V. Baronius, «?i
3. Ann. 1130. « Eugeniuspapa Ferentinum venitmense octobris, et multos archiepiscopos et episcopos ordinavit... » (Chron. Fossx novx.)
4. « Prififerebar omnibus etiam majoribusgradu, nec Patriarchalis dignitas, quum etiam Ravennas adesset, prœire, me ipsum plerumque impellente, sinebatur. » (Pet. Clun. VI, 47.)
5. V. Baronius, ann. 1151. Les villes où il séjournait se ruinaient aussi à rentretenir, lui et ses cardinaux. (V. Suger sur les voyages d'Innocent III en France.)
Rome, comme le dit Baronius '? Cela est fort douteux. La chronique déjà citée dit: «Cette année 1131, Eugène alla à Castrum, et y dédia l'église de Sainte- Croix le dix de mai. Le six des calendes de novembre, il dédia l'église du monastère de Casœmarium, de l'ordre de Cîteaux, dans le territoire de Vérules, et revint à Signia-.» 11 semble qu'Eugène a séjourné assez longtemps dans cette ville , située à trente-cinq milles environ de Rome, puisque c'est encore de là qu'il écrit à Wibald sa longue lettre sur Arnauld, le 19 septembre 1152.
Le chroniqueur Robert et Baronius après lui disent ceci: «Cette année-là (11 52), le pape Eugène, ayant fait la paix avec les Romains^ entre à Rome et y séjourne pour la première fois depuis son retour en France ^ » Nous ne savons quelle autorité on peut accorder au chroniqueur Robert, mais son assertion est bien invraisemblable. A quelle époque de l'année 1 152 placet-il ce fait ? — Au commencement ? Mais Arnauld venait de reconstituer le Sénat et de se faire une armée, peu disposée sans doute à voir le Pape dans les murs de Rome. Le 2 mars 1152, Eugène écrivait une lettre datée d'au-delà du Tibre '*. — Si Eugène était
1. «Duo Primarii Germanice archiepiscopi, Coloniensis etMoguntinus, ad dicendam causani^ Romamab Eugenio Papavocati, comparent....» (Baron. ann. 1151.)
2. « Hoc anno (1151) ivit Castrum, et.dedicavit ibi ecclesiam Sanctœ Crucisdecimo kal. maii, et sexto kal. novembris dedicavit ecclesiam monasterii Casicmarii, ordinis Cisterciensis in agro Verulano, et reversus est Signiam. » (Chron. Fossx novœ.)
3. « Eugenius Papa, cum Romani.s pace facta, Urbem ingredilur, ibique cum eis hoc anno priniitus commoratur. » Pour la première fois depuis son retour de France (ajoute Baronius). {Chron. Bobert )
4. " Datuni trans Tiberim. » Cette lettre clait adresst'e ;\ révolue Egelbert el à ses chers lils, les chanoines de l'église do Bamberg.
venu à Rome entre le 2 mars et le 19 septembre, où il écrivit sa lettre à Wibald, il n'aurait pas été si mal informé des projets de la République, et aurait au moins parlé de cette prétendue paix, n'eût-ce été que pour dire qu'elle avait été violée. 11 était alors à Signia. Cette lettre du Pape, remise à Wibald à l'époque où les envoyés d'Eugène arrivaient auprès de Frédéric, contribua sans doute à obtenir de lui la convention * signée en octobre 1152 et qui certes n'élait pas la paix.
En 1153, on trouve un diplôme ^ signé par Eugène et daté de Rome, 4 avril. Pourtant rien ne prouve qu'il y fût en effet. Trois mois après il mourut à Tibur, et Rome lui ouvrit enfin ses portes : il fut enterré dans l'église de Saint-Pierre.
C'est une chose digne de remarque que cette impossibilité d'occuper son siège pontifical ^ où Eugène resta si longtemps. Elle prouve l'infiuence extrême d'Arnauld sur les Romains et même sur le clergé; car évidemment les prêtres et les évêques restés à Rome pendant ces sept années continuèrent de dire la messe et de célébrer toutes les fêtes du culte, comme si le Pape les avait présidés. On sait de quelle terreur superstitieuse les Romains furent saisis, quand les cérémonies du culte leur manquèrent tout à coup. Sans cette espèce de complicité du clergé, Arnauld n'aurait jamais pu surmonter les scrupules du peuple romain
1, V. plus loin celte convention.
2, V. Baronius, aw2. Ilu3. D'après ce diplôme, le Pape Eugène accordait aux chanoines de la basilique de Saint-Pierre le quart des ofîrandes qui se faisaient habituellement sur le grand autel.
