‹ Arnauld de Brescia et les Romains du XIIe siècleChapitre 37 sur 176 · tiunt., Liguv · texte numérisé non relu

tiunt., Liguv

i. «Le pape liinocenl avait dt^ploré la décadence de la discipline eccK'siaslique de notre cité ^Uiescia), qui avait eu le malheur d'être successivement gouvernée parqiiatrc évéques schisuiatiqucset morts excommuniés, « (CuailiKjnmii, |). 17.)

bliquG. Il disait encore qu'avec de saints et vénérables prélats la chose eût été impossible. Qu'était-ce donc, quand le clergé dissolu accaparait les bénéfices !

On comprend qu'Arnauld, avec de pareilles idées, devait être entraîné par la logique des faits à attaquer plus lard le pouvoir temporel des Papes, après avoir cherché à détruire celui de l'évêque. C'était à Rome la même anarchie, le même peuple misérable, la même noblesse intraitable, et, quoique plus grand, le même Évêque-Roi.

Mais nous pensons qu'Arnauld n'a jamais abordé ce sujet brûlant avant son arrivée à Rome'. Les Brescians, qui battaient en brèche le pouvoir de leur évêque, n'avaient sans doute aucune idée de porter les yeux sur le Saint-Siège, dont la toute-puissante autorité avait été si bien établie par Grégoire VII. Le coup devait partir des Romains intéressés à donner cette extension à la doctrine d'Arnauld.

Quelle part le réformateur prit-il au gouvernement de Brescia? Voilà ce qu'il est impossible de dire avec certitude. Il encouragea sans doute sa patrie à atteindre le but que poursuivaient alors les villes lombardes : la régénération politique par le retour aux institutions romaines; et, comme il en avait une connaissance bien rare pour le temps, il put trouver partout l'occasion de proposer des réformes. A Brescia, il eut bientôt gagné (cela du moins est vraisemblable) le consul, le peuple, peut-être quelques nobles et

l. L'évùque Manfred aurait obtenu au concile un décret plus sévère, s'il avait pu ajouter ce grief à son accusation. — La paix dont Arnauld jouit à Zurich prouve aussi qu'il se conduisit avec modération.

plusieurs cousoillers. Mais il n'accepta certainement aucun cMuploi dans la république'.

On se demande ce qu'entendait saint Bernard par ces mots : « ...11 a pnti'ondénieut renmc la terre même où il est né et l'a mise en feu. - » Sans doute il voulait parler de la double tentative du réformateur. Cette expression : « il l'a mise en feu, » n'a rien qui puisse s'appliquer à ses prédications évangéliques. — On peut doue penser qu'il s'était mis à la tète du parti libéral, à l'abri duquel il avait déjà demandé la réforme des mœurs dans d'autres cités, et l'encourageait à résister à l'évêque.

C'est ici qu'il faut distinguer Arnauld de la plupart des réformateurs, qui ne songent d'ordinaire qu'à discuter sur des dogmes plus ou moins obscurs. Sa pensée, à lui, est plus haute: il veut en même temps une Patrie libre et chrétienne. Sans redouter les ennemis qu'il va se créer, et la triste destinée réservée à ceux qui échouent, il ne recule pas devant une double réforme des mœurs et du gouvernement. Quelque insensée que cette tentative ait paru à ses contemporains % il ne faut pas la juger légèrement et la condamner sans appel. Au moyen âge, la religion et le gouvernement, c'étaient même chose dans la plupart des villes d'Italie, où les évêques occupaient les plus grands emplois. — Où Arnauld pouvait-il trouver des hommes libres de cœur, sinon dans le parti républicain? Là seulement il y avait quelques chances de suc-

1. Les chroniques locales, qui nous ont conserve le nom des consuls annuels, n'auraient jias omis celui d'Arnauld.

2. Ipsam in qua natus est valde atrociter commovit tenam. {Epist. [\)'6.)

Page 1