Gunt., Lig., 111, « fugit ab urbe sua
3. ou. Fris. H, 20 : « Ita homo ille de \ta.\ià fugiens »... (non pulsus ab... )
sont plus propres à arrondir le vers qu'à exprimer fidèlement la vérité. Ces remords d'Arnauld ont certes été bien démentis par les faits postérieurs; et l'on ne peut trouver dans Gunther une solution définitive.
Ce qui nous fait croire qu'Arnauld quitta l'Italie sans attendre la ligue de ses ennemis, c'est l'extension que prit tout à coup le parti du vacillant Manfred. Celui-ci avait toujours reculé devant les moyens compromettants; or, cette môme année 1139, les consuls Arnaudistes, Ribaldo et Persico, furent chassés, eux et leurs adhérents, par la faction cléricale : « Ribaldo et Persico^ hommes hypocrites et hérétiques, qui cette année-là (1139) géraient le consulat, furent chassés de la ville deBrescia avec leurs partisans par les soldats catholiques.» Le chroniqueur*, qui raconte ce fait, ne parle pas d'Arnauld, et nous pensons qu'il resta étranger à toute espèce de prise d'armes, et que l'expulsion des consuls fut la suite naturelle de son départ. Pourquoi, du reste, Manfred aurait-il poussé son parti à la violence contre Arnauld, que le pape ne condamnait pas à Texil, mais au silence? Il est vrai qu'il en aurait été plutôt félicité que réprimandé, et que cette sorte d'abus est ordiuairement baptisée du nom de zèle.
Le départ d'Arnauld paraît assez vraisemblable, malgré la courageuse énergie qui le portait à n'abandonner le terrain qu'à la dernière extrémité. Il vit sans
1. Malvczzi. (l)ist. Vil, cap. xxx, j. c.) Oilorici doute de fon assertion, parce que, d'après les li^moignages locaux, .Marlino Faba etllaifredo drotta sont di^sigut^s comme ayant cli' consuls cette même annexe ll^'J. Tout ce qu'on peut on conclure, suivant nous, c'est qu'ils remplacèrent Ribaldo et Persico. Le concile de Latran ayant conimenr' If S j.invier H:i9, nntie opinion n'est pas tli'nni''ede resrjpmltlancf.
doute lui-même que son action allait être paralysée à Brescia, et qu'ailleurs il y avait du bien à faire. En outre, Abélard, son ami, lui écrivit peut-être pour l'engager à quitter l'Italie. Car à cette époque leur cause était déjà commune, et le philosophe français redoutait les conséquences de la conduite de son disciple. Quoi qu'il en soit, Arnauld se retira à Zurich. Les textes contemporains nous l'apprennent : « Cet homme, fuyant de l'Italie, se rendit au-delà des Alpes, et là, dans une ville d'Allemagne, Turregum....* » — « Bientôt condamné dans le concile de Rome par ce chef de l'Église, qui doit à sa vie innocente ce digne nom, que la mesure du vers ne peut admettie, Arnauld, épouvanté et troublé par d'affreux remords, quitta précipitamment sa ville, et, franchissant les Alpes, fut reçu sur cette terre oii rAlleniagne regarde en face les Alpes voisines. Il s'établit dans l'illustre Turregum avec le faux titre de docteur-. »
C'est de là qu'il accourut en France, à l'appel de son maître cité au ooncile de Sens. Il avait quitté sa patrie pour n'y plus rentrer, quoi qu'en pensent M. de Rémusat^ et d'autres historiens, qui le font soulever Brescia en 1141. S'il revit sa ville natale (et rien ne le prouve), ce fut beaucoup plus tard après l'année 11 53, pendant laquelle mourut Manfred ', lorsqu'il était à