CHAPITRE r
Arnauld de Brescia. — Son éducation.
Dans un siècle où l'Italie, quoique divisée, vainquit à Legnano la redoutable armée de Frédéric Barberousse, il ne s'est pas trouvé un Italien pour écrire la vie d'un homme qui mourut victime de son patriotisme '. Nous n'avons sur Arnauld comme documents contemporains que ceux de ses ennemis, et ces documents se réduisent à quelques pages.
L'enfance d'Arnauld est inconnue. A en juger par le silence des chroniqueurs, on croirait qu'il s'agit d'un héros d'Homère. On sait qu'il naquit à Brescia ^,
1 . Arnaldo da Brescia , tragedia di Nicolini , avvertimento premesso alla prima edizione. 1843.
2. «Quelques auteurs, séduits par la ressemblance des noms, ont pris Arnauld pour un Tyrolien de Brixen. Mais cette assertion erronée se réfute d'elle-même par la simple comparaison des noms latins des deux villes; car la ville rhétienne qui s'appelle Brixen en allemand, et Bressanone en italien, fut appelée par les anciens tantôt Brixentes (Pline, 111, 20), tantôt Brixauticf! (Ptolemeeus) , et chez les écrivains postérieurs tantôt Brixenses (P. Diaconus), tantôt Brixinum ou Brixina (Bûsching, Description de la terre, v. p. 653). — Au contraire, l'ancienne ville principale des Cénomans s'appelle Brescia (Tit. Liv., XXXII, 30), ville où naquit Arnauld, d'après le témoignage |d'Othon de Freisingen et d'autres écri vains contemporains. C'est toujours ou Brixia ((Strabon, Pline, T. Live, Tacite) ou Brexia (Paul. Diac); chez les écrivains postérieurs, Dressa.
ancienne capitale des Cénonians, baignée par le fleuve Mêla :
(juam tlavus molli prîecurrit flumiue Mêla.
Les écrivains de son temps ne nous laissent aucun doute sur sa patrie. « Cet Arnauld , originaire de Brescia*, » dit Othon de Freisingen. Et saint Bernard, dans sa lettre à l'évêque de Constance, Hermann, après avoir comparé son adversaire fugitif à un voleur de nuit, ajoute : « Je parle d' Arnauld de Brescia '-. » — Gunther n'est pas moins hostile dans son affirmation :
Aruoldus, quem Brixia protulit ortu
Pestifero ^
« Arnauld, cet enfant pestiféré de Brescia. » Mais
— chronique des Suisses, IV, 47 : « L'an du Seigneur 1141, vécut Arnauld de Bressaen Lombardie. — Tschudi (Chron.^ ann. 1141) : L'an du Seigneur 1141, au temps du pape Innocent, apparut prématurément en Italie un nouveau docteur, Arnauld, qui était né dans la ville de Dressa en Lombardie. » (H. Francke. Arnold von Brescia und seine Zeit. 1825, p. 12.) »