‹ Arnauld de Brescia et les Romains du XIIe siècleChapitre 154 sur 176 · Philipp. I · texte numérisé non relu

Philipp. I

On forge pour les peuples et les nations un nouvel Évangile. On propose une no ivelle foi, on place d'autres fondements à côté de ceux qui so'Kt déjà placés. On discute sans honnêteté sur les vertus et les vices, sans bonne foi sur les sacrements de l'Église, sans simplicité et sans réserve sur le mystère de la Sainte-Trinité; mais tout ce qu'on nous donne est perverti, tout est contraire à nos usages et à nos.traditions.

Il s'avance, ce Goliath à l'immense stature; cette armure guerrière si connue le couvre et le protège; il est précédé de son écuyer Arnauld de Brescia. L'écaillé est tellement unie à l'écaillé, qu'il ne passe pas entre elles un souffle d'air; car l'abeille, qui était en France, a sifflé pour donner le signal à l'abeille d'Italie. Les voilà qui viennent ensemble contre le Seigneur et contre Jésus-Christ. Nos ennemis ont tendu leur arc, disposé leurs flèches dans leur carquois, afln d'atteindre dans l'obscurité les simples de cœur. Voyez leur nourriture et leurs habits; ils ont l'extérieur de la piété, mais non la vertu : ils trompent d'autant plus de fidèles qu'ils se sont transformés en messagers de la lumière, tandis qu'ils sont en réalité des Satans. Ainsi donc Goliath debout avec son écuyer entre les deux armées pousse des cris en présence des phalanges d'Israël, et lance des outrages aux saintes cohortes avec d'autant plus de hardiesse qu'il sait bien qu'il n'y a point un David parmi nous. Enfin, pour la honte des docteurs de l'Église, il porte aux nues les philosophes; il préfère leurs inventions et leurs nouveautés à la doctrine et à la foi des Pères catholiques.

« A la prière de cet adversaire, l'archevêque de Sens m'a écrit pour m'indiquer le jour du débat, où celui-ci devait, en présence de sa personne et des métropolitains, défendre autant qu'il le pouvait ces dogmes pervers contre lesquels j'avais osé parler en secret. J'ai refusé, parce que je suis un enfant, et que lui va guerroyant depuis son adolescence; en outre, c'était à mes yeux une indignité que la foi, qui repose sur une base si ferme et si inattaquable, fût livrée aux fluctuations de la raison humaine.

«J'objectais que ses écrits suffisaient pour le mettre en ac-

ciisation, que ce n'était pas à moi, mais aux évêques, chargés d'un tel ministère, de décider les questions de dogme. Celuici n'en éleva pas moins la voix, fit appel à un grand nombre de partisans, réunit des alliés. — Pour les choses qu'il a écrites sur mon compte à ses disciples, je ne me soucie pas de les dire. Il a répandu partout le bruit qu'au jour marqué je lui répondrais à Sens. Le bruit arriva aux oreilles de tout le monde, et je n'ai pu l'ignorer. Je feignis d'abord de ne rien savoir; ce n'était pas assez pour m'émouvoir d'une rumeur populaire. Je cédai toutefois (avec grande répugnance, puisque j'en versai des larmes) au conseil de mes amis, qui, voyant tout le monde se préparer à ce concile comme à un spectacle, craignaient que mon absence n'augmentât le scandale du peuple et l'audace de mon adversaire, et qu'aussi l'erreur ne s'accréditât, s'il ne se trouvait personne pour la contredire et s'y opposer. Je me rendis donc au lieu et au jour marqués, quoique peu préparé et peu muni pour la dispute ; seulement je me rappelais cette parole de l'Écriture : « Ne songez pas d'avance à ce que vous pourrez répondre; « car il vous sera donné à cette heure même la science du <( bien dire * ; » et cette autre : « Dieu est pour moi ; dois-je « craindre ce que pourrait me faire un homme 2? » Or, outre les évèques et des abbés, il vint au concile une foule de personnes pieuses et des chefs d'école des cités, et des clercs lettrés en grand nombre ; le roi lui-même y assistait. Tandis' que notre adversaire se tenait debout en présence de tous, la partie adverse produisit quelques articles extraits de ses livres. La lecture à peine commencée, ne voulant pas entendre, il sortit, en appelant des juges qu'il avait choisis, chose qui, selon nous, n'est pas licite. (Juant aux articles, examinés par nous avec soin, ils furent trouvés contraires à la foi et opposés à la \érité. Voilà, ce que j'ai fait pour qu'on ne crût pas que j'avais usé de légèreté ou du moins de témérité dans une si grave affaire.

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