‹ Arnaud de Villeneuve: Sa Vie et Ses ŒuvresChapitre 21 sur 42 · À ER · texte numérisé non relu

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COSMOLOGIE 8t

elle avait vécu jusqu’à ce jour, l'avait ainsi résolu : l'être humain, fait à l’image de Dieu, est un petit monde, un microcosme ; en lui doivent se retrouver toutes les sphères, tous les mondes particuliers dont l’ensemble constitue le macrocosme, gloire manifestée du Créateur. L'homme, cet être universel appelé jadis à d’autres destinées (1), actuellement divisé, individualisé et soumis à l’existence du monde élémentaire, se trouve ainsi éloigné de son origine, séparé par la triple enceinte de son individu, résumé des trois mondes.

En particulier son corps, mixte, composé d'éléments, appartient au monde sublunaire et se trouve comme lui, soumis aux variations, au devenir, à la naissance et à la mort. Comme tout mixte, il peut, suivant les périodes, être plus ou moins harmonieux, plus ou moins parfait ; il ne peut jamais échapper au mouvement d’altération qui lui fait décrire une courbe fatale dont les maxima correspondent à l’état de santé et de vigueur, dont les minima sont les maladies, les déchéances. Ce monde élémentaire, ces actions sublunaires, qui régissent les corps physiques, au milieu desquelles ils se meuvent et par lesquelles ils vivent, est donc ce qui intéresse le plus le médecin et nous devons insister spécialement sur ces conceptions d'éléments, de qualités premières, de cycle des qualilés, tâcher d’en préciser la signification pour mieux comprendre la pensée d’Arnaud de Villeneuve et ses théories médicales.

De même que le monde archétype correspondait au ternaire, le monde céleste répondait au septenaire et le monde élémentaire au

(x) Nous n'avons pas ici à exposer la théorie de la chute qui vient autant de Platon par la philosophie que des livres mosaïques, par la religion : il suffit de remarquer qu’elle était théologiquement consacrée, philosophiquement admise et que la science, comme nous le verrons, prenait cet enseignement come point de départ de ses systèmes.

quaternaire. Cette symbolique des nombres ne doit pas se comprendre comme une simple classification conventionnelle qui faisait ranger toutes choses suivant un nombre ou suivant un autre; il y avait plus que cela derrière cette si ancienne conception de la vertu des nombresetdes rythmes. Pythagore avait laissé le souvenir d’une philosophie établie sur ces lois mathémathiques de la pensée et c'était toujours d’après ses idées que le moyen âge conservait cette tradition. Microcosme et macrocosme ayant les mêmes lois, celles de la pensée sont aussi celles des mondes et la philosophie résolvait ainsi le problème des antinomies, le passage du phénomène au nonmène. La loi quaternaire qui régissait le monde matériel, se manifestait par un passage continuel du positif au négatif, mouvement circulaire dont les quatre phases formaient les quatre qualités premières de la matière : le chaud, le froid, le sec et l’humide. Ces quatres modalités de la force unique, impossibles aussi bien à percevoir qu’à analyser séparément, déterminent donc dans l'univers matériel, quatre états de la matière, très analogues à ce que nous appelons aujourd’hui solide, liquide, gaz, matière radiante et que l’ancienne théorie appelait : Terre, Eau, Air, Feu. C’est, en effet, une erreur de croire que les philosophes et les chimistes du moyen âge, pas plus que les anciens, désignaient par Feu, le feu de bois ou de charbon, par Eau, l'eau des ruisseaux, « L'ancienne doctrine de la formation de toutes choses par quatre « éléments, selon Pythagore, Empédocle, Platon et Aristote... n’a «prétendu par là, désigner empiriquement la pure matière primi- « tive; mais bien plus essentiellement la détermination idéale de « la force qui individualise la figure du corps ; et nous devons par « là admirer avant tout, l'effort par lequel ces hommes, dans les

« choses sensibles qu’ils choisissaient pour signes, ne connurent et «ne retinrent que la détermination générale de l’idée. Au contraire, « les physiciens empiriques modernes ont, de préférence, fondé

« leur gloire sur une toute autre manière d'envisager la question, « procédant toujours à la recherche du particulier, au lieu de « s’efforcer d'élever le particulier au général, et de reconnaitre ce- « lui-ci dans celui-là. » (1)

Chacun des éléments est le produit de l’action simultanée de deux qualités sur une même matière, Le chaud et le sec réunis donnent ainsi le feu, le froid et l’humide, l’eau et ainsi de suite, et ‘le tableau suivant résume parfaitement cette théorie.

On voit que le mélange du sec au froid, en parties égales, donnerait une Terre théoriquement pure et parfaite ; mais en pratique cela ne se produit pas et le nombre des Terres est indéäni (comme on peut le vérifier dans les nomenclatures des anciens chimistes), suivant que le sec ou le froid prédominent plus ou moins (2).

(x) Hégel. Philosophie de la Nature, p. 245.

{o) ef. 172 ba. et 126 ab. Arnaud de Villeneuve classe même, d'apres Avicenne, les qualités par degrés intermédiaires.

Il ya ainsi unc Terre très voisine de l'Eau et une autre très semblable au Feu.

Mais ce ne sont encore là que des corps simples ; sur les quatre éléments, pour produire, les mixtes réagissent continuellement les astres et les corps déjà formés. On ne peut isoler un corps du milieu qui l’entoure autrement que par la pensée : en fait et dans la vie, tous les êtres qui l’avoisinent, depuis la terre où il s'appuie, jusqu’au ciel où le soleil, les astres et les météores l’influencent, ont sur lui une action plus ou moins grande, mais qui peut se mesurer et prendre, dans certains cas, une puissance prédominante sur son existence ; il en est ainsi sans cesse des mixtes. Dans un traité d’Aristote l’alchimiste, dont le texte primitif syriaque a été traduit en latin (1), on lit : « Puisque de la conjonction et de « la révolution des sept planètes à travers les sphères des signes « viennent toutes les variations, et ce monde sublunaire et le « moyen de les connaître par l'intermédiaire de la mutation des « quatre éléments, etc. » et Arnaud de Villeneuve, comme tous les alchimistes du xtr1° siècle, expose cette doctrine dans des termes analogues (?).

Plus anciennement encore, c'est la même conception qui dominait la science : Stéphanus, un physicien grec et un médecin aussi, cité par M. Berthelot, dans son savant ouvrage (3), écrit : « Le feu étant chaud et sec engendre la chaleur de l'air et la « fixité de la terre ; de telle sorte que, possédant deux qualités, il « devient triple élément. Aïnsi l’eau étant humide et froide, en- « gendre l'humidité de l'air et la froideur de la terre, de telle

(x) Theatrum chemicum. Argent. 1660. 6 v, in-16, Tome V, p. 787-798, cf. p. 788.

(2) IT. 16. bb,

(3) La Chimie au Moyen-Age, p. 274.

« sorte que, possédant deux qualités, elle devient triple élément. Ainsi la terre étant froide et sèche, engendre la froideur de l’eau « et la sécheresse du feu; de telle sorte que, possédant deux qualités, elle devient triple élément... etc... » Un double mouvement d'attraction et de répulsion entre les éléments positifs et négatifs détermine donc les actions conservatrices, vitales ou de génération dans l’univers, du fait même de sa loi quaternaire. Mais, de plus, les intensités relatives des qualités, modifiées sans cesse par les influx élémentaires des planètes, produit le cycle des éléments, tendant sans cesse à faire traverser au mixte la série des états élémentaires et réalisant le courant destructif ou d’altération

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