Entre autres Michelct et Uciiri Martin
2. Il lui estarrivt^ parfuis de les découvrir; mais 'alors, elTrayé, il se rt-tractait aussitôt.
;i. M. Ch. de Réuiusat.
4. Saint Anselme avait abordé ces grands sujets, mais en les dt^;îajeanf complètement de leurs rapports avec la philosophie.
la transforme; rien n'est plus vrai. Abélard, emporté par le goût du temps, se laisse aller à subtiliser sur le dogme, peut-être par amour du paradoxe, peutêtre par \anité , pour imiter les théologiens contemporains et les surpasser. Qu'importent à Arnauld ces discussions gonflées de vent? De l'idée il passe au fait; il accepte l'Évangile tel qu'il est, et les dogmes comme ils sont; c'est aux chrétiens corrompus, au clergé sans mœurs, qu'il appliquera bientôt sa libre pensée et sa libre censure. Quoi de plus utile que de réveiller la conscience des hommes^ de les relever, de mettre partout le bien oii était d'abord le mal ! Voilà comment Arnauld transformait en se l'assimilant la pensée deson maître. Aussi, lorsque, continuant le parallèle, on veut chercher une étroite ressemblance entre eux, les différences s'accusent : ils ont chacun une originalité complète. Destinés cependant tous deux à s'aimer et à se comprendre , Arnauld avait voué à Abélard une de ces affec'ions profondes, mêlée de respect, qu'augmente la différence d'âge.
Non-seulement l'esprit de sa doctrine le séduisait, mais il trouvait en lui le meilleur maître d'éloquence qu'il pût souhaiter. Quel autre plus habile en l'art du bien dire aurait pu lui apprendre à persuader^? Avec quel talent il savait suspendre à ses lèvres son auditoire attentif, et l'entraîner, sur quelque sujet qu'il parlât! Parfois, laissant les discussions stériles, il expliquait simplement l'Écriture sainte - : parfois il dé-
1. Saint Bernard nous apprenl combien Arnauld (qui avait déjà sans doute l'ambition d'être utile à sa patrie) avait profité des conseils du maître.
2. Voir .M. Ch. de Rtmusat. Abélard, tome H. — 11 la mettait h la portée du vulgaire.
veloppait ces maximes philosophiques qui devaient ù jamais rilluslier. Souvent aussi il se laissait entraîner à (les hardiesses * qui l'auraient conduit au scepticisme , s'il avait voulu conclure rigoureusement. «Comprendre pour croire", » disait-il, quand un autreavait dit avant lui: «Croire pour comprendre \» Ce mot est l'un des meilleurs tilres d'Abclard devant la postérité. Au milieu d'un peuple de moines, de prêtres, de hauts dignitaires religieux, de princes ultramontains, et devant la foule inconséquente, qui adore toujours ce qu'elle ne comprend pas, Abélard jetait ce beau défi à la superstition et à l'étroilesse de l'esprit du temps.
Arnauld comprenait-il le danger d'une pareille maxime? Non, sans doute; ce n'est qu'en l'expérimentant qu'il est possible de voir où conduit un axiome philosophique.
Abélard disait encore : « Le mal est la privation du bien. » Belle et consolante parole qui exprime admirablement cette pensée, que le bien, le bon et le beau ont été donnés à l'homme ; qu'il est né ainsi ; et que seul il crée le mal, qui n'est que la négation du hien^
1. « Les évèques, dit Rémusat, ne s'étaient point soustraits à la téméraire critique d'Abélard.... En dénonçant la cupidité d'un grand nombre, il avait devancé la réformation par son attaque sur le trafic des indulgences. » {Abc'lard, I, p. 176.)
2. ... Nec credi posse aliquid nisi primitus intellectum (Aba.i., Hist. calant., ix). *
3. « Neque enim quKro intelligere, ut credam ; sed credo ut intelligani. Nam qui non crediderit, non experietur; et qui cxpcrtus non fuerit, non intelliget. » (S. Anselme de Cantorbéry, oper., p. 29.)
3. 11 n'entre pas dans notre sujet de rechercher si elle est vraie; et cependant la foi dans le bien est la moitié de la vertu. Le premier romancier du siècle, s'adrcssaiit à Dieu, a répété celte parole avec éloquence : «( Non, leraal n'est pas ton œuvre, il n'est que l'ignorance du hien, et si tu aban-
— L'idée est de saint Augustin; mais Abélard l'a adoptée , écrite et popularisée en plein moyen âge. Voilà certes de quoi hii faire pardonner beaucoup d'inconséquences et de faiblesses.
Il faut cependant, pour répondre à ceux qui disent qu'Arnauld a tout accepté de la doctrine d'Abélard^ il faut jeter un coup d'œil sur les inutilités et les parties faibles de sa morale où se révèle à chaque instant l'influence amollissante de son amour et de ses aventures '. Il y a là certains côtés de son enseignement obscurs et subtils, qui ne devaient en aucune manière intéresser un élève tel qu'Arnauld.
Quand il disait, par exemple : « Le péché consiste dans le consentement à la faute ^ » — « L'intention est tout, l'acte n'est rien ^ » — Oui, péché d'ignorance n'est pas péché, cela est une vérité incontestable, mais à laquelle il ne faut pas donner une grande extension pour la dénaturer. Qui pourra jamais marquer la limite imperceptible où il faut s'arrêter dans l'application d'une maxime philosophique ?|I1 y a et il y aura toujours de par le monde nombre de gens qui ont à leur service une morale très-immorale. Voici où l'extension de cette pensée d' Abélard peut conduire : ayez une conscience pervertie, prenez le mal pour le bien, figurez-vous que vous êtes vertueux, et
donnes cette ignorance aux châtiments qu'elle s'inflige à elle-même, c'est parce qu'ils doivent la détruire. »