‹ Arnauld de Brescia et les Romains du XIIe siècleChapitre 17 sur 176 · Gunt. Ligur.,lib. MI · texte numérisé non relu

Gunt. Ligur.,lib. MI

2. Saint Bernard l'a qualilk^e par une ligure énergique dans deux lettres diirérentes (189 et 330) :« L'écaillé est tellement unie à l'écaillé qu'il ne passe pas entre elles le moindre souille d'air. » — (Squama squamte conjungitur, et ne spiraculum quidem inrodit pereas.)

muniquait la primeur de ses solitaires méditations. On se laisse si facilement aller à donner le meilleur de son âme en causant avec un ami, de la bienveillance et de l'admiration duquel on n'a jamais douté ! — Ces jours calmes, qui devaient laisser des traces profondes dans l'esprit d'Arnauld, passèrent rapidement; et la foule des disciples revenus remplit de nouveau leur vie de discussions bruyantes et de leçons applaudies. Arnauld n'était plus qu'un écolier au milieu d'autres écoliers.

Voyons maintenant quelle influence la morale et la philosophie d'Abélard ont exercée sur le plus hardi de ses disciples; ce qu'il a pris au maître, ce qu'il a ajouté, et ce qu'il a laissé comme théorique ou puéril.

Il est difficile de se faire une idée du caractère d'Arnauld à l'époque où, encore tout à fait lui-même, il reçut les premières leçons d'Abélard, et de l'effet que produisirent sur lui tout d'abord les luttes de la scolastique.

La querelle du réalisme et du nominalisme commençait à s'apaiser; mais il était d'usage parmi les écolàtres de prendre le drapeau d'un des deux partis. Arnauld donc dut choisir et se déclara sans doute pour Aristote et Abélard, pour le nominalisme modifié que son école appelait conceptuahsme. Quoi qu'il on soit des opinions de sa jeunesse , ces questions subtiles, et l'on peut dire insolubles , posées comme elles l'étaient par la scolastique du moyen âge, ne pouvaient attacher complètement Arnauld, qui recherchait surtout la clarté et la simplicité dans la vérité.

C'est en jetant un coup d'œil sur sa vie entière qu'il

faut chercher à résoudre la question que nous avons posée plus haut.

Les historiens * ont presque tous considéré Arnauld de Brescia comme un produit des leçons et du génie d'Abélard, comme le fils de sa pensée, si l'on peut ainsi parler, la meilleure expression d'une doctrine dont le philosophe français ne connaissait pas luimême la portée, ne prévoyait pas les conséquences -. Nous voulons parler de la doctrine du libre examen, ou (pour prendre l'expression d'un écrivain de talent^) de «l'élaboration préliminaire de cette doctrine » que commençait Abélard pas à pas, sans s'aventurer encore à traiter les questions défendues, sans même y songer, se gardant d'aborder ce qui fait le fond de toute philosophie franchement émancipée : « Dieu, l'àmc humaine, les destinées futures de l'homme,» etc.*. C'est presque une guerre de mots qu'il commence, toute scolastique , et l'esprit encore emmaillolté des langes mystiques du moyen âge , mais enfin il commence; il est le premier à donner le signal, à indiquer la route aux libres penseurs à venir.

Certes en cela Aj-nauld est bien le disciple du maître. Abélard a l'idée, Arnauld s'en empare, la développe et la transforme. — De stérile qu'elle était, il la rend féconde. 11 en prend le meilleur : l'utilité pratique, et ne recule pas, lui, devant des conséquences qui avaient fait trembler son maître. Nous disons qu'il

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