l'émotion, causée tout récemment , par l'annonce d'une semblable catastrophe.

Celte prophétie du célèbre alchimiste jointe aux expériences de chrysopégie auxquelles il se livrait avec un certain succès , le firent accuser de magie. Cela ne doit pas étonner, mais ce qui est plus difficile à comprendre c'est que des auteurs qui écrivirent deux siècles après sa mort, répétèrent les mêmes absurdités. • — Bzovius , dominicain, professeur de théologie à Bologne, dépeignait Arnaud de Villeneuve , dans ses annales publiées à la suite de celles de Baronius (1535), comme « un homme exé- » crable par le commerce qu'il avait eu avec » les démons qui lui permettaient d'opérer » la transmutation des métaux. » — Mariana, jésuite espagnol, qui vivait dans le xvi« siècle, alla jusqu'à lui reprocher, dans son histoire d'Espagne d'avoir cssaî/e la génération humaine dans une courge ou citrouille. >'>ov.t^

(i) «.Ay quiem diga, par lo menos el tostadclo » testiflca^ que intenta con simiente de hotnbre y » etro simples, que mesclo en ciecto vaso, de forî mar un cuerpo humano, y que aunque no salio » con elle, lo elevo muy adelante. » Hhtoria gé-

Rien n'est moins prouvé que ce ridicule essai qui, du reste , fut attribué à tous les grands génies de ces temps de ténèbres. Il y a loin de la métamorphose d'un morceau de cuivre, en un morceau d'or, à la fabricalion d'un homme , et jamais l'alchimie ne poria jusqu'à ce résultat ses prétentions insensées.

Ainsi que nous venons de le dire , Arnaud tomba dans des erreurs plus grandes ; se croyant appelé à réformer la religion catholique et surloul certaines pratiques religieuses des moines dont il contestait l'utilité , il écrivit diverses propositions entachées d'hérésie, qui soulevèrent contre lui les censures de l'Eglise et celles de l'Université.

Voici en résumé le système qu'il développait dans ces propositions qu'il serait trop long d'énumérer ici :

néral de Espana, lih xiv, cap, 9; Madrid, 1623, 1; 694. Mariana écrivit, en outre, le fameux traité de Rege et de?, régis insHtutione, dont Ravaillac s'était, dit-on inspiré pour commettre son crime.

« Les œuvres de charité el les services que » rend à l'iiumanité un bon el sage médey> cin, sont préférables à tout ce que les prê- » très appellent œuvres pies , prières , el » même au saint-sacrifice de la messe. »

Poursuivi comme hérétique par l'Université et par l'Inquisition , il se détermina à passer en Sicile auprès du roi Frédéric qu'il savait lui être favorable. Il cul beaucoup de peine à mettre son projet à exécution; car les ordres les plus sévères avaient été donnés dans toute la France , pour l'arrêter et le traduire devant le terrible tribunal de l'Inquisition. Il parvint néanmoins à s'embarquer secrètement. Une tempête épouvantable faillit engloutir le navire qui le portait , et ce ne fut qu'après avoir couru les plus grands dangers qu'il aborda, non pas en Italie, mais sur les côtes d'Afrique, d'où il s'embarqua, non sans difficulté, el se rendit enfin auprès de Frédéric.

Accueilli avec beaucoup de distinction par le roi de Sicile, qui avait pour lui une grande sympathie et qui sut le proléger contre les

perséciilions de la sainte Inqnisilion , il sembhiit qu'Arnaud de Villeneuve dût finir paisiblement ses jours dans cette honorable retraite. Mais il n'en fut pas ainsi , il termina en voyage l'existence que son amour pour la science, et aussi une certaine humeur ambulante, avait rendue si agitée et pour ainsi dire errante.

Ayant reçu, en effet, du pape Clément V, qui était dangereusement malade, l'invitation de se rendre auprès de lui , Arnaud ne s'y refusa pas. Ce pape s'était toujours montré bienveillant pour lui; il promettait d'ailleurs de faire cesser les poursuites de l'Inquisition. Le célèbre médecin se mit donc en mer sans retard, mais il ne devait pas revoir sa patrie : il mourut en vue des côtes de Gênes. Son corps fut porté dans cette ville où il fut enseveli fort honorablement en 1313.

