‹ Arnauld de Brescia et les Romains du XIIe siècleChapitre 7 sur 176 · Voir plus loin le chapitre v · texte numérisé non relu

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2. L'histoire, la philosophie et le droit commençaient à [l'aire partie de l'enseignement. 11 y avait là un progrès évident. Quant aux sciences, on n'en savait que les premiers éléments. La géométrie, l'arithmétique et l'astronomie étaient des sciences aussi communes que peu approfondies au douzième siècle; on se contentait alors d'en apprendre les éléments, et il no paraît pas qu'Abélard ait poussé ses recherches plus loin. Sur ce point le témoignage d'Abélard est décisif; il fait aussi autorité sur la question de savoir si le grec était étudié de son temps. La découverte du manuscrit do Saint-Victor ne laisse aucun doute <^ ce sujet. Abélard ne savait pas le grec, et l'on ne pouvait connaître de l'antiquité philosophique que ce qui était traduit en latin. (Victor Cousin. Inirodttction aux ouvrages iuddits d'Ahc' lard. 183G.)

fesseurs dans quelques cités. On s'essayait, mais enfin c'était un commencement.

Arnauld apprit donc tout jeune dans l'église de Brescia les arts élémentaires indiqués plus haut. Il apprit surtout à lire et à commenter les Écritures , et suivit des leçons de théologie bien différentes de celles qu'Abélard devait lui donner plus tard. Pendant le cours de ces études il reçut le premier des ordres mineurs : il fut ordonné lecteur*. Mais, soit que la vie claustrale n'eût pas d'attrait pour lui, soit que la fièvre d'apprendre lui fit chercher un milieu nouveau, plus favorable au développement de son esprit, il quitta jeune encore l'église de Brescia. Cela est évident; on conférait cette fonction de lecteur dans un âge peu avancé ; et, quand on songe que parfois un jeune homme de vingt ans avait passé par tous les ordres qui conduisaient à la prêtrise, on peut conjecturer qu'Arnauld était encore fort jeune lorsqu'il quitta l'église de Brescia^.

Ceci nous amène à penser qu'il étudia peut-être à Bologne^ sous Irnérius"^, qui faisait école depuis tant d'années, et dont la réputation de savoir était cer-

1. Les jeunes gens instruits dans les monastères et les cathédrales prenaient presque toujours les premiers ordres, sans avoir pour cela l'intention de se faire prêtres ou moines. C'est un usage qui s'est conservé longtemps après le douzième siècle.

2. S'il y était resté plus longtemps, il aurait éti'' certainement plus que lecteur, quand il vint en France.

.'{. C'est à II. Francke que nous devons cette ingénieuse idée (voir p. 15).

4. Irnérius, né à Bologne dans la seconde moitié du onzième siècle, mort après 1118 (d'après le Chrorâcon Uspergens:e) fut le rénovateur de l'étude du droit en Occident, et par \h eut une grande influence sur la marche de la civilisation. (Voir Trithemius, de Scriptoribus ecclesiasticis. B. Nihusius : Irnérius. Cologne, 1042, in-S". Fanluzzi : Scrittori Bolognesi, t. IV.)

taiuement arrivée jusqu'à Brescia, puisque de toutes parts les élèves accouraient pour étudier le droit sous sa direction. Le droit et l'histoire se tiennent. Où pourrait-il avoir mieux appris ce qu'il savait des origines de Rome? Là, sans doute, il se procura des livres : étonné, il entrevit pour la première fois la grande ombre de la République romaine; il fut ébloui par la taille héroïque des personnages dont Tite-Live lui racontait les exploits, et son imagination fut prise d'un enthousiasme qu'elle devait garder jusqu'à la mort. Plus nous y pensons, plus il nous paraît probable qu'Arnauld avait appris encore enfant les faits principaux de l'histoire de Rome. On sait quelle influence peuvent avoir sur une jeune tête les récits d'un Plutarque ou d'un Tite-Live, et combien ces impressions ont parfois d'écho dans la vie. Plus tard, quand l'âge et l'expérience sont venus lui ôter la spontanéité, l'homme réfléchit, mesure l'admiration, et regarde les plus grandes choses d'un point de vue personnel. — Combien rarement alors il peut donner sa -vie pour une idée !

Rien de plus vraisemblable que cette conjecture. Les parents d'Arnauld, qui allaient l'envoyer en France, pouvaient certes procu\^er à leur fils les moyens d'étudier à Bologne ' — Quelle que soit l'éducation que lui ait donnée l'Italie, Arnauldla trouva bient(3t incomplète : il voulut apprendre encore, et voir de nouveaux horizons. Le talent d'irnérius ne pouvait d'ailleurs éclipser la réputation d'Abélard. Son nom était sur toutes

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