Psauni. CXVII.C
Mais toi, ô successeur de Pierre, tu jugeras s'il doit avoir pour refuge le siège de Pierre, celui qui afclaque le siège de Pierre. Toi, dis-je, l'ami de l'époux, tu songeras aux moyens de délivrer l'épouse des lèvres injustes et de la langue perfide. Mais, si je puis tenir à mon maître un langage un peu plus hardi, considère-toi toi-même. Père bien-aimé, considère la grâce de Dieu qui est en toi. Quand tu étais encore tout petit à ses yeux. Dieu t'a placé au-dessus des nations et des royaumes : dans quel but, si ce n'est pour que tu arraches et détruises, pour que tu plantes et reconstruises? Vois donc, je t'en prie, tout ce qu'a fait pour ton âme celui qui, t'ayant choisi dans la demeure paternelle, t'a consacré par l'oint de sa miséricorde. Vois ce qu'il a fait, par toi pour son Église, tout ce qu'il a arraché et détruit, en face du ciel et de la terre, d'une main aussi puissante que salutaire, tout ce qu'il a ensuite heureusement édifié, planté et propagé. Dieu a suscité dans ton temps la fureur des schismatiques, afin qu'elle fût brisée par ta puissance. J'ai vu l'insensé fier de ses fortes racines, et aussitôt sa beauté fut maudite. J'ai vu, dis-je, l'impie élevé outre mesure, et haut comme les cèdres du Liban. J'ai passé, et déjà il n'était plus. « Il faut, dis-je, qu'il y « ait des hérésies et des schismes, pour que ceux qui sont « éprouvés paraissent au grand jour *. » Déjà dans les schismes, comme je vous l'ai dit, Dieu t'a connu et éprouvé. Mais, pour qu'il ne manque rien à ta couronne, voici que les hérésies se lèvent. Aussi, pour mettre le comble à vos vertus et pour qu'on ne trouve pas que vous avez peu fait par rapport aux grands évêques, vos prédécesseurs, saisissez. Père bien-aimé, les renards qui détruisent les vignes du Seigneur, pendant qu'ils sont encore petits: craignez que, s'ils croissent et se multiplient, tout ce qui n'aura point été exterminé par vous ne fasse le désespoir de la postérité. Que dis-je? Ils ne sont ni petits ni peu nombreux, mais déjà grands et en foule, et il vous faut, même à vous, une bien puissante main pour les exterminer. Hyacinthe nous a fait toucher du doigt bien des
i. Corinth.Xl,29.
choses déplorables. Il n'a ni fait ni pu faire ce qu'il a voulu. Mais il m'a semblé, pour ce qui me concerne, qu'il faut le supporter avec patience, lui qui n'a ménagé les vérités ni à votre personne, ni à la Curie dans la Curie môme. Nicolas, qui m'est dévoué et à vous aussi, dira mieux cela de vive voix.
Épit. 333 au « Maintenant qu'il a ébranlé l'Église, il entre dans la
cardinal Grégoire „ . , ., i . i i i . i
Tarquin. Curic, et il la troublc, non pour se racheter par le repentir, mais pour chercher des excuses à ses fautes. Or, si tu es le fils de l'Église, défends le sein qui t'a porté, et les mamelles que tu as sucées. »
Épit. 338 au
canliiial-c^iaiice-
lier Aimeric.
« Abélard se glorifie d'avoir ouvert les sources de la
science aux cardinaux et aux clercs de la Curie, d'avoir mis ses livres et ses doctrines aux mains et jusque dans les cœurs des Romains. Et pour défendre ses erreurs il invoque ceux-là même dont il devrait attendre son jugement et sa condamnation. »
Épit. 192 au
cnrUinal Giiido
lie (^astello.
« Ce serait vous faire injure que de croire que vous aimez quelqu'un 'au point d'aimer également ses erreurs. Aimer ainsi quelqu'un, ce serait ne point savoir comment on doit aimer. Un pareil amour est terrestre, bestial, diabolique, également nuisible à celui qui aime et à celui qui est aimé. Que les hommes aient sur autrui l'opinion qu'ils veulent : moi, je ne puis penser de vous que des choses qui paraissent sensées, et se rattachent au droit chemin de l'équité. Quelques-uns jugent à l'avance, puis en viennent à l'essai : moi, je ne jugerai pas si un breuvage est doux ou amer, avant de l'avoir goûté. Maître Pierre introduit dans ses écrits des nouveautés profanes de mots et d'idées : discutant sur la foi contre la foi, il combat la loi avec les paroles de la loi. 11 ne voit rien à travers un miroir et sous forme d'énigme : mais il regarde tout face ;\ face, vivant au milieu de grandes et merveilleuses pensées, qui sont au-dessus de lui-même. Les choses iraient mieux
pour lui, si, d'après le titre de son livre \ il se connaissait lui-môme, et ne dépassait point sa mesure, en un mot s'il était sobre dans sa sagesse. Je ne l'accuse pas devant le Saint- Père : son accusateur, c'est son livre, dans lequel il a le tort de se complaire à lui-même. Parle-t-il de la Trinité, c'est Arius qu'il sent : de la Grâce, c'est Pelage : de la personne du Christ, c'est Nestor. J'aurais bien peu de confiance en votre équité, si je vous suppliais longtemps de ne préférer personne au Christ dans la cause du Christ. Or sachez qu'il vous importe, à vous qui tenez votre pouvoir du Seigneur, qu'il importe à l'Eglise du Christ, qu'il importe même à cet homme qu'on le contraigne au silence, lui dont la bouche est pleine de malédiction, d'amerlune et de ruse. »
« Maître Pierre Abélard, moine sans règle, prélat sans sol- Épit. 193 licitude, ne tient pas à l'ordre et n'est point tenu par l'ordre. '^''■"^'"^' '^°" C'est un homme qui ne se ressemble point : Hérode au dedans, Jean au dehors, toute sa personne a deux faces; il n'a du moine que le nom et l'habit. Mais que m'importe? à chacun son fardeau. Il est un autre point que je ne puis dissimuler; car il intéresse tous ceux qui chérissent le nom du Christ. Il prêche l'iniquité, altère l'intégrité de la foi, la pureté de l'Église. Il dépasse les limites qu'ont posées nos Pères : discutant et écrivant sur la foi, sur les sacrements, sur la Sainte- Trinité, il change, augmente ou amoindrit chaque chose selon son caprice. Dans ses livres et dans ses œuvres il se montre inventeur de mensonges et partisan de dogmes pervers, faisant voir qu'il est hérétique autant par son obstination à défendre son erreur que par son erreur même. C'est un homme qui dépasse sa mesure, qui anéantit par- la science de la parole la vertu de la croix du Christ. Il n'ignore aucune des choses qui sont dans le ciel '"t sur la terre, si ce n'est lui-même. Il a été condamné, lui et son ouvrage, à Soissons, en présence du légat, de l'Église romaine. Comme si cette condamnation