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Il y a, dans la pathologie, deux sciences faciles à distinguer : l’une, toute interne, qui recherche et étudie la genèse de la maladie, la pathogénie, qui repose sur la science générale de la vie et varie suivant l'opinion que s’en fait le médecin, suivant la science de l’époque et les théories générales de la biologie, est aussi, malgré ses variations, la portion la plus importante de la pathologie, car elle pénètre au cœur même de la maladie, en conçoit la cause, en détermine la thérapeutique; l’autre, science d'observation, note des symptômes, emmagasine des faits et les classe, cataloguant ainsi les maladies d’une façon extérieure et tout apparente, c'est la nosographie, science aveugle si la pathogénie ne l’éclaire; mais dont le concours est indispensable à la constitution d’une pathologie. Son rôle est de fournir des matériaux qui permettent le diagnostic et empêchent la pathogénie de devenir dangereuse en se perdant dans des hypothèses vaines ou erronées. Cette science se modifie peu suivant les temps : on n’observe pas le facies d’un malade ou les déformations produites par une fracture avec plus de soin que ne le faisaient les Grecs. Quelques appareils d'investigation plus délicats sont entre nos mains, il est vrai; mais les signes physiques n’ont pas changé : l’homme malade est toujours impotent, souffrant, déformé localement ou dans son attitude générale. S'il a de la fièvre, son agitation, sa température, son inappétence sont vraisemblablement les mêmes qu'elles étaient i] y à des siècles; la science des symptômes s’est lentement enrichie
des observations successives ; les classements médicaux sont plus complets, les diagnostics plus variés, mais nulle part nous ne trouverons d’oppositions, de contradictions, ct il ne saurait y en avoir. La description des maladies est donc, dans tous les temps, la portion de la pathologie qui restera la plus voisine de nous et où nous saisirons le mieux l’érudition d'un auteur et son temperament médical.
Mais, à l’époque d’Arnaud de Villeneuve, elle présente un intérêt particulier : la pathogénie vivait alors sur le passé, sur l’autorité, et son éloignement croissant de l'observation était de moins en moins compensé par la science des faits, par la symptomatologie négligée. Les Arabes, en rendant de la précision à l’examen des faits, en apportant denouvelles descriptions (1) et des méthodes d'investigation plus exigeante, redonnèrent de la vigueur à cette partie indispensable de la médecine. Arnaud suivit ce mouvement; mais, plus que tout autre peut-être, entrainé par la pente naturelle de son esprit très clair, il se fit remarquer par la précision de ses énoncés, la rigueur de ses classements et de ses observations. S'il décrit une maladie, il en donne d’abord la définition aussi peu théorique que possible et ne nécessitant pas d'acceptation à priori d’une théorie physiologique (?), puis il en étudie les causes qu'il divise en déterminantes, antécédentes et conjointes. Les causes déterminantes sont les causes occasionnelles : un coup pour un abcès, un excès de boisson ou une contrariété pour un ictère. Les causes antécédentes sont les causes prédisposantes : mauvais terrain, épuisement nerveux, anémie. Enfin, les causes conjointes.
(1) On doit aux Arabes la première description de la rougeole, de la petite vérole, du spina ventosa qui ne se trouvaient pas dans les Grecs.
(>) Voyez, par exemple, la définition de la phrénésie (146 «c) ou de la léthargie (148 ac); elles ne s'appuient que sur une donnée anatomique,
plus difficiles à saisir, comprennent les causes physiologiques immédiates qui déterminent la lésion, arrêt de cireulation dans un vaisseau, épanchement dans une cavité (1).
De ces causes, la plus importante est la première, Arnaud décrit ensuite les signes de la maladie, signes physiques (?;, fonctionnels et subjectifs (3), avec une très grande précision, consacrant des pages entières aux symptômes communs, propres ou différentiels des maladies, comme on le voit dans son De Parte operativa. Les signes se divisent encore pour lui au point de vue pronostic en signes de gravité, signes de guérison, signes de permutation ; ces derniers annonçant l'apparition d’une complication ou une autre localisation de la maladie. Suit le traitement détaillé. Telle est la méthode logique et complète avec laquelle il décrit chaque maladie. Rien de théorique, rien d’hypothétique; seule, une observation très exacte des symptômes.
C’est ainsi qu’il étudie successivement les maladies dans les différents traités consacrés à la pathologie, spécialement dans le De parte operativa et dans le Compendium medicinæ practicæ. Ce dernier ouvrage est le plus complet : il y traite d’abord et longuement des maladies des centres nerveux, déjà étudiés dans le De parte operativa. 1° L’épilepsie, qui présente trois variétés : épilepsie vraie, d’origine centrale, où le malade atteint brutalement, tombe comme une masse, sans signes précurseurs, écumant et se débattant ; l’analepsie, qui débute par des signes avant-coureurs,
(1) Les causes conjointes relèvent d’une science spéciale, la physiologie pathologique, la vie de la maladie qui n’est ni la pathogénie, car elle est science d'observation, ni la nosographie, car elle repose déjà sur des théories physiologiques et varie avec elles. Nous rechercherons quelle elle était dans Arnaud lorsque nous aurons étudié sa pathogénie et sa nosographie,
(2) 148 bb.
(5) 148 ab, 149 ab.
crampes, morsures de l'estomac, puis tintements d'oreilles : le malade sent parfois quelque hose remonter de l'estomac à la gorge; des nausées précèdent indiquant l’origine stomachale du réflexe : enfin la troisième variété, catalepsie, est d’origine réflexe aussi, mais le point de départ est un membre, une extrémité : c’est là que se manifestera l'aura. L’épilepsie sous toutes ses formes est héréditaire (1), l’apoplexie qui laisse souvent la paralysie à sa suite : la phrénésie (méningite vraisemblablement), dont les symptômes graves sont le rire sardonique intermittent, le grincement des dents, le décubitus dorsal, le pouls spasmodique fréquent, tremblant, le myosis. Toutes ces maladies soigneusement décrites, ont d’ailleurs une origine commune : des abcès cérébraux ou périencépheliques qui ne diffèrent que par leur situation : les symptômes généraux sont les mêmes et le diagnostic repose seulement sur les symptômes particuliers. Nous n'avons pas à citer toutes les variétés de lésions cérébrales et de maladies nerveuses sur lesquelles Arnaud insiste spécialement. L'étude sur la paralysie ne peut cependant pas être passée sous silence : il y établit que la
paralysie n’est pas toute lésion produisant l'impotence d’un mem-
bre, mais seulement celle où, simultanément, le mouvement et la sensibilité sont supprimés : il y a, en effet, dit-il expréssement, des nerfs sensitifs et des nerfs moteurs (2) ; la lésion de deux SYStèmes est nécessaire pour constituer la paralysie : il faut aussi la distinction importante des paralysies d’origine centrale et de celle d’origine périphérique (3) et signale des paralysies cum tremore (paralysies agitantes).
Pour les organes des sens, il décrit (4) une cure de la fistule la-
1) IL, 258 ab.
) IT, 28 ca.
5) 1, 98 bb.
ñ) IT, 99, bb.