CXXI. Nous rangeons maintenant sous le même numéro
\I#° SIÈCLE
tous les petits livres qui furent condamnés, en 1 3 1 7 , par Eymemm#, Di l’inquisiteur et le vicaire général de Tarragone. Quelques- quïst^s.8 ’ 2 P uns de ces petits livres étaient écrits en latin. Ge sont les suivants : Apologia, commençant par : Ad ea guæ per vestras ; Libellus ou Littera , commençant par : Domino suo ccirissimo ; Denunciatio facta coram episcopo Gerandensi, commençant par : Coram vobis; Responsio contra Bernardum (ou Benedictum ) Sichardi. Les autres étaient, comme il semble, en catalan; néanmoins dans les incipit de ces écrits, tels qu’Eymeric nous les a conservés et tels que nous allons les reproduire, Astruc a cru reconnaître la langue que tout le Astruc, Mém. monde parlait de son temps à Montpellier. Voici la liste p' l53' d’Eymeric : De l’humilité et de la patience de Jésus-Christ, commençant par : « Si la amor natural » ; De la fin du monde , commençant par : « Entés per vostres lettres » ; Instruction pour les béguines, ou Lecture faite à Narbonne, commençant par : « Tots aquells » ; A une prieure, ou De la charité, commençant par : « Beneyt sia e loat Jesu Christ»; De l’aumône et du sacrifice, commençant par : «Al catholich « enquiridor »; un livre sans titre commençant par : « Per ço « car molts desigen saber » ; une autre Instruction pour les béguines, commençant par : «Als cultivadors » ; un livre commençant par : « Davan vos, senneyer en Jachme, per la « gratia de Deu rey d’Arago ; » enfin , un livre commençant par : « Quant fuy en Avinio ». Tous ces écrits semblent aujourd’hui perdus.
CXXII. Epistolœ. Il nous reste d’Arnauld cinq lettres, conservées dans le n° 178 de la bibliothèque de Metz.
La première, à l’adresse du roi de France, commence par : Cum ad locum unde Jlumina exeunt,juxta sacræ scripturæ testimonium, revertantnr. . . Elle est datée de Gênes, 17 novembre. L’année n’est pas indiquée; mais, comme nous l’avons dit, c’est l’année i3oi. On remarquera, dans l’exorde de cette lettre, un style très emphatiquement ultramontain. Rome est la source d’où toute puissance découle et vers laquelle remonte toute puissance; ainsi, le premier de-
voir des rois est de travailler au développement de la foi catholique, à l’affermissement de l’autorité romaine. Les bons chrétiens, ajoute Arnauld, souhaitent que, pour remplir ce devoir, le roi de France veuille bien tourner ses regards vers la terre sainte et former la résolution de l’arracher le plus tôt possible à la domination des infidèles. Il ne convient peut-être pas d’exprimer un tel souhait si librement; mais le roi Philippe est clément, généreux, et jDermet facilement qu’on lui dise tout ce qu’on pense : Quia prœdictorum medulla vobis innotescit clarissime , nec obscuritas mea posset illud exhibere obseguium claritatis, me ipsum redarguens humiliter, peto veniam de mea præsumptione , (juia, vermis cum sim, leonem aggredior vocibus , et, velut aura levissima tangens montem, ipsum movere puto. Sublimis lamen clementia vestra, nobilitate confecta, patitur catulos fidelissimos suis in auribus dure voces et puerorum suorum loguacitatem auscultât palerna benignitate, commemorans aliguando contigisse guod asina cum propheta dédit rationis eloguium et nonnunguam stultorum profuit suis majoribus audacici. Cependant Arnauld n’a pas écrit au roi Philippe dans l’unique dessein de lui recommander une croisade plusieurs fois annoncée, autant de fois ajournée. L’objet principal de sa lettre est de l’engager à lire, dans ses loisirs , un écrit récemment approuvé par la cour romaine, où sont révélées d’importantes conjectures sur la fin des temps, et où, par surcroît, est confondue l’ignorance de quelques puissants docteurs : Quia de futuris habere notitiam mens humana laborat guacumgue probabili conjectura, proplerea guoddam opiisculum , tanguam incænium pauperis, guod noviter de sacro pontificis summi palatio nunc emanavit, in guo multa futurorum probabilis notilia traditur et gigantium ignorantia panditur, regali plenitudini, ad legendum aliguando in solalium, per ministerium offero præsentium liiterarum. Il s’agit, on le voit, du second écrit d’Arnauld sur la venue prochaine de l’Antéchrist. La cour romaine, l’ayant lu, l’a remis aux mains de l’auteur, qui s’empresse d’en expédier une copie au roi de France.
