‹ Arnaud de Villeneuve: Sa Vie et Ses ŒuvresChapitre 22 sur 42 · EN · texte numérisé non relu

EN

d'ordre septenaire.

Ce double mouvement de générationet de destruction, cyclique, universel, n’est autre chose que la vie et c’est le couronnement de l’existence matérielle, ce qui la perpétue, mais aussi ce qui la détruit.

Cette antique doctrine, discutable d’ailleurs et sujette à critique, comme toute doctrine, n’en était donc pas moins une doctrine vaste, synthétique, et dont les idées générales : indestructibilité de la force, unité de la matière, éternité de l’être, ne sonten désaccord ni avec les progrès incessants de la science, ni avec le dégagement de plus en plus libre des idées. Ce fut là le système cosmologique d'Arnaud de Villeneuve comme ce fut celui de tous ceux de son époque et de beaucoup avant lui. Mais le rôle intermédiaire qui le caractérise fait que, dans cette doctrine, quelques points furent modifiés par lui, prépärant l'avenir, introduisant un nouveau germe. Un terme figure de plus en plus dans la science du xrv° et du xv° siècle, qui prend une place prédominante au xvi*, c'est le Spiritus. Sans doute le mot est ancien, mais l’interprétation en est nouvelle : plus tard, on le traduira différemment, souffle, esprit, quintessence, éther, lumière astrale, suivant le rôle

que lui attribueront les physiciens, les médecins ou les astrologues. Quoi qu’il en soit, ce terme est dû à Arnaud de Villeneuve et l’acception nouvelle qu’il lui donne apparait pour la première fois avec lui, dans notre mondescientifique. L'idée d’ailleurs, était originaire, non pas des Arabes qui restèrent les fidèles disciples de la science grecque, ne connaissant que les quatre éléments, mais des livres et des enseignements hébraïques, des centres savants du Languedoc, de la Provence et de l'Espagne (1).

L’idée nouvelle que désigne ce terme est la suivante : l’action des astres, c’est-à-dire du monde céleste sur le monde élémentaire, ne peut se produire que par l'intermédiaire d’un agent qui se trouvera aussi dans le monde céleste, participera de ses qualités, échappera aux lois du monde sublunaire. Cet agent intermédiaire, réservoir des formes, les dispensant aux concentrations, les reprenant aux dissociations élémentaires, nœud véritable des existences terrestres, d’abord à peine entrevu et vaguement conçu comme quelque chose de semi-matériel, apparut de plus en plus distinctement, se précisa chez les auteurs qui succédèrent à Arnaud (2) et furent ses disciples. Raymond Lulle en fut le plus actif propagateur. Cette quinte essence admise et douée d’un rôle important dans le macrocosme, devait avoir aussi son analogue dans le microcosme et, en effet, nous trouvons dans Arnaud de Villeneuve, l'idée d’un principe vital, d’une sorte de fluide nerveux,

(x) Cet élément intermédiaire entre le deuxième et le troisième monde s’appelait en hébreu Aôr que l’on peut traduire par lueur, ou Rouach qui signifie à la fois souffle et esprit.

(2) Morin, un des plus grands théoriciens de l'astrologie, consacre plusieurs chapitres de son Astrologia Gallica à l'étude du Spiritus. Nous avons déjà cité son ouvrage. Cf. Lib, IT. Sect. IT. Cap. I. (p. 92) et Lib. XIL. Sect. ILE. Cap. III (p. 276).

encore mal défini, mais fréquemment cité (1), qui porte le nom de Spiritus et correspond au rôle encore peu précisé dans sa science que jouait dans le grand monde l'Esprit universel des Kabbalistes.

Ainsi la science s’établissait peu à peu grâce aux successifs apports des hommes, à leur action commune qui rassemblait et unifiait les doctrines transmises avec les documents acquis. Dans cette œuvre de création et de constitution, Arnaud de Villeneuve eut un rôle plus important que beaucoup d’autres : placé entre des races diverses, au matin d’une époque de rénovation, ce ne fut pas seulement la doctrine d’un homme qu’il reçut et modifia, qu’il unit à celle de quelques contemporains ; ce fut toute la science de deux races qu’il assimila et qu’il fondit avec les vieux enseignements classiques, vestiges d’une troisième civilisation plus ancienne et presque oubliée. Il avait reçu le sol épuisé du vieux patrimoine; il laissait une terre jeune et des germes nouveaux.

(x) 56 ba. 56 bb. 91 be. 150 aa. 157 ac. 154 bc. 157 ba. 157 bb. 155 au. 159 ab. — I, 160 ac. — I, 28 ac.

Page 1