Le pape fut très-affecté de celte mort , il écrivit à tous les évêques pour les inviter à faire chercher un traité intitulé : Praxi medîca, que Villeneuve avait composé à son intention et lui avait dédié. Dans ce bref, Clé-

ment V donnait de grands éloges au savant médecin et menaçait d'excommunication toute personne qui, ayant trouvé son traité, ne le lui remettrait pas.

Clément Y avait fait suspendre les poursuites que l'Inquisition avait commencées contre les œuvres d'Arnaud , mais après la mort du pape, la procédure fut reprise. On lit, en effet, dans le Dïredonum inquisitoriiim nicolai Eymerici , page "232, édil. 1585, que Longer, Jacobin, inquisiteur, condamna quinze erreurs d'Arnaud de Villeneuve, pendant la vacance du Saint-Siège.

On a beaucoup reproché à Villeneuve de s'être laissé entraîner par son gout pour l'étude de l'alchimie, et d'y avoir consacré un temps précieux qu'il aurait plus utilement employé en pratiquant la médecine. Il s'adonna, il est vrai, avec trop d'ardeur à l'élude de la science hermétique , et s'y acquit une grande célébrité, mais il n'en fut pas moins le plus savant chimiste de son époque.

Il faut reconnaître aussi qu'il fit faire un grand pas à la médecine.

« Il osa— dit M. Bayle dans l'encyclopédie » de médecine, —penser par lui-même, au » sujet de la chimie, qu'il fil servir à la mé-

» decine. »

On lui doit plusieurs produits chimiques très-précieux. C'est à lort, cependant, que quelques auteurs lui ont attribué la découverte de l'essence de térébenthine , des trois acides sulfurique , murialique, nitrique, et de l'alcool.

En effet, Galien (Gludius Galenus) qui vivait en l'an 131 de J.-C., est considéré comme le premier médecin qui ait fait usage de l'essence de térébenthine. — Rhasès , chimiste arabe du x" siècle, parle de Vacide sulfurique dans ses ouvrages. — Wacide nitrique est mentionné dans les œuvres de Geber, chimiste du ix° siècle, et Vacide muriatique appelé aujourd'hui chloridique, qui n'est connu que depuis 1774, fut découvert par Scheele.

Quant à Valcool, les arabes des premiers siècles connaissaient déjà l'art de l'extraire du vin et des autres liquides fermentés ; Arnaud de Villeneuve ne fit que propager son

usage en médecine (1).

Mais si les arabes ont, les premiers, connu la distillation du vin et les productions del'alcool, on ne saurait contester à Arnaud de Villeneuve l'imporlalion de cet art en Europe, pas plus qu'on ne peut lui contester d'avoir été l'inventeur des alcoolats aromatiques ("esprits recteurs des plantes;. Ek si on pouvait remonter à l'origine de l'industrie des parfums , longtemps monopolisée par la villo de Grasse, voisine du lieu qui a vu naître et exercer Arnaud de Villeneuve, on retrouverait , très-probablement, les traces de l'impulsion donnée par ce chimiste à l'industrie distillaloire et à la parfumerie de ce pays.

Il n'est pas étonnant que les écrivains de son époque aient attribué à Arnaud de Villeneuve ce qui appartenait à ses prédécesseurs; car, avant l'invention de l'imprimerie les découvertes de ce genre ne se propageaient que très difficile-

(1) V. Trousseau et Pldoux, Traité Je thérapeutique et de matière médicale et Douillet, Dictionnaire des sciences, V

ment, el celui qui, le premier, faisait un usage intelligent des remèdes peu connus dans son pays, ou qui les perfectionnait, était considéré comme l'inventeur de ces remèdes.