3, Cela est incontestable, en admettant même qu'il soit [entré quelquelois dans Rome, puisqu'il ne pouvait y rester.
profondément religieux. D'où l'on peut conclure encore ce que nous avons si souvent répété, qu'Arnauld n'avait attaqué en rien la lettre du dogme et les usages de l'Église.
Comment Eugène 111 acccpta-t-il les consolations que saint Bernard lui envoyait dans sa mauvaise fortune? Nous ne savons. Mais il est certain que tout manquait à ce pauvre Pape, qui ne devait pas voir l'effet de sa convention avec Frédéric. Ses prières et ses appels de service à Conrad avaient toujours échoué contre l'indifférence ou les préoccupations de cet Empereur, qui n'écoutait ni la République ni l'Église. Cependant les Romains ne se lassèrent pas de l'importuner. Le Sénat et quelques sénateurs s'étaient adressés à lui avant la croisade, exposant chacun leurs services et donnant môme quelquefois des conseils qu'on ne demandait pas. Parmi ces lettres, il y en a une à'ioi sénateur que nous voulons citer. Elle est vraiment curieuse; et, comparée à celles qui précèdent , elle complète l'aperçu des opinions qui se heurtaient à Rome dans le Sénat et parmi les Nobles. La voici ; — nous pensons qu'elle fut écrite en H 46 : —
« Au très-illustre et très-glorieux maître du monde Coîirad, par la grâce de Dieu roi des Romains, toujours triomphateur auguste, qui n'a point d'égal ni de second dans l'univers, un des plus fidèles serviteurs du Roi, membre du lidèle Sénat, à un si grand maître un si humble serviteur.
« Que votre royale majesté soit assurée et convaincue que, dans le Sénat et partout où j'ai pu le fcu"re. je n'ai pas cessé de travailler à l'agrandissement de >otre puissance; c'est pourquoi je vous écris avec autant de
conliance que de hardiesse : maître, ne méprisez pas l'utile conseil d'un serviteur. Si toutefois un serviteur peut donner un conseil à son maître, je conseille à votre royale Prudence de venir sans retard à Rome, et, vous interposant entre le peuple et le Pape, de prendre sous votre protection le Sénat et le peuple : car vous pourrez, avec l'aide des Romains, vous emparer du château Saint-Ange, et faire en sorte qu'à l'avenir jamais un Pape ne soit ordonné à Rome sans votre ordre et votre bon plaisir. C'est ainsi que les choses se passèrent du temps du bienheureux saint Grégoire, qui ne put être Pape sans l'assentiment de l'empereur Maurice, et cette situation a duré jusqu'à l'époque de Grégoire VII. Aussi je crois qu'il importe que, par' l'instigation des prêtres, aucune guerre, aucun homicide n'ait Ueu dans le monde. En effet, il leur est défendu de porter à la fois l'épée et le calice : leur devoir est de prêcher, d'appuyer la prédication par de bonnes œuvres, sans jamais occasionner ni guerres ni procès dans le monde '. »
Certainement ce sénateur écrivait sous sa propre responsabilité, et faisait des excès de zèle qu'Arnauld n'aurait pas approuvés. Lui qui prêchait si fort la séparation du temporel et du spirituel, pouvait-il demander que les Papes fussent nommés par les Empereurs?
Il y avait un parti à Rome, — et l'on peut croire qu'il était dirigé par quelques Allemands influents établis dans la ville, — il y avait un parti qui voulait toujours
1. V. aux Pièces justificatives le texte de celte \eiire, (Martène et Durand Amplissima collectio, epist. 213.)
voir l'armée teutoniquo, cl l'appelait sans cesse, quelque imprudence qu'il y eût à le faire. D'autres, et nous pensons qu'Arnauld était du nombre, demandaient bien la protection des Empereui's, mais la désiraient occulte, pour ainsi dire, et souhaitaient que ce pouvoir, si lourd de près, les protégeât du fond de l'Allemagne.
On ne s'étonne pas que Conrad ait négligé ces violentes missives '. Les Romains continuèrent à implorer une réponse favorable. — A son passage en Italie, au retour de la croisade, l'Empereur trouva encore d'autres lettres pressantes, et importuné prit enfin la résolution de leur écrire. Voici sa lettre ; elle est d'autant plus précieuse qu'elle nous donne l'idée de ce que contenaient les lettres des Romains qui ne nous ont pas été conservées '" :
Conrad aux Romains.