La deuxième lettre a pour titre : Epistola missa frcitribus
Ve SIECI
Prœdicatoribus qui sunt Parisius per mag. Arnaldiim, et tels en sont les premiers mots : Salus et pax vobis et abundantici caritatis a Domino Jesu Christo. Envoyant le même ouvrage aux frères Prêcheurs de Paris, Arnauld les prie de lui venir en aide contre les docteurs séculiers de cette ville, qui, l’année précédente, font injustement condamné : Cum, anno jam prœterito, similes assertiones fuerint casualiter divulgatæ Parisius, quas collegium theologorum . . . , non impudenter solum , sed et injuste et inhoneste sategit extinguere . . . , mitto vobis opusculum, ut ex tenore ipsius vestra prudentia clarius informetur. Cette lettre, plus longue que la première, est encore plus farcie de citations bibliques. Arnauld, qui redoute, à bon droit, les frères Prêcheurs, ne ménage rien pour se les concilier; il les flatte sans mesure, c’est-à-dire sans pudeur. Ce sont ses très chers pères, carissimi patres mei; il vit en eux depuis sa naissance; même, lorsqu’il était encore incapable de comprendre l’excellence de leur ordre, la grâce divine le disposait à l’embrasser : Innatam quasi devotionem, qua puerilibus annis cor meum incalescebat ac specialiter ferebatur ad obsequium ordinis et amplexum, credo indubitanter fuisse scintillam gratiæ cœlestis ignis, quæ quodam radio gratuiti luminis præcurrebat in mente mea plenitudinem futuræ notitiæ de ordinis veritate. Tous ces compliments sont ailleurs désavoués. Arnauld s’est mainte fois très vivement déclaré contre les ordres nouveaux, et particulièrement contre les Prêcheurs.
Voici le titre de la troisième lettre : Epistola missafratribus Prœdicatoribus Montis Pessulani a mag. Arnaldo de Villanova; et elle commence par : Artificis œterni magnalia tanto periculosius sustinet humana creatura quanto sublimius in eadem vis rationis attollitur ad veritatis notitiam. Envoyant son petit livre aux frères Prêcheurs de Montpellier, Arnauld ne leur répète pas tout ce qu’il vient de conter à ceux de Paris. A Montpellier, ses véritables sentiments étaient bien connus ; il n’y aurait trompé personne.
La quatrième lettre est à l’adresse des frères Mineurs de la même ville et commence par : Quamvis rerum opifex ad
\IVe SIÈCLE.
imaginent sui formaverit horninem, ut, aïtitudinis æternæ caractère insignitus , imaginem veritatis ostendere . . . Les Mineurs étant ennemis des Prêcheurs, Arnauld devait faire sa cour aux uns comme aux autres. Il pouvait, en effet, espérer qu’il serait justifié par ceux-ci, s’il était condamné par ceux-là. Pourtant Arnauld flatte moins humblement les Mineurs que les Prêcheurs. Il est probable qu’il les redoutait moins.
11 s’agit toujours du même libelle dans la cinquième lettre, écrite aux chanoines de Saint-Victor, à Paris, et dont voici les premiers mots : Splendor immaculatæ religionis. Arnauld avait le droit de croire que les religieux de Saint- Victor, qui faisaient profession d’un ardent mysticisme, auraient quelque disposition à prendre parti pour un prophète. Ils nous ont, du moins, conservé son écrit.
Une sixième lettre d’Arnauld nous est signalée dans le n° 5 5o9 de Vienne , où elle commence par ces mots : Mutatio dexterœ. Quel est l’objet de cette lettre? Elle est à l’adresse d’un pape; mais quel est ce pape? Voilà ce que nous ignorons.
CXXIII. On peut joindre enfin aux lettres d’Arnauld sa plainte et son acte d’appel de l’année i3oo. Ces deux pièces sont réunies dans le n° 1 7 5 3 4 de la Bibliothèque nationale, fol. io4 et suiv. Un texte incomplet de la seconde se trouve encore dans le n° 1 5o33 de la même bibliothèque, fol. 24 1 •
Nous croyons avoir achevé la longue nomenclature des œuvres authentiques ou supposées d’Arnauld de Villeneuve, Une paraît pas utile de prouver de nouveau, contre Gabriel Naudé, qu’il doit être distingué de ce Villanovanus , dont parle Guillaume Postel, qui le désigne comme auteur d’un livre De tribus prophetis, où se trouve, dit-on, tout le venin des doctrines calvinistes. Les écrits qui parurent du temps La Monnoye, de Postel sous le nom de Villanovanus sont de Michel Servet.
P. 370°, 37?. La Monnoye a déjà corrigé cette erreur de Naudé.