Quoi qu'il en soit sa réputation fut immense, et son savoir incontestable. — S'il en avait été autrement les souverains ne se seraient pas disputés ses soins, el le Pape Clément V ne l'aurait pas protégé contre l'inquisition, alors surtout qu'il était accusé d'hérésie.

Quanta l'accusation de magie qui fut portée contre lui , de Haitze la repousse en ces termes : « Mais noire auteur provençal n'a » plus besoin de justification après la part que » le savant iVaM(ie lui a donnée, dans l'apolo- » gie qu'il a dressé en faveur des grands » hommes accusés de magie. D'ailleurs il ne » faut que considérer l'estime que noire roi » Robert, qui a passé pour le Salomon de » son temps, faisait d'Arnaud, l'accès qu'il » lui avait donné auprès de sa personne, et » les sentiments à peu près semblables du )) Pape Clément Y, qui l'avait honoré du litre

» de son médecin , pour le croire tout autre » qu'un homme abominable par ses supersli- » lions. »

On a d'Arnaud un grand nombre d'ouvrages, dont quelques uns sont très estimés 5 mais ils laissent tous beaucoup à désirer sous le rapport du style ; ils sont même au dessous de la manière d'écrire de son temps, et on n'en doit pas être surpris, s'il est vrai qu'il les composait à la hâte, et qu'il ne les relisait jamais, soit parce qu'il avait la vue assez mauvaise, soit parce que la vivacité de son caractère ne lui en permettait pas la révision, toujours pénible et souvent ennuyeuse. C'est du moins ce que dit de Hailze, d'après le témoignage de Symphorien Champier et de Nicolas Antonio.

Il est probable aussi que beaucoup de mauvais ouvrages qui lui sont attribués ne lui appartiennent pas; car ce fut une pratique constante des alchimistes, de mettre sous le nom de ceux qui avaient illustré leur secte, un grand nombre de leurs productions , afin de les faire acceptera la faveur de ce nom célèbre.

Nous pouvons en citer une preuve facile à constater. Il existe dans les archives de la mairie de Toulon, la copie d'une lettre attribuée à Raymond LuUe, et par laquelle ce sa- ^ vant alchimiste aurait enseigné au Roi Robert, comte de Provence, un procédé infaillible pour faire la pierre philosophale. Or, ct lte lettre qui est datée de n'a pas pu être écrite par Raymond Lulle, mort en 1315 (1).

Parmi les ouvrages publiés sous le nom d'Arnaud, il en est un particulièrement qui ne saurait lui être attribué ; c'est le traité intitulé : De omni génère simplichm medicamentorum, qui n'est qu'un recueil tiré des ouvrages d'Avienne, de Sérapion, et du PandecZaire dë Jean Platérius, plus récent qu'Arnaud — et dans lequel Arnaud lui-même est cité.

De même qu'on a considéré Arnaud comme ayant écrit certains ouvrages qui ne lui appartiennent pas, il nous en manque aussi plu-

(1) Le Roi Robert était contemporain de Raymoud Lulie il régna en Provence de 1309 h 1349 — mais il était mort depuis un demi siècle à la date de cette lettre.

sieurs que les anciens auleurs lui attribuent. Nous n'avons plus, par exemple , aucun des traités qui furent proscrits par la sentence portée contre lui à Tarragone, et dont Eyraeric fait le dénombrement.

Voici la nomenclature des ouvrages attribués à Arnaud de Villeneuve :

Le miroir des introductions médicinales. — De Vhumide radical. — Un commentaire sur le texte de Galien, au sujet de la diversité des mauvaises complexions. — Du régime de santé. — De la conservation de la santé, ouvrage qu'il écrivit pour le Roi d'Aragon, — De la conservation de la jeunesse et du retardement de la vieillesse, dédié au Roi Robert , comte de Provence. — Considérations sur V œuvre de la médecine. — De la saignée, qu'il qualifie de vénérable, « Apparemment, dit de Haitze, à cause de l'importance du sang pour l'entretien de la vie animale, d'où l'axiome vulgaire a été tiré, que Vâme réside dans le sang ; ce qui se dit, parce que toute entière en tous les membres du corps animal, il semble, pour

ainsi dire, que le sang soil le véhicule par où celle àme s'insinue dans loules ses parties ; et c'est ce qui fait donner de la vénération au sang. » — Règles générales pour la çiuérïson des maladies , qu'il appelle ses paraioles.