(( Conrad, par la grâce de Dieu, roi des Romains et toujours auguste, au Préfet de Rome, aux consuls, aux capitaines et à tout le peuple romain, aux petits comme aux grands, faveur et bonne volonté.
a Depuis notre retour de l'expédition de Jérusalem, nous avons reçu de votre gouvernement bien des lettres, qui nous apprennent avec quelle ardeur, quelle opiniâtreté, quel dévouement vous vous efforcez d'accroître la dignité de notre personne et de reconstituer
i. Dans sa lettre au cardinal Gin(lo,\Vibald dit : « Vos sénateurs ont émi ù noire nuiitre des lettres p^Miiblcs à lire et violentes dans la forme contre le seit,'neur Pape, lettres qui lui ont été apportées à lui-même (sans doute en 114!);. » V. Martène et Durand, Amplissima col/ectio, epibt. -'io.
2. Cette lettre prouve une t'ois de plus les rapports nui existaient entre la llépublicpic et l'Empire.
l'Empire romain... Et bien que vos lettres annoncent d'immenses entreprises, au-dessus de vos forces, cependant le zèle dont vous m'avez donné des preuves me fait plaisir, et je suis résolu à vous témoigner ma reconnaissance, comme il sied à un Empereur. Appelé par vous dans des termes pleins de convenance, nous avons ordonné notre expédition d'Italie et notre venue à Rome, à la grande satisfaction des princes, à la grande joie de l'armée entière. Cette décision a été prise d'abord dans la célèbre diète de Ratisbonne, ensuite dans la ville d'Herbipolis. Ainsi, ferme dans notre projet, nous nous sommes hâté de mettre la main aux autres affaires du royaume, afin que, la paix une fois affermie partout, par la miséricorde de Dieu, nous puissions aller, avec l'aide de Dieu, récompenser la fidélité et punir la rébellion. C'est pourquoi nous envoyons à votre naissante République nos députés, hommes aussi illustres que modérés, Arnold, chancelier de notre curie, élu archevêque de Cologne, Wibald, abbé de Corbie, et Henri notre secrétaire, tous trois attachés et dévoués à notre Empire : vous saurez par eux avec certitude notre pensée et nos volontés. Aussi nous recommandons à votre zèle ces mêmes députés : veuillez les accueillir et les honorer selon le respect qui nous est dû et la dignité de Rome : ce qu'eux-mêmes vous diront sur ce qu'il reste à faire en ce moment, prenez-le comme sorti de ma propre bouche : enfin ne manquez pas de fournir à tout ce dont ils auront besoin pour un tel voyage '. »
La bonne volonté que Conrad paraît montrer aux
1. \o\Y aux Pièces justificatives le texte latin (Martène et Duraiul. Amplissiîna collectio,e'pisl. 322, ann. M51).
Romains est-elle bien sincère? Que faut-il attendre, lorsqu'il dit : « Afin que nous puissions aller, avec l'aide de Dieu, récompenser la lidélilé et punir la rébellion : c'est pourquoi nous envoyons à votre naissante République nos députes, hommes aussi illustres que modérés...? » C'est une question fort difficile à résoudre. De quel côté Conrad, qui avait toujours conservé avec le Pape des rapports pacifiques, mettaitil la rébellion, et de quel autre la fidélité '? Assurément il ne se compromettait pas avec ces expressions vagues, et, s'il avait pu venir à Rome, il est probable qu'il aurait pris, suivant ce qu'il aurait vu, le parti du Pape ou le parti des Romains ; sans doute le premier^ puisqu'il n'était pas encore couronné". Mais l'Empereur mourut trop tôt pour venir en Italie (1152).
Il laissait sur le trône d'Allemagne le fameux [duc de Souabe : Frédéric Barberousse. « Ce redoutable Empereur ^ » était de ceux qu'on ne peut prendre pour arbitres sans craindre que (pour mettre la paix entre deux partis belligérants) ils ne les anéantissent l'un et l'aulre. Et d'ailleurs, si les Romains ignoraient les intentions de Conrad , celles de Frédéric n'étaient pas douteuses. Le jeune Empereur apportait sur le trône la volonté infiexible de vaincre tout ce qui
1. On voit, par une lettre du cardinal Guido, que les dispositions de Conrad étaient iiuk''chillVal)les inonie pour le clergé : « Le bruit s'est répandu, dit-il, que Conrad se dispose à porter une rude atteinte à la sainte Église romaine de concert avec l'empereur de Constantinople... » Guido conjure ensuite Wibald de calmer Conrad. (Martène et Durand. Kpist. 214.) —
Ce prétendu traité parait pourtant bien invraisemblable.
2. En outre il avait parmi ses conseillers Wibald, partisan jusiju'A l'extrême du pouvoir despotique et dejplus fort ultramontain.