Il dit, dans la première parabole que toute guérison procède du souverain bien qui est Dieu, Il déclare ensuite : 1° Que pour opérer utilement dans la médecine, il ne faut avoir que l'honneur pour but ; 2° que ceux qui s'introduisent dans la médecine pour acquérir des biens deviennent les avortons de cette science ; 3" que ceux qui sont attentifs à se procurer leurs commodités temporelles, se trouvent non seulement peu propres pour procurer la santé aux autres , mais qu'ils sont encore très souvent les causes malheureuses qui y font obstacle ; 4° qu'un esprit dissipé et engagé dans les voluptés flétrit, pour ainsi dire, les connaissances de l'art de la médecine, en les faisant peu valoir ; 5° enfin, que les emportements de l'esprit et les appétits déréglés, déchirent non seulement l'ouvrier, mais encore qu'ils empêchent la rectitude de son ouvrage.

Régies générales pour la conduite du médecin dans les maladies inconnues. — Aphorismes sur toutes les maladies. — De la manière d'opérer sur le corps humain. — Du régime que les gens de guerre doivent garder. — Commentaire sur le fameux régime de vivre, donné par l'école de Salerne au Roi d'Angleterre. — Instructions générales sur toutes les maladies, qu'il a intitulées le Bréviaire de la pratique médicinale, suivi d'un traité des urines et de toutes les fièvres. — Une pratique sommaire ou régime de médecine, qu'il écrivit sur la demande du Pajje Clément. — De la manière de préparer les aliments des malades dans les maladies aiguës. — Recueil de régimes dans les dites maladies. — Le régime de la fièvre quarte. — Manière de traiter les fièvres éthiques. — Traité de stérilité. — Des signes de la lèpre. — De la bonté de la mémoire. — De Vamour héroïque , ou de la passion amoureuse. — Des maléfices contre le 7mriage. — Des précautions médicinales. — De la manière de composer les médecines. — Traité des vins. — De r ornements des femmes, par rapport à la beauté du corps.

« Ce traité, dit de Hailze, est un ouvrage assez inutile, comme destiné pour des personnes, qui étant continuellement attentives â idolâtrer leur corps, ne sont que trop remplies des moyens de satisfaire celte passion idolâlre, qui les possèdent entièrement. »

De la décorationdu visage.— Delà génération animale. — Des choses ntiles ou nuisibles aux principaux membres du corps humain. — Une exposition sur Vaxiome d'Hippocrate touchant la brièveté de la vie et la longueur de l'art de la médecine. — Des pronostics qu'on tire des songes qu'on fait en dormant. — Des jugements qu'on fait des maladies, selon les règles astronomiques ou le mouvement des planètes. — Version latine du livre grec des propriétés surprenantes des choses naturelles de Costaben Luce, intitulé des Ligatures plujsiques.

De la véritable composition de la philosophie

naturelle, par laquelle tout imparfait est ramené à son juste titre solaire et lunaire. Ce traité sur la pierre philosophale est aussi appelé par Arnaud le trésor des trésors, le plus grand secret de tous les secrets, ou le Rosaire

— ra-

des philosophes. — Un autre traité sur cet objet, dédié au Roi d'Aragon, et qui a pour litre : \e Parfait magisler ou la joie de maître Arnaud de Villeneuve — ou encore la Fleur des Fleurs. — Deux autres traiiés sur la pierre philosophale composés, le premier pour un de ses élèves et le second pour le comie Robert, RoideNaples.— Une recelte d'éleduaire, merveilleux préservant de la peste, et confortant la masse de toutes les bonnes qualités du corps. — Un traité contre la gravelle, qu'il a appelé l'ouvrage de la Marie de Dieu, composé pour le Pape. — Un régime curatif et préservatif touchant le catharre. — Des palpitations du cœur. — Un traité de l'épilepsie. — L'apologie de la constitution carthasienne relatif à l'abstinence absolue de la viande, contre les jacobites.

Toutes les œuvres connues d'Arnaud ont été réunies en un volume. La première parut à Lyon en 1504 , in-folio , avec une préface de Thomas Marchius. Il en a paru ensuite plusieurs du même formai , Paris, 1509; Venise, 1514; Lyon, 1520, avec la vie

d'Arnaud, par Symphorius Champin , et à Bâle, en 1515, 2 vol., avec quelques annotations de Jérôme TaurelUis, de Monlbelliard.

On lit en tête de l'édition de 1504, les vers latins suivants :

Si cupis infestas morbos evadere lector;

Et di/f'erre tuo caniciem capiti :

Si causas rerum, Divinaqm dogmala scire;

Abdita na urœ si peneirare daiur .

Arnaldi libres , qucs Th mas nuper ab atris,

Eduxit tenebris^ nocte dieque lege.

Si tu désires, lecteur, être k l'abri des maladies pestilentielles,

Et empêcher qnc la tête De blanchisse trop lot;

Si tu veux connaître les causes des choses elles secrets de Dieu,

Et approfondir les mystères de la nature,

Lis jour et nuit les œuvres d' Arnaud

Que Thomas vient de publier.

Suivant en cela l'exentiple qui nous est donné par de Hailze, nous terminerons celte notice en rappelant les divers jugements portés sur Arnaud de Villeneuve par les écrivains qui ont lu ses ouvrages :

Raymond-Lulle, célèbre médecin philosophe, contemporain et disciple d'Arnaud, lui donne dans la préface de son ouvrage sur l'opération du grand œuvre, le litre de fontaine de science.

—Jean André, savant jurisconsulle, qui a aussi vécu el écrit du temps d'Arnaud et qui même l'avait vu et connu, le qualifie dans ses noies sur le spéculateur : de médecin et de théologien du premier ordre. — Jean Villan[, historien du même siècle, dit dans le chap. III du IX<= livre de son histoire, qu'Arnaud était un très-grand philosophe. — Panorme , un des plus grands jurisconsultes du xi« siècle, l'appelle : souverain et presque divin médecin. — Symphorien Champier, ne craint pas de dire dans l'abrégé qu'il a donné de la vie d'Arnaud : quaprès ce grand philosophe personne n'a pénétré si avant dans les secrets de la nature, et que nul ne l'a égalé dans la pratique de la médecine. — Théodore Zwinger, dans son Théâtre de la vie humaine , l'a rais au rang, non-seulement des premiers médecins, mais encore, des premiers littérateurs, comme possédant les langues latine, grecque, hébraïque et arabe. — Un des plus remarquables historiens espagnols, Mariana, atteste dans son histoire d'Espagne, liv. 14, chap. ix, qu'il était le plus fameux et le plus savant médecin de

son temps , medico muy nomhrado, y dodo en aquellos /impos. —Nicolas Antoine, dans sa BiUiothèque d'Espagne, appelle Arnaud : grand philosophe et grand médecin, qualités, dit-il , que tous les écrivains qui^ dans tous les temps, en ont parlé, lui ont constamment attribué. — Jean Impériale, duc de Saint-Ange, homme d'Etat et littérateur génois, le dépeint , dans ^on Musée historique, comme, un personnage d'un génie prodigieux qui avait rempli V Europe de son nom, quoique de naissance obscure. — CoLOMiES, dans son curieux recueil des français qui ont excellé dans la connaissance des langues orientales, y donne le second rang à Arnaud de Villeneuve. — Enfin , MoRERi dit qu'Arnaud a été un des plus grands hommes de son temps, et que les auteurs sont unanimes à déclarer qu'on ne vit, dans son siècle , aucun esprit ni plus vaste ^ ni plus pénétrant et dont les connaissances fussent plus universelles